Note personnelle : ,

Massenet, Jules — Hérodiade (1881)

Format :

  • Grand opéra en quatre actes et sept tableaux.
  • Musique : Jules Massenet.
  • Livret : Paul Milliet et Henri Grémont (pseudonyme de l’éditeur Georges Hartmann), d’après le conte Hérodias de Gustave Flaubert (Trois Contes, 1877).
  • Langue : français.

Création :

19 décembre 1881, au Théâtre royal de la Monnaie, Bruxelles (version initiale en trois actes et cinq tableaux).
Massenet a trente-neuf ans. Auréolé du succès du Roi de Lahore (1877), il cherche à s’imposer dans le grand genre historique, avec ses ballets, ses foules et ses grands airs, tout en y glissant l’élan sensuel et mélodique qui fera bientôt le triomphe de Manon (1884). Refusé à Paris, Hérodiade est créé à Bruxelles devant un parterre de critiques et d’artistes parisiens venus pour l’occasion ; l’ouvrage est repris à la Scala de Milan en italien (Erodiade, 22 janvier 1882), puis remanié en quatre actes et sept tableaux dans la version définitive donnée au Théâtre-Italien de Paris le 1er décembre 1884.

Livret :

Paul Milliet et Georges Hartmann (alias Henri Grémont), l’éditeur de Massenet, s’inspirent d’Hérodias de Flaubert, mais transforment profondément le récit. Salomé, simple figure de danseuse chez Flaubert, devient une jeune fille pure, amoureuse du prophète Jean-Baptiste (Jean) et ignorant tout de sa mère, Hérodiade ; la tragédie biblique se mue en drame sentimental où Hérode, tourmenté par un désir qu’il ne s’explique pas, est le véritable pivot dramatique. Le sujet, fort controversé, se heurte à la censure et à la frilosité des directeurs parisiens, ce qui retarde de plus de vingt ans la reconnaissance de l’œuvre en France.

Intrigue :

  • Acte I : à Jérusalem, devant le palais d’Hérode. Salomé, venue chercher sa mère dont elle ignore tout, rencontre Jean, le prophète du désert, et s’éprend de lui ; il l’oriente vers un amour spirituel. Le tétrarque Hérode, sans savoir qui elle est, brûle de désir pour Salomé, tandis que la reine Hérodiade exige qu’on punisse Jean, qui l’a publiquement injuriée.
  • Acte II : dans le palais, Hérode, tourmenté par sa vision de Salomé, se confie dans « Vision fugitive ». Phanuel, l’astrologue, l’avertit que le peuple voit en Jean le Messie. Le proconsul romain Vitellius arrive avec ses soldats ; Hérodiade, soupçonnant son époux, accuse Jean de convoiter le pouvoir.
  • Acte III : Phanuel révèle à Hérodiade que Salomé est sa fille, ce qu’elle refuse d’admettre. Jean est arrêté. Salomé, éperdue, proclame son amour pour lui, puis l’avoue à Hérode, dont la jalousie le pousse à condamner à mort Jean et Salomé.
  • Acte IV : dans sa prison, Jean attend l’exécution avec sérénité tout en songeant à Salomé ; elle le rejoint et ils s’avouent leur amour avant que les gardes ne l’emmènent. Dans le palais, au milieu des festivités et du grand ballet, Salomé apprend qu’Hérodiade est sa mère ; devant la mort de Jean, elle se frappe, maudissant la reine.

Enregistrement(s)

Hérodiade — Gergiev 1994 (Sony)

Valery Gergiev — 1994

Format : CD (2 disques)
Label : Sony Classical (collection « The Sony Opera House » ; réédition Newton Classics, 2013)
Référence : S2K 66847
Année d’enregistrement : 5, 8, 12 et 15 novembre 1994, en direct à l’Opéra de San Francisco
Distribution :

  • Jean : Plácido Domingo
  • Hérode : Juan Pons
  • Hérodiade : Dolora Zajick
  • Salomé : Renée Fleming
  • Phanuel : Kenneth Cox
  • Vitellius : Hector Vásquez

Direction : Valery Gergiev
Orchestre : San Francisco Opera Orchestra & Chorus
Langue : français

Particularité :
Compilation de plusieurs représentations de la production de l’Opéra de San Francisco, avec les bruits de scène qu’impliquent le direct. Gergiev dirige avec une intensité sombre et un tempo plus vif que ses concurrents, tirant de l’orchestre une tension dramatique constante. Le plateau est somptueux : Renée Fleming, dont la Salomé lumineuse est souvent saluée comme la plus belle de la discographie, la mezzo Dolora Zajick, Hérodiade tranchante, et Plácido Domingo en Jean, dont le français est cependant discuté. Juan Pons offre un Hérode vigoureux mais parfois rude.

Hérodiade — Plasson 1994 (EMI/Warner)

Michel Plasson — 1994

Format : CD (3 disques)
Label : EMI Classics (paru en 1995 ; réédition Warner Classics, « The Home of Opera »)
Référence : 5 55378 2 (réédition Warner : 5598352)
Année d’enregistrement : 19-27 novembre 1994, Halle aux Grains, Toulouse (studio)
Distribution :

  • Salomé : Cheryl Studer
  • Hérodiade : Nadine Denize
  • Jean : Ben Heppner
  • Hérode : Thomas Hampson
  • Phanuel : José van Dam
  • Vitellius : Jean-Philippe Courtis

Direction : Michel Plasson
Orchestre : Orchestre national du Capitole de Toulouse & Chœur du Capitole de Toulouse (avec la Sociedad Coral de Bilbao)
Langue : français

Particularité :
Seule version de studio à couvrir l’œuvre dans sa quasi-intégralité, ballets compris (166 minutes sur trois disques), avec la grande tradition française de Michel Plasson à la tête de l’orchestre de Toulouse, qui conduit la longue courbe des premiers actes avec naturel. La distribution privilégie la diction et le style : Thomas Hampson campe un Hérode suave et ténébreux, Ben Heppner un Jean au timbre solaire et au français convaincant, José van Dam un Phanuel de grande autorité. Cheryl Studer est une Salomé élégante, mais moins magnétique que Fleming. La critique en a longtemps fait la version de référence.

Hérodiade — Viotti 1995 (RCA)

Marcello Viotti — 1995

Format : CD (2 disques)
Label : RCA Red Seal / BMG (collection « Wiener Staatsoper Live », 2001)
Référence : 74321 79597-2
Année d’enregistrement : 12 février 1995, en direct au Wiener Staatsoper (Vienne), captation de la radio autrichienne (ORF)
Distribution :

  • Jean : Plácido Domingo
  • Hérode : Juan Pons
  • Hérodiade : Agnes Baltsa
  • Salomé : Nancy Gustafson
  • Phanuel : Ferruccio Furlanetto
  • Vitellius : Hans Helm
  • Le Grand Prêtre : David Cale Johnson
  • Une voix : Ruben Broitman

Direction : Marcello Viotti
Orchestre : Orchestre & Chœur de l’Opéra national de Vienne (Wiener Staatsoper)
Langue : français

Particularité :
Captation live d’une soirée viennoise donnée trois mois après les représentations de San Francisco, avec les mêmes Jean et Hérode (Plácido Domingo et Juan Pons) : l’occasion de comparer deux lectures du même duo. Marcello Viotti, grand défenseur du répertoire français, conduit un drame dense et passionné, avec une prise de son radiophonique de belle présence, en 137 minutes. Agnes Baltsa y est une Hérodiade rageuse et Furlanetto un Phanuel de poids ; Nancy Gustafson campe une Salomé touchante.

Postérité :

Accueillie avec enthousiasme à Bruxelles et à Milan, Hérodiade doit attendre 1903 pour être donnée en français à Paris (théâtre de la Gaîté), et le début des années 1920 pour entrer au répertoire de l’Opéra. L’ouvrage souffre ensuite de la concurrence de la Salomé de Richard Strauss (1905) et d’une construction dramatique inégale, avec une révélation finale peu préparée. Il reste pourtant porté par quelques pages devenues des classiques de concert : « Il est doux, il est bon » de Salomé, la « Vision fugitive » d’Hérode, le duo des amants, les ballets du dernier acte. Ranimé dans les années 1980 (Barcelone, avec Caballé et Carreras), il bénéficie en 1994-1995 d’un véritable regain, avec trois enregistrements majeurs réunissant les plus grandes voix du temps.

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