Note personnelle : ,

Massenet, Jules — Ariane (1906)

Format :

  • Opéra en cinq actes.
  • Musique : Jules Massenet.
  • Livret : Catulle Mendès, écrit expressément pour Massenet.
  • Langue : Français.

Création :

31 octobre 1906, à l’Opéra de Paris (Palais Garnier), sous la direction de Paul Vidal, avec Lucienne Bréval (Ariane), Louise Grandjean (Phèdre), Lucien Muratore (Thésée), Jean-François Delmas (Pirithoüs) et Lucy Arbell (Perséphone).
Massenet a soixante-quatre ans et est alors au sommet de son art, tout en cherchant à se renouveler après la révolution wagnérienne. Il revient ici à l’Antiquité grecque et au grand spectacle de l’Opéra de Paris. La création se déroule devant un auditoire prestigieux (Giordano, Puccini, Dubois, Fauré, Widor, Bruneau…) : la presse critique la mise en scène mais salue la distribution, le public réserve un accueil favorable à l’ouvrage, et Fauré en vante les mérites, tandis que Louis Laloy se montre sévère.

Livret :

Catulle Mendès (1841-1909), poète parnassien et l’un des rares amis de Wagner en France, plaça son livret sous l’épigraphe d’Ovide, de Thomas Corneille et de Racine, et transforma les données traditionnelles du mythe dans les deux derniers actes : Ariane, tel Orphée, descend aux Enfers chercher sa sœur Phèdre. Massenet prend connaissance du texte en juillet 1904, en demande la révision, termine la partition chant-piano en octobre 1904, puis, pour offrir un rôle plus substantiel de Perséphone à la jeune contralto Lucy Arbell, fait de la scène des Enfers un acte entier ; la partition d’orchestre est achévée le 30 octobre 1905. L’ouvrage forme avec Bacchus (1909) un diptyque consacré au mythe.

Intrigue :

  • Acte I : Thésée, roi d’Athènes, se rend sur l’île du roi Minos pour affronter le Minotaure : Ariane lui a livré le secret du Labyrinthe, où un fil lui permettra de retrouver la sortie. Tandis que Phèdre s’irrite de l’amour naissant de sa sœur, on annonce la victoire de Thésée, qui témoigne à Ariane sa reconnaissance et son amour et veut l’emmener à Athènes pour en faire sa reine. Phèdre, qui doit accompagner le couple, sent naître en elle un sentiment nouveau.
  • Acte II : En pleine mer, tandis que les deux amants se sont isolés dans la galère, Phèdre laisse éclater sa jalousie et songe à la tristesse d’une vie sans passion. Une tempête fait dévier le navire : Naxos et sa luxuriante végétation sont en vue.
  • Acte III : À Naxos, Thésée, que Pirithoüs tente en vain de rappeler à ses devoirs de héros, n’est plus épris d’Ariane mais de Phèdre. Ariane, délaissée, confie son désespoir à sa sœur et lui demande d’intercéder en sa faveur ; par affection, Phèdre accepte, mais ne peut cacher sa passion et les amants s’avouent leur amour au moment où Ariane surprend leur premier baiser et tombe inanimée. Pleine de remords, Phèdre mutile la statue d’Adonis ; Cypris, courroucée, l’ensevelit. Ariane supplie la déesse de ranimer sa sœur ; Cypris cède et ordonne aux Grâces d’accompagner Ariane au séjour des morts.
  • Acte IV : Au Tartare, Perséphone pleure sa triste destinée. Les Grâces, qui précèdent Ariane, luttent un temps contre les Furies, puis Ariane réclame sa sœur à Perséphone, d’abord inflexible mais qui cède devant une gerbe de roses que lui tend la jeune Crétoise. Phèdre revient à la vie.
  • Acte V : Accablé par la mort de Phèdre et la disparition d’Ariane, Thésée refuse de quitter Naxos malgré les supplications de Pirithoüs. Les deux femmes réapparaissent ; subjuguée par la dévotion de sa sœur, Phèdre lui rend son époux, mais la passion de Phèdre et de Thésée l’emporte vite sur leur promesse et les amants quittent l’île en laissant Ariane derrière eux. Restée seule, Ariane cède au chant des sirènes et se dirige lentement vers la mer pour s’y noyer.

Enregistrement(s) :

Laurent Campellone — 2023

Format : CD (3 disques, avec livre de 168 pages)
Label : Palazzetto Bru Zane (collection « Opéra français »), en coproduction avec BR-Klassik
Référence : BZ 1053 (parution : 8 septembre 2023)
Année d’enregistrement : 27 et 29 janvier 2023, Prinzregententheater, Munich, en concert public.
Distribution :

  • Ariane : Amina Edris, soprano
  • Phèdre : Kate Aldrich
  • Thésée : Jean-François Borras, ténor
  • Pirithoüs : Jean-Sébastien Bou, baryton
  • Perséphone : Julie Robard-Gendre
  • Eunéé / 1re Sirène : Marianne Croux
  • Chromis / Cypris / 2e Sirène : Judith van Wanroij
  • Le Chef de la Nef / 1er Matelot : Yoann Dubruque
  • Phéréklos / 2e Matelot : Philippe Estèphe

Direction : Laurent Campellone (chef de chœur : Stellario Fagone)
Orchestre : Orchestre de la Radio de Munich (Münchner Rundfunkorchester), Chœur de la Radio bavaroise (Chor des Bayerischen Rundfunks)
Langue : Français

Particularité :

Premier enregistrement mondial de l’ouvrage, capté en concert à Munich, sans l’apparat scénographique (un navire sur scène, une tempête, le royaume de Perséphone) qui compliquait la mise en scène de l’œuvre. Amina Edris campe une Ariane « à la voix généreuse et au beau timbre dramatique », Jean-Sébastien Bou un Pirithoüs d’une diction quasi parfaite, et Julie Robard-Gendre une Perséphone brève mais impressionnante ; la critique a en revanche trouvé Jean-François Borras, techniquement brillant, un peu en retrait de l’« épaisseur héroïque » attendue pour Thésée. L’Orchestre de la Radio de Munich déploie la richesse de timbres d’une partition généreuse, et le coffret, accompagné d’un livre de 168 pages, a reçu notamment une distinction Diapason Découverte et un prix ICMA.

Postérité :

Longtemps disparue de l’affiche malgré une brillante reprise à l’Opéra de Paris en 1937 avec Georges Thill, Ariane est restée dans l’ombre de Manon, Werther ou Thais, les ouvrages antiques de Massenet séduisant moins facilement que ses livrets aux émotions plus proches du public d’aujourd’hui. Le spectacle qu’elle requiert (un bateau sur scène, une tempête, le royaume de Perséphone) a limité sa diffusion hors de Paris. Le concert munichois de 2023 et le disque qui en est issu invitent à la reconsidérer : une partition de la maturité, qui répond avec originalité à la question de la forme lyrique après Wagner et peut figurer sans démériter aux côtés des ouvrages retenus par la postérité.

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