Note personnelle : ,

Marchetti, Filippo — Ruy Blas (1869)

Format :

  • Dramma lirico en quatre actes.
  • Musique : Filippo Marchetti (1831-1902).
  • Livret : Carlo d’Ormeville, d’après le drame romantique Ruy Blas de Victor Hugo.
  • Langue : italien.

Création :

3 avril 1869, Teatro alla Scala, Milan.
Après des études au conservatoire de San Pietro a Majella à Naples et quelques succès modestes (Gentile da Varano, La demente, puis Romeo e Giulietta en 1865), Marchetti accède avec Ruy Blas à la notoriété. L’ouvrage est inscrit comme « opéra d’obligation » dans la saison 1868-1869 de la Scala, mais la présence de La forza del destino de Verdi le relègue en fin de saison. Il est créé avec Mario Tiberini (remplacé pour la seconde et dernière représentation par Enrico Barbacini), Ida Benza (la Reine) et Giacomo Rota (Don Sallustio) ; la partition est ensuite achetée par l’éditeur Francesco Lucca.

Livret :

Carlo d’Ormeville, librettiste, agent théâtral et fondateur de la Gazzetta dei Teatri, réduit le drame de Victor Hugo (1838), alors déjà envisagé par Verdi à partir de 1844 : le texte, verbeux, est allégé, le personnage de Don Cesare de Bazan supprimé, et la dimension sociopolitique, qui oppose le courage d’un jeune plébéien à la bassesse d’un noble, s’efface au profit de la composante sentimentale, plus conforme au goût du public italien et à la veine élégiaque du compositeur. La partition est enrichie de ballabili, selon le goût de l’époque.

Intrigue :

  • Acte I : Grande salle du Palais royal de Madrid (1698). Don Sallustio di Bazan, premier ministre du roi Charles II, découvre un bouquet déposé sur le chemin de la Reine par un inconnu vêtu de la livrée de sa maison ; la Reine lui enjoint d’épouser sa suivante Arbella, qu’il a séduite, ou de s’exiler. Furieux, il médite sa vengeance et reconnaît dans son valet Ruy Blas l’admirateur secret de la Reine. Il décide de le faire passer pour son cousin Don Cesare de Bazan, longtemps absent et cru mort, et de l’introduire à la cour.
  • Acte II : Dans un jardin suspendu attenant au palais, la Reine, triste et soumise à l’étiquette, est distraite par la ballade satirique de Casilda. Ruy Blas paraît dans son nouveau rôle de dignitaire ; Don Guritano, lui aussi amoureux de la Reine, le soupçonne et le provoque en duel, mais Casilda avertit la Reine, qui éloigne Don Guritano.
  • Acte III : Nommé premier ministre, Ruy Blas dénonce dans la salle du Conseil les intrigues de Don Pedro et de Don Fernando et rappelle les dangers qui menacent l’Espagne. La Reine, témoin de son courage, lui avoue son amour dans un duo qui constitue le point central de l’œuvre. Don Sallustio revient exiger de Ruy Blas qu’il exécute sa vengeance ; au finale, dans la salle du trône, Ruy Blas reçoit la Toison d’or.
  • Acte IV : Dans la maison de Don Sallustio, Ruy Blas, désespéré, tue en duel Don Guritano. La Reine survient, et Don Sallustio révèle la véritable identité du jeune homme pour l’humilier. Ruy Blas lui prend son épée et le tue, assure la Reine que sa dignité est sauve, la supplie de lui pardonner puis, devant son refus, boit du poison. La Reine, désespérée, l’appelle enfin par son vrai nom et Ruy Blas meurt « aimé et pardonné ».

Enregistrement :

Daniel Lipton — 1998

Format : 2 CD.
Label : Bongiovanni.
Référence : GB 2237/38-2.
Année d’enregistrement : 27 et 29 septembre 1998, en public (enregistrement « live »), Teatro Pergolesi, Jesi, saison lyrique 1998, dans une mise en scène de Paolo Bessegato.
Distribution :

  • Donna Maria de Neubourg, reine d’Espagne : Dimitra Theodossiou
  • Don Sallustio de Bazan, marquis de Finlas : Alberto Gazale
  • Ruy Blas, valet de Don Sallustio : Mario Malagnini
  • Don Pedro de Guevarra : Stefano Consolini
  • Don Fernando de Cordova : Roberto Nencini
  • Don Guritano, grand majordome : Gabriele Monici
  • Donna Giovanna, duchesse d’Albuquerque : Elena Marinangeli
  • Don Manuel Arias : Alfio Rosati
  • Casilda, dame d’honneur de la Reine : Sylvia Marini
  • Un huissier : Giovanni Brecciaroli

Direction : Daniel Lipton.
Orchestre : Orchestra Filarmonica Marchigiana.
Chœur : Coro Lirico Marchigiano « Vincenzo Bellini » (chef de chœur : Emanuele Pedrini).
Langue : italien.

Particularité :

Le livret la présente comme la « première représentation moderne » de l’ouvrage ; à l’exception de quelques enregistrements historiques, on n’avait jusqu’alors pu entendre cette musique qu’au piano.

Postérité :

Repris à Florence, au Teatro Pagliano, le 23 novembre 1869, Ruy Blas connaît un succès durable : joué dans tous les théâtres d’Italie, il est traduit en tchèque, allemand, serbo-croate et anglais, et devient populaire en Grande-Bretagne et surtout aux États-Unis. Il est chanté par de nombreux interprètes célèbres, dont Marcella Sembrich, Angelo Masini, Victor Maurel, Mattia Battistini ou Titta Ruffo. Le motif de « O dolce voluttà » du duo de l’acte III, repris par les orgues de barbarie, les fanfares et les disques, en assure longtemps la survie. Le XXe siècle en compte encore une quarantaine de productions, mais l’avènement de l’opéra lyrique français et de la « Giovane scuola » précipite l’oubli de l’ouvrage ; la dernière reprise italienne signalée a lieu au Teatro Marchetti de Camerino le 19 mai 1931, pour le centenaire de la naissance de l’auteur, et la Belcanto Opera le reprend à New York le 25 mai 1984.

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