Note personnelle : ,

Lully, Jean-Baptiste — Psyché (1678)

Format :

  • Tragédie lyrique (tragédie en musique) en un prologue et cinq actes (LWV 56).
  • Musique : Jean-Baptiste Lully
  • Livret : Thomas Corneille et Bernard Le Bovier de Fontenelle, d’après la tragi-comédie-ballet Psyché (1671) de Molière, Pierre Corneille et Philippe Quinault
  • Langue : français (avec une plainte en italien à l’acte I)

Création :

19 avril 1678, Académie royale de musique, Paris, pour l’ouverture de la saison théâtrale.
Depuis qu’il détenait le privilège de l’Académie royale de musique (1672), Lully faisait représenter chaque année une tragédie de Quinault (Cadmus et Hermione, Alceste, Thésée, Atys, Isis). À l’été 1677, la collaboration est interrompue : Isis avait déplu à la marquise de Montespan, qui y voyait une allusion à sa situation. Lully se tourne alors vers Thomas Corneille, qui remanie pour la scène lyrique la pièce de 1671. Selon le Mercure galant, les vers ont été faits et mis en musique en trois semaines, sans que cette précipitation ne se remarque. L’œuvre rencontre un succès immédiat et reste à l’affiche jusqu’en août, avant de laisser la place à une reprise d’Atys. Lully sollicitera à nouveau Thomas Corneille pour Bellérophon (1679).

Livret :

L’histoire d’amour de Psyché et de Cupidon vient de L’Âne d’or (Métamorphoses) d’Apulée, et le sujet avait déjà été traité en France par Benserade (Ballet de Psyché, 1656), La Fontaine (1669) puis par Molière, Pierre Corneille et Quinault dans la tragi-comédie-ballet de 1671, jouée aux Tuileries. Celle-ci mêlait scènes tragiques et comiques, danses, airs et chœurs en français et en italien. Thomas Corneille en tire une tragédie chantée : il supprime les passages comiques et les rôles de Cléomène et d’Agénor, resserre l’action et donne à l’ensemble une unité de ton. Ce faisant, il affadit certains personnages, notamment les sœurs de Psyché, qui ne chantent plus qu’à l’acte I.

Intrigue :

  • Prologue : Sur la côte, Flore et sa suite se réjouissent de la paix offerte par « le plus puissant des rois » et appellent Vénus et l’Amour sur terre. Vertumne et Palémon chantent les joies de l’amour. Vénus apparaît dans une nuée mais refuse de descendre, furieuse contre Psyché ; elle ordonne à l’Amour de lui inspirer de l’amour pour le plus indigne des hommes.
  • Acte I : Aglaure et Cidippe, sœurs de Psyché, se réjouissent que le serpent envoyé par Vénus, qui ravageait le pays, doive bientôt disparaître. Mais un oracle condamne Psyché à être dévorée par le monstre sur la montagne : tous déplorent son sort (plainte italienne), et le roi, son père, lui demande de se sacrifier. Elle accepte, quand des Zéphyrs l’enlèvent.
  • Acte II : Zéphire s’assure que Vulcain et ses cyclopes achèvent le palais que l’Amour destine à Psyché. Vénus, qui découvre le stratagème, querelle son mari et comprend que son fils l’a trahie par amour. Dans le palais, Psyché entend les voix des nymphes et de l’Amour, qui lui apparaît sous les traits d’un mortel ; elle en tombe amoureuse, mais l’Amour ne peut lui révéler son nom sans être séparé d’elle à jamais.
  • Acte III : Vénus, déguisée, veut trahir sa rivale en l’aidant à découvrir le nom de son amant, et lui remet une lampe. Psyché soulève le rideau et découvre l’Amour endormi ; il s’éveille et s’enfuit, tandis que le palais devient un désert. Vénus l’envoie aux Enfers dérober une boîte où Proserpine garde des philtres de beauté. Psyché veut se jeter dans le Styx, mais le Fleuve lui redonne espoir.
  • Acte IV : Dans le palais de Proserpine, Psyché, tourmentée par trois furies, obtient d’être conduite à la déesse. Deux nymphes de l’Achéron lui promettent d’apaiser Vénus, lui remettent la précieuse boîte et l’aident à sortir des Enfers.
  • Acte V : Dans les jardins de Vénus, Psyché ouvre la boîte pour retrouver sa beauté ; des vapeurs nocives s’en échappent et elle meurt. Mercure met fin à son supplice sur l’ordre de Jupiter, qui descend dans une gloire, confond Vénus, donne l’immortalité à Psyché et l’unit à l’Amour. Un vaste divertissement final conclut l’œuvre.

Enregistrement :

Christophe Rousset — 2023

Format : 2 CD (144’49)
Label : Château de Versailles Spectacles (collection Opéra français, n° 16)
Référence : CVS086
Année d’enregistrement : 29-31 janvier 2022, Opéra Royal de Versailles.
Distribution :

  • Psyché, une femme affligée : Ambroisine Bré, dessus
  • Vénus, une muse : Bénédicte Tauran, dessus
  • L’Amour (enfant), Aglaure, nymphes : Deborah Cachet, dessus
  • Flore, Cidippe, nymphes, une muse : Eugénie Lefebvre, dessus
  • Vertumne, l’Amour (jeune homme), Mercure : Cyril Auvity, haute-contre
  • Vulcain, un homme affligé, une furie : Robert Getchell, taille
  • Palémon, Silène, Zéphire, une furie, Bacchus : Fabien Hyon, taille
  • Apollon, Zéphire, un satyre : Zachary Wilder, taille
  • Jupiter, un homme affligé, un satyre : Philippe Estèphe, basse-taille
  • Lycas, le Roi, Momus, le Fleuve, une furie : Anas Séguin, basse-taille
  • Mars : Matthieu Heim, basse-taille

Direction : Christophe Rousset, clavecin et direction
Orchestre : Les Talens Lyriques
Langue : français (plainte en italien)

Particularité :

Publié en 2023 dans la collection Opéra français du Château de Versailles Spectacles, cet enregistrement a été réalisé à l’Opéra Royal de Versailles, en janvier 2022. Les rôles secondaires et les divertissements sont confiés à des solistes qui tiennent chacun plusieurs emplois. Rousset dirige du clavecin un continuo fourni (basse de violon, viole de gambe, luth et guitare, clavecin et orgue) et un orchestre où s’ajoutent flûtes à bec, hautbois, basson, trompette et percussions. Les Talens Lyriques dédient ce concert et cet enregistrement à la mémoire de Laura Duthuillé.

Postérité :

Contrairement à Thésée ou Atys, qui restent au répertoire de l’Académie royale de musique jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, Psyché ne connaît que deux reprises, le 8 juin 1703 et le 22 juin 1713. La seconde comporte de nouvelles coupures et un air ajouté par Toussaint Bertin de La Doué, et suscite une parodie de Letellier à la Foire Saint-Laurent, en août 1713. Les frères Parfaict expliquent ce faible nombre de reprises par le choix du sujet et par le rôle d’une Vénus sombre, loin de la déesse de l’amour attendue. Précipitée dans sa conception, la tragédie est l’une des moins régulières de Lully (peu de chœurs, acte III sans divertissement, ballet final très développé avec polichinelles et matassins), mais sa partition contient de belles pages, comme la plainte italienne « Deh, piangete al pianto mio » et les scènes de la découverte du palais et de l’aveu amoureux.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *