Note personnelle : ,

Lully, Jean-Baptiste — Proserpine (1680)

Format :

  • Tragédie en musique en un prologue et cinq actes (LWV 58).
  • Musique : Jean-Baptiste Lully
  • Livret : Philippe Quinault, d’après les Métamorphoses d’Ovide (livre V)
  • Langue : français

Création :

3 février 1680, salle de bal du vieux château de Saint-Germain-en-Laye, par la Musique du roi, dans des décors et costumes de Carlo Vigarani, dont le roi prend en charge l’intégralité de la dépense. L’œuvre est reprise à Paris à l’automne 1680, avec des décors de Jean Berain.
Lully a alors quarante-sept ans. Proserpine, sa cinquième tragédie sur un livret de Quinault, marque le retour du librettiste, tenu à l’écart après la création d’Isis (1677) : la marquise de Montespan, comparée à Junon dans cet opéra, avait obtenu du roi qu’il ne travaille plus pour Lully. La partition est publiée par Christophe Ballard en 1680.

Livret :

Quinault suit fidèlement le récit d’Ovide : Proserpine est enlevée par Pluton en l’absence de sa mère Cérès, qui, désespérée, ravage les récoltes avant que Jupiter n’impose un compromis. Le librettiste supprime les épisodes superflus (l’enfant changé en lézard, les filles d’Achéloüs métamorphosées en sirènes) et omet l’intervention de Vénus : c’est ici la nymphe Aréthuse qui permet la rencontre entre le dieu des Enfers et la jeune femme. Il s’inspire aussi de deux pièces de théâtre, celles d’Alexandre Hardy (1626) et de Jean Claveret (1639). Le thème du retour de la paix, qui parcourt toute la tragédie, fait l’objet du prologue à la gloire de Louis XIV, qui vient de rendre la paix à l’Europe par les traités de Nimègue (1678-1679).

Intrigue :

  • Prologue : La Discorde, captive de la Paix, est délivrée par la Victoire ; la Paix, la Félicité et l’Abondance célèbrent le retour des jours heureux sous le règne du vainqueur.
  • Acte I : Cérès, à qui Mercure ordonne de se rendre en Phrygie, s’éloigne de sa fille Proserpine en la confiant à ses nymphes. Aréthuse repousse l’amour d’Alphée. Un palais s’effondre et la terre s’ouvre : Proserpine est enlevée.
  • Acte II : Aux Enfers, Pluton, épris de Proserpine, est aidé par Ascalaphe. Aréthuse et Alphée sont entraînés dans ce royaume, où Proserpine, séduite par les charmes du lieu, reçoit les hommages du dieu.
  • Acte III : Cérès revient, cherche sa fille et interroge son entourage. Seule Cyané ose révéler le nom du ravisseur et est aussitôt métamorphosée en source. Cérès, furieuse, maudit la terre.
  • Acte IV : Proserpine, aux Enfers, hésite devant l’amour de Pluton. Le dieu des Enfers suspend les tourments éternels pour fêter son hymen.
  • Acte V : Cérès poursuit sa quête dans les abîmes ; les dieux s’accordent et Jupiter décide que Proserpine partagera l’année entre sa mère et son époux. La paix est rétablie entre les dieux.

Enregistrement :

Christophe Rousset — 2026

Format : 3 CD (170’03)
Label : Château de Versailles Spectacles (collection Opéra français, n° 36)
Référence : CVS187
Année d’enregistrement : 19-22 juin 2025, Studio RiffX (La Seine Musicale, Boulogne-Billancourt), après la tournée de 2025.
Distribution :

  • Proserpine, la Victoire : Marie Lys
  • Cérès, l’Abondance : Véronique Gens
  • Pluton : Olivier Gourdy
  • Crinise, la Discorde : Jean-Sébastien Bou
  • Aréthuse, la Paix : Ambroisine Bré
  • Alphée : Laurence Kilsby
  • Cyané, la Félicité : Apolline Raï-Westphal
  • Mercure : Nick Pritchard
  • Ascalaphe : Olivier Cesarini
  • Jupiter, un suivant de Proserpine : David Witczak

Direction : Christophe Rousset, clavecin et direction
Orchestre : Les Talens Lyriques
Chœur : Chœur de Chambre de Namur (chef de chœur : Thibaut Lenaerts)
Langue : français

Particularité :

Cet enregistrement fait suite à la tournée de 2025 et poursuit la collection Opéra français du Château de Versailles Spectacles. Rousset, qui dirige du clavecin, retrouve avec Les Talens Lyriques l’un des opéras de Lully les plus riches en musique instrumentale à visée dramatique, comme le souligne le livret du disque. Le diapason retenu est de 392 Hz. Les rôles secondaires et les ensembles (deux nymphes, ombres heureuses, juges des Enfers et furies) sont confiés à des membres de la distribution, ce qui donne à l’ensemble une belle unité vocale.

Postérité :

Proserpine occupe une place centrale parmi les tragédies en musique de Lully : sept ans la séparent de la première, Cadmus et Hermione (1673), et sept de la dernière, Achille et Polyxène (1687), que le compositeur, emporté par la gangrène à la suite du fameux coup de canne, n’aura pas le temps d’achever. Elle amorce un tournant dans sa production lyrique, en faisant une plus large place à la musique instrumentale employée à des fins dramatiques.

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