Format :
- Tragédie en musique (tragédie lyrique) en un prologue et cinq actes (LWV 60) ; la version remaniée de 1770 est en quatre actes, sans prologue.
- Musique : Jean-Baptiste Lully (1632-1687).
- Livret : Philippe Quinault (1635-1688), d’après le mythe de Persée et d’Andromède raconté par Ovide dans les Métamorphoses.
- Langue : Français.
Création :
17 avril 1682, à l’Académie royale de musique (Théâtre du Palais-Royal), Paris ; reprise immédiate à Versailles, où Louis XIV et la Cour viennent de s’installer.
Lully a quarante-neuf ans. Après la disgrâce passagère de Quinault (1678-1680) consécutive au scandale d’Isis (1677), leur collaboration a repris avec Proserpine (1681) ; avec Persée, ils inaugurent ce que l’on a appelé leur « seconde manière » : ton épique, spectaculaire scénographique et dramaturgie plus resserrée. L’œuvre « plut énormément à Paris et à la Cour » et on assura, lors de la création, que les auteurs s’étaient surpassés.
Livret :
Quinault reprend l’histoire du héros Persée, fils de Jupiter et de Danaé, qui délivre Andromède, offerte à un monstre marin, après avoir décapité la Gorgone Méduse grâce aux armes des dieux (bouclier de Pallas, casque de Pluton, épée et sandales ailées). Sobre, précis et efficace, le poète accumule les décors contrastés (le palais de Céphée, l’antre des Gorgones, le rivage) et les machines, où les vols de Persée et de Mercure se superposent à la naissance des monstres nés du sang de Méduse. Il en fait un modèle de héros, parangon de vertu, et l’on a pu lire l’ouvrage comme une allégorie du roi Louis XIV, vainqueur des monstres de l’ordre et de la paix.
Intrigue :
Résumé de la version de 1770 en quatre actes ; l’original de 1682 comporte un prologue à la gloire du roi et cinq actes.
- Acte I : En Éthiopie, le roi Céphée et la reine Cassiope se désolent des maux que leur inflige Junon, courroucée par l’orgueil de la reine : la déesse a ordonné à Méduse de ravager le royaume. Céphée espère l’aide de Jupiter par l’intercession de Persée, dont la récompense sera la main de la princesse Andromède. Mérope, sœur de la reine, aime Persée ; Phinée, frère du roi, à qui Andromède était promise, enrage. Les Jeux junoniens commencent, mais l’annonce du retour de Méduse jette tout le monde dans le désordre.
- Acte II : Phinée raille Persée et réclame la main d’Andromède, mais Céphée annonce que le héros se propose de tuer Méduse. Andromède feint l’indifférence devant Persée qui lui fait ses adieux, puis lui avoue ses sentiments. Mercure, envoyé par Jupiter, vient assister son fils : un cyclope offre l’épée et les ailettes de Vulcain, une nymphe guerrière le bouclier de Pallas, une divinité infernale le casque de Pluton. Ainsi équipé, Persée s’envole avec Mercure vers l’antre des Gorgones.
- Acte III : Dans l’antre des trois Gorgones, Méduse se lamente : sa beauté d’antan suscita la jalousie des dieux, et Pallas la changea en monstre. Malgré leur résistance, Mercure et Persée endorment les Gorgones avec le secours des ministres du Sommeil. Persée décapite Méduse et s’enfuit avec sa tête, tandis que d’horribles monstres naissent de son sang.
- Acte IV : Sur un rivage, on célèbre le retour du vainqueur de Méduse, mais une tempête annonce que Junon reste courroucée : seul le sacrifice d’Andromède, offerte à un monstre marin, l’apaisera. Andromède est attachée à un rocher ; Persée paraît dans les cieux, fond sur le monstre et le terrasse. Phinée attaque alors Persée à la tête de ses troupes ; Mérope est tuée accidentellement dans le combat, Persée épargne Phinée qui préfère se poignarder plutôt que subir la honte. Vénus descend en gloire, annonce l’apaisement de Junon, et les Grâces, les Jeux et les Plaisirs célèbrent les noces de Persée et d’Andromède.
Enregistrement(s)

Christophe Rousset — 2001
Format : CD (3 disques)
Label : Astrée / Naïve (Auvidis)
Référence : E 8874
Année d’enregistrement : 2001, en concert à Paris (Cité de la musique), avec le soutien de la Fondation France Télécom.
Distribution :
- Persée : Paul Agnew, haute-contre
- Andromède, une nymphe guerrière : Anna Maria Panzarella, soprano
- Mérope, la Fortune : Salomé Haller, soprano
- Phinée, un Éthiopien : Jérôme Correas, basse
- Céphée, un Éthiopien, un Cyclope, Idas : Vincent Billier, baryton-basse
- Cassiope, Imène : Monique Simon, mezzo-soprano
- Mercure, Mégathyme : Robert Getchell, haute-contre
- La Vertu, Vénus, l’Amour : Béatrice Mayo Felip, soprano
- Méduse, Phronime, le Grand Prêtre, un Éthiopien : Laurent Slaars, taille
- Euryale, Corite, un Éthiopien : Cyril Auvity, haute-contre
- Sténone, un Triton : Bruno Rostand, basse
Direction : Christophe Rousset (clavecin et direction)
Orchestre : Les Talens Lyriques ; Maîtrise du Centre de musique baroque de Versailles
Langue : Français
Particularité :
Donné dans la version originale de 1682, avec son prologue et ses cinq actes, ce triple album propose une lecture intime, attentive à la psychologie des personnages plus qu’à la démonstration spectaculaire. La critique a salué la fluidité et l’aisance de l’orchestre dans le style français, la noblesse du Persée de Paul Agnew et la grâce de la Mérope de Salomé Haller, tout en regrettant que certains divertissements manquent de relief : un disque jugé « essentiel dans toute discographie de Lully ». La distribution rassemble des chanteurs qui deviendront des piliers du baroque français (Cyril Auvity, Robert Getchell, Jérôme Correas).

Hervé Niquet — 2017
Format : CD (2 disques, 108’21)
Label : Alpha Classics (en collaboration avec Château de Versailles Spectacles et le Concert Spirituel)
Référence : ALPHA 967
Année d’enregistrement : 15 et 16 avril 2016, à l’Opéra Royal du Château de Versailles, avec la participation du Centre de musique baroque de Versailles ; édition en 2016.
Distribution :
- Persée : Mathias Vidal, haute-contre
- Andromède : Hélène Guilmette, soprano
- Mérope : Katherine Watson, soprano
- Phinée : Tassis Christoyannis, baryton
- Céphée, une divinité infernale : Jean Teitgen, basse
- Une Éthiopienne, une nymphe guerrière, Vénus : Chantal Santon-Jeffery, soprano
- Cassiope : Marie Lenormand, mezzo-soprano
- Un Éthiopien, Mercure : Cyrille Dubois, ténor
- Méduse : Marie Kalinine, mezzo-soprano
- Un Éthiopien, un Cyclope, Sténone, un Triton : Thomas Dolié, baryton
- Euryale : Zachary Wilder, ténor
Direction : Hervé Niquet
Orchestre : Le Concert Spirituel (chœur et orchestre)
Langue : Français
Particularité :
Publié à l’occasion des 250 ans de l’Opéra Royal du Château de Versailles, ce disque enregistre non la version originale de Lully mais celle donnée le 16 mai 1770 pour le mariage du dauphin, futur Louis XVI, et de Marie-Antoinette d’Autriche, qui inaugura la salle de Gabriel. La partition, remaniée par Antoine Dauvergne (actes I et IV), François Rebel (acte II) et Bernard de Bury (acte III), sur un livret retouché par Nicolas-René Joliveau, supprime le prologue, fusionne les deux derniers actes en un seul et ajoute de nombreux chœurs, ballets et ritournelles, tout en conservant l’essentiel de la musique de Lully et de certains passages parmi les plus dramatiques. Édition de la partition par Fannie Vernaz (Éditions des Abbesses) en collaboration avec le CMBV, sous la direction d’Hervé Niquet, dont le Concert Spirituel restitue toute la couleur du spectacle de cour du XVIIIe siècle.
Postérité :
À peine moins populaire qu’Armide ou qu’Atys, Persée connut une postérité éblouissante : repris à l’Académie royale de musique en 1695, 1703, 1710, 1722, 1737 et 1746, il fut redonné à Versailles en 1682, en 1746 sur le petit théâtre de la cour des Princes, en 1747 pour les secondes noces du dauphin, fils de Louis XV, puis en 1770 pour inaugurer l’Opéra Royal. Le livret de Quinault survécut même à la musique de Lully : en 1780, Philidor en refit toute la partition, tandis que Marmontel retouchait le poème en lui donnant la physionomie d’un opéra « moderne », en trois actes sans prologue. Près d’une demi-douzaine de parodies, dont Arlequin Persée de Fuzelier (1722) et Polichinelle Persée de Carolet (1737), témoignent de sa popularité. Rousset (2001) et Niquet (2016) en donnent aujourd’hui deux visages complémentaires, celui de l’œuvre originale et celui du spectacle de 1770.

Laisser un commentaire