Note personnelle : ,

Lully, Jean-Baptiste — Cadmus & Hermione (1673)

Format :

  • Tragédie en musique (tragédie lyrique) en un prologue et cinq actes (LWV 49).
  • Musique : Jean-Baptiste Lully (1632-1687).
  • Livret : Philippe Quinault (1635-1688), d’après le livre III des Métamorphoses d’Ovide ; première collaboration de Lully et de Quinault pour une tragédie entièrement chantée.
  • Langue : Français.

Création :

Avril 1673, au Jeu de paume du Bel-Air (rue de Vaugirard), Paris, salle de l’Académie royale de musique ; Louis XIV assiste au spectacle le 27 avril 1673.
Lully a quarante ans. Surintendant de la musique de la Chambre du roi, il vient d’obtenir (1672) le privilège de l’Opéra, jusque-là détenu par Pierre Perrin, et fonde l’Académie royale de musique avec un premier spectacle, Les Fêtes de l’Amour et de Bacchus (novembre 1672). Fort de l’expérience des comédies-ballets de Molière et de Psyché (1671), il souhaite mettre en musique intégralement le genre le plus noble, la tragédie. Les décors et machines sont de Carlo Vigarani. La distribution réunit la troupe issue de l’Académie d’opéras de Perrin et Cambert : François Baumavielle (Cadmus), Marie-Madeleine Brigogne (Hermione), Mlle Cartilly (Charite), Pierre Rossignol (Draco), Bernard Clédière (la Nourrice) et Jean Borel, dit Miracle (le Soleil du prologue).

Livret :

Philippe Quinault, déjà auteur des vers chantés de Psyché et de La Grotte de Versailles, choisit dans les Métamorphoses d’Ovide l’histoire du prince phénicien Cadmus qui, en quête de sa sœur Europe, affronte le dragon de Mars, sème ses dents (d’où naissent des guerriers) et fonde Thèbes en épousant Harmonie. Il délaisse Europe pour se concentrer sur Harmonie, rebaptisée Hermione, dont la main devient un véritable enjeu contre le dieu de la guerre, et invente le géant Draco à qui la princesse est promise. Le prologue, allégorie du règne de Louis XIV sur le mode du Soleil invaincu, oppose le Soleil à l’Envie et au serpent Python, et fait allusion à la guerre de Hollande. Le sujet mêle mythologie et galanterie de romans à clés, et introduit dans la tragédie des personnages comiques hérités de la comédie-ballet et de l’opéra vénitien : le poltron Arbas et la vieille Nourrice.

Intrigue :

  • Prologue : Allégorie du règne sur le mode du Sol invictus. Interrompant les jeux paisibles des divinités champêtres, des nymphes et des bergers, l’Envie suscite le monstrueux serpent Python, bientôt terrassé par la lumière du Soleil ; baignés par son éclat protecteur, les jeux reprennent avec plus d’allégresse.
  • Acte I : Le prince égyptien Cadmus, parti à la recherche de sa sœur Europe, s’est arrêté en Grèce, où il est tombé sous le charme d’Hermione, fille de Mars, courtisée par le roi de cette contrée, un géant grotesque, protégé du dieu. Pour la conquérir, Cadmus doit surmonter les obstacles dressés par Mars autour de la princesse, également défendue par Junon, mais il trouve à ses côtés Pallas.
  • Acte II : Pendant que son compagnon Arbas s’occupe des dames de la suite d’Hermione (il repousse les avances de la Nourrice et conte fleurette à Charite), Cadmus fait ses adieux à sa bien-aimée. L’Amour tente de distraire la princesse avant de lui promettre de protéger celui qu’elle aime.
  • Acte III : Vient le temps de la première épreuve : Cadmus doit triompher du dragon de Mars, qui terrifie ses compagnons en dévorant deux malheureux Africains. Arbas fait mine de le combattre ; Cadmus le terrasse pour de bon. Les desservants du dieu de la guerre lui offrent leurs sacrifices, mais Mars balaie les offrandes et réclame de nouveaux exploits.
  • Acte IV : Cadmus a recueilli les dents du dragon : il les sème et de chacune naît un soldat terrible. L’Amour jette au milieu d’eux une grenade qui les pousse à s’entretuer ; les quelques survivants se rangent auprès de Cadmus. Le Géant et ses compagnons attaquent à leur tour le prince, mais Pallas les pétrifie grâce à son bouclier orné de la tête de Méduse. Cadmus retrouve alors sa princesse, mais Hermione lui est aussitôt enlevée par ordre de Junon.
  • Acte V : Cadmus se désespère lorsque Pallas le rassure : les dieux, sous l’égide de Jupiter, lui rendent Hermione et consacrent leurs amours. Une fête somptueuse, animée des chants d’Arbas, de Charite et de la Nourrice, célèbre les noces de Cadmus et d’Hermione.

Enregistrement(s)

Vincent Dumestre — 2021

Format : CD (2 disques, 122’30)
Label : Château de Versailles Spectacles
Référence : CVS037
Année d’enregistrement : du 25 au 28 novembre 2019, au Château de Versailles ; édition en 2020.
Distribution :

  • Cadmus : Thomas Dolié, baryton
  • Hermione : Adèle Charvet, mezzo-soprano
  • Charite, Mélisse : Eva Zaïcik, mezzo-soprano
  • Arbas, Pan : Lisandro Abadie, baryton
  • La Nourrice, un Dieu champêtre : Nicholas Scott, ténor
  • Draco, Mars : Virgile Ancely, basse
  • Le Grand Sacrificateur, Jupiter : Guilhem Worms, baryton-basse
  • Pallas, Aglante, l’Hymen, Palès : Marine Lafdal-Franc, soprano
  • Le Soleil, Premier Prince tyrien : Enguerrand De Hys, ténor
  • Premier Africain, l’Envie : Benoit-Joseph Meier, ténor
  • Second Africain, Échion : Kaëlig Boché, ténor
  • L’Amour, Junon : Brenda Poupard, mezzo-soprano
  • Second Prince tyrien : Olivier Fichet, baryton
  • Vénus, une Nymphe : Agathe Boudet, soprano

Direction : Vincent Dumestre
Orchestre : Orchestre du Poème Harmonique ; Ensemble Aedes (chef de chœur : Mathieu Romano)
Langue : Français

Particularité :

Publié dans la collection de l’Opéra Royal de Versailles à l’occasion de ses 250 ans (1770-2020) et du 350e anniversaire de l’Académie royale de musique, cet enregistrement réalisé à Versailles est, pour Dumestre, le premier volet d’un triptyque lullyste avec Phaéton et Armide. Il s’appuie sur l’une des plus anciennes sources connues, une copie française de 1692 conservée dans la collection des princes de Fürstenberg (Karlsruhe), bien antérieure à la partition imprimée par Ballard en 1719, éditée par Jean Duron pour le Centre de musique baroque de Versailles. Dumestre insiste sur la naissance du récitatif comme moteur du drame et sur la part comique des personnages secondaires (Arbas, la Nourrice) ; la jeune distribution, menée par le Cadmus de Thomas Dolié et l’Hermione d’Adèle Charvet, est soutenue par l’Ensemble Aedes et un orchestre où figurent trompette, percussions, cornemuse, théorbes et guitares.

Postérité :

Créée par la troupe de l’Académie royale de musique, l’œuvre fondatrice de la tragédie lyrique connut immédiatement un vif succès et de nombreuses reprises à l’Académie royale ou à la cour : en 1674, 1675, 1677, 1678 et 1679 du vivant de Lully, puis en 1690, 1691, 1703, 1711 et jusqu’en 1737, date à laquelle Rameau donne Castor et Pollux. Le nouveau genre suscita aussi de vives critiques des tenants du théâtre classique (Claude Perrault dénonçait la surabondance de machines), tandis que d’autres, comme La Bruyère, défendirent le merveilleux propre à l’opéra. Cadmus ouvre le cycle de douze tragédies (dont onze avec Quinault) que Lully a écrites jusqu’à Armide (1686) et à Achille et Polyxène, laissée inachevée à sa mort en 1687 et complétée par Pascal Collasse ; sans lui, on n’aurait eu ni Armide, ni plus tard Dardanus, Les Boréades ou Platée, dit Dumestre. Après plus de trois siècles d’oubli, l’enregistrement de Dumestre, publié en 2020, en offre une résurrection brillante.

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