Format :
- Tragédie en musique (tragédie lyrique) en un prologue et cinq actes (LWV 53).
- Musique : Jean-Baptiste Lully (1632-1687).
- Livret : Philippe Quinault (1635-1688), d’après le livre IV des Fastes d’Ovide ; sujet choisi, selon la tradition, par Louis XIV lui-même.
- Langue : Français.
Création :
10 janvier 1676, au château de Saint-Germain-en-Laye, devant la cour ; reprise publique en avril 1676 à l’Académie royale de musique (Théâtre du Palais-Royal), Paris.
Lully a quarante-trois ans et règne sans partage sur la scène lyrique française depuis qu’il a obtenu, en 1672, le privilège de l’Académie royale de musique. Après Cadmus et Hermione (1673), Alceste (1674) et Thésée (1675), Atys fixe pour longtemps la forme de la tragédie lyrique : ouverture à la française, dialogue en récitatif souple et expressif, divertissements chantés et dansés, merveilleux mythologique. La cour l’accueille avec ferveur, tandis que le public parisien, plus réservé, ne lui fait pas le même succès ; Louis XIV, lui, en fera son opéra de prédilection, au point qu’on l’appellera « l’opéra du Roi ».
Livret :
Philippe Quinault tire de l’épisode d’Atys au livre IV des Fastes d’Ovide (les fêtes de Cybèle du 5 avril) l’histoire du jeune Phrygien aimé de la déesse Cybèle, qui le punit d’un amour trahi en le rendant fou puis en le métamorphosant en pin. Le poète, qui a déjà signé quatre livrets pour Lully, place pour la première fois l’amour au centre de l’intrigue et signe ici l’une de ses plus belles tragédies, faite de vers simples, de confidences et de plaintes d’une grande justesse. Le prologue allégorique, où le Temps, Flore, Melpomène et Iris célèbrent le retour du printemps et la gloire du roi, précède le drame lui-même.
Intrigue :
- Prologue : Le Temps, Flore, Melpomène, Iris et leurs suites célèbrent la gloire du roi et la fête du printemps, avant que Melpomène n’annonce la tragédie d’Atys.
- Acte I : En Phrygie, Atys, favori du roi Célénus, est secrètement aimé de Sangaride, nymphe fille du fleuve Sangar, promise à Célénus. Atys et Sangaride, aidés de leurs confidents Idas et Doris, s’avouent leur amour alors que l’on prépare la fête de la déesse Cybèle et les noces royales.
- Acte II : Cybèle, éprise d’Atys, le choisit pour grand sacrificateur et lui déclare son amour. Atys, effrayé, cherche à la détourner de lui ; Sangaride le supplie de retarder son mariage. Célénus s’approche et commence à soupçonner leur secret.
- Acte III : Atys, pris de remords, s’endort. Le Sommeil, Morphée, Phobétor et Phantase lui envoient des songes menaçants : Cybèle le punira s’il la trahit. Au réveil, il est saisi d’effroi.
- Acte IV : Le secret de l’amour d’Atys et de Sangaride est découvert. Cybèle, dévorée de jalousie, prépare sa vengeance.
- Acte V : Sous l’effet de la vengeance de Cybèle, Atys perd la raison et, croyant frapper un monstre, poignarde Sangaride, puis se tue. Cybèle, accablée de remords, le métamorphose en pin, arbre qui lui sera à jamais consacré.
Enregistrement(s)

William Christie — 1987
Format : CD (3 disques)
Label : Harmonia Mundi France
Référence : HMC 901257.59
Année d’enregistrement : janvier 1987, Maison de Radio France (Studio 103), Paris (coproduction avec France Musique) ; réédité en 2009 et en 2019.
Distribution :
- Atys : Guy de Mey, ténor
- Cybèle : Guillemette Laurens, mezzo-soprano
- Sangaride : Agnès Mellon, soprano
- Célénus : Jean-François Gardeil, baryton
- Idas : Jacques Bona, basse
- Le Temps, Phobétor, le dieu du fleuve Sangar : Bernard Deletré, basse
- Autres rôles et chœur solistes : Isabelle Desrochers, Véronique Gens, Jean-Paul Fouchécourt, Michel Laplénie, Gilles Ragon, Noémi Rime, Françoise Semellaz
Direction : William Christie
Orchestre : Les Arts Florissants (orchestre et chœur) ; violon solo : John Holloway
Langue : Français
Particularité :
Publié dans la foulée de la production scénique de Jean-Marie Villégier, créée en 1986 et devenue légendaire, le disque de Christie est un jalon de la redécouverte de la tragédie lyrique française : il n’est pas exagéré de dire qu’il a lancé, auprès du grand public, l’engouement pour le baroque français. Les Arts Florissants, dont le continuo est tenu notamment par Christophe Rousset et Yvon Repérant aux clavecins, y déploient un jeu chatoyant et souple, où le récitatif est traité comme une véritable parole théâtrale plutôt que comme une déclamation figée. La distribution, dominée par la Cybèle de Guillemette Laurens, l’Atys de Guy de Mey et la Sangaride d’Agnès Mellon, s’appuie sur des chanteurs qui deviendront pour beaucoup des figures de proue du baroque français (Véronique Gens, Jean-Paul Fouchécourt, Gilles Ragon). La critique n’a cessé de saluer la sensualité et l’émotion de cet enregistrement.

Hugo Reyne — 2010
Format : CD (3 disques, 2 h 47)
Label : Musiques à la Chabotterie (Conseil général de la Vendée)
Référence : 605008
Année d’enregistrement : août 2009, Studio Akustika, Paris XIIIe ; édition en 2010.
Distribution :
- Atys, le Sommeil : Romain Champion, haute-contre
- Sangaride, Flore : Bénédicte Tauran, soprano
- Cybèle, Melpomène : Amaya Dominguez, mezzo-soprano
- Célénus : Aimery Lefèvre, basse
- Doris : Maud Ryaux
- Mélisse : Maïlys de Villoutreys
- Idas : Matthieu Heim
- Morphée : Vincent Lièvre-Picard
Direction : Hugo Reyne
Orchestre : La Simphonie du Marais ; Le Chœur du Marais
Langue : Français
Particularité :
Ce coffret de trois disques, accompagné d’un livret de 120 pages avec reportage photographique et livret complet, est publié par le festival Musiques à la Chabotterie, en Vendée, sous l’égide du Conseil général. Hugo Reyne, fondateur de La Simphonie du Marais et défenseur de longue date de Lully, y propose une lecture qui met en avant le « style français » : ornements mesurés, netteté de la diction et primauté du texte sur la virtuosité vocale. Il s’agit, selon la critique, de la septième intégrale au disque de l’ouvrage, après celle de Christie. La distribution rassemble de jeunes chanteurs français des Solistes du Marais, avec le Chœur du Marais.
Postérité :
Après la création, Atys est repris à plusieurs reprises à la cour, notamment à Fontainebleau et à Versailles, sous le regard d’un Louis XIV qui en connaissait, dit-on, nombre d’airs par cœur ; Madame de Sévigné vantait la beauté extrême de certains passages, en particulier la scène du Sommeil. L’œuvre disparaît ensuite de la scène pendant près de trois siècles avant que la production de Christie et Villégier, reprise à l’Opéra-Comique en 1987 puis recréée en 2011 grâce au mécénat, ne la remette au centre du répertoire et n’ouvre la voie à toute la renaissance de l’opéra baroque français. Parmi les enregistrements ultérieurs figurent ceux de Hugo Reyne (2010), de Christophe Rousset (2023) et d’Alexis Kossenko (2024), sans effacer l’aura de la version de 1987.

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