Format :
- Tragédie en musique (LWV 50) en un prologue et cinq actes, sous-titrée Le Triomphe d’Alcide.
- Musique : Jean-Baptiste Lully (1632-1687).
- Livret : Philippe Quinault (1635-1688), d’après l’Alceste d’Euripide.
- Langue : français.
Création :
Janvier 1674 (19 janvier selon les sources courantes), Académie royale de musique, théâtre du Palais-Royal, Paris.
Deuxième tragédie en musique de Lully et Quinault après Cadmus et Hermione (1673). Née à la Cour, où Louis XIV suivait les répétitions de près, l’œuvre fut accueillie avec enthousiasme à Versailles, mais suscita à Paris une cabale des ennemis du privilège d’opéra de Lully et de Quinault ; Racine, dans la préface de son Iphigénie (août 1674), s’en prit à la manière dont le livret traitait Euripide. Le public revint pourtant en nombre, et l’œuvre resta à l’affiche jusqu’à la fin d’octobre 1674. Elle fut aussi donnée à Versailles, dans la cour de marbre, lors des Divertissements de l’été 1674.
Livret :
Quinault et Lully osèrent s’appuyer sur la plus ancienne pièce conservée d’Euripide pour prouver qu’une véritable tragédie pouvait être mise en musique, ce que Corneille et Racine jugeaient impossible. Ils modifièrent sensiblement le modèle antique : Hercule devient Alcide, jaloux dès le mariage d’Admète et d’Alceste, Lycomède, roi de Scyros, enlève la mariée, et une intrigue secondaire à tonalité comique (Céphise, Lychas, Straton) est ajoutée, ainsi que des divertissements (tempête, combat, pompe funèbre, Enfers) qui nourrirent les critiques des détracteurs. Le prologue, situé aux Tuileries, célèbre le retour du roi.
Intrigue :
- Prologue : Dans les jardins des Tuileries, la Nymphe de la Seine se plaint de l’absence de son héros ; la Gloire annonce le retour du roi et les Naïades, les Nymphes et les divinités des fleuves le célèbrent en chants et en danses.
- Acte I : À Iolcos, en Thessalie, on fête les noces du roi Admète et d’Alceste. Seul Alcide, amoureux d’Alceste, est jaloux de son ami. Lycomède, roi de Scyros, également épris d’Alceste, profite d’une fête nautique pour l’enlever et s’enfuit avec l’aide de sa sœur Thétis, qui déchaîne une tempête ; Éole apaise ensuite la mer pour permettre à Admète et Alcide de le poursuivre.
- Acte II : À Scyros, Céphise, prisonnière de Straton, et Alceste, courtisée par Lycomède, repoussent leurs ravisseurs. Admète et Alcide attaquent l’île et remportent la bataille, mais Admète est mortellement blessé. Apollon lui offre la vie sauve si quelqu’un accepte de mourir à sa place.
- Acte III : Personne ne se propose : Phérès se dit trop vieux, Céphise trop jeune. Admète, guéri, découvre qu’Alceste s’est sacrifiée ; des funérailles solennelles ont lieu. Alcide avoue son amour pour la défunte et part la chercher aux Enfers, à condition de l’épouser s’il réussit ; Diane et Mercure lui ouvrent le chemin.
- Acte IV : Aux Enfers, Alcide force Charon à le passer sur l’Achéron. Pluton et Proserpine accueillent Alceste, mais Alcide vainc Cerbère, impressionne Pluton par sa passion et ramène Alceste vers la terre.
- Acte V : Le peuple fête le triomphe d’Alcide. Alceste et Admète se font de déchirants adieux, mais Alcide, touché par leur amour, cède Alceste à Admète ; Apollon descend pour célébrer le triomphe d’Alcide sur lui-même.
Enregistrements :

Malgoire — 1992
Format : 3 CD (environ 2 h 38).
Label : Astrée Auvidis (Naïve).
Référence : E 8527 (parution en 1994).
Année d’enregistrement : 4-8 janvier 1992, Théâtre des Champs-Élysées, Paris (d’après BBC Music Magazine, prise de son lors de représentations scéniques).
Distribution :
- Alceste : Colette Alliot-Lugaz, soprano
- Admète : Howard Crook, ténor
- Alcide : Jean-Philippe Lafont, baryton
- Autres solistes crédités : notamment Véronique Gens, Claudine Le Coz et Michel Laplénie (l’attribution précise des rôles secondaires n’a pu être confirmée)
Direction : Jean-Claude Malgoire
Orchestre : La Grande Écurie et la Chambre du Roy ; Ensemble vocal Sagittarius
Langue : français
Particularité :
Cette version est issue d’une production scénique du Théâtre des Champs-Élysées, avec des effets de scène réalistes. BBC Music Magazine lui a attribué quatre étoiles, en louant les solistes et l’accompagnement instrumental tout en regrettant certaines limites de la prise de son. Le coffret reproduit un fac-similé du livret original de 1674.

Rousset — 2017
Format : 2 CD.
Label : Aparté (Little Tribeca).
Référence : AP164 (2017).
Année d’enregistrement : 13, 15 et 16 juillet 2017, Salle Gaveau, Paris.
Distribution :
- Alceste, la Gloire : Judith Van Wanroij, soprano
- Alcide : Edwin Crossley-Mercer, baryton-basse
- Admète, un Triton : Emiliano Gonzalez Toro, ténor
- Céphise, la Nymphe des Tuileries, Proserpine : Ambroisine Bré, soprano
- Lycomède, Charon : Douglas Williams
- Cléante, Straton, Pluton, Éole : Étienne Bazola
- La Nymphe de la Marne, Thétis, Diane : Bénédicte Tauran, soprano
- La Nymphe de la Seine, une Nymphe, une Femme affligée, une Ombre : Lucía Martín Cartón
- Lychas, Phérès, Alecton, Apollon, un Triton, un Suivant de Pluton : Enguerrand de Hys
Direction : Christophe Rousset
Orchestre : Les Talens Lyriques ; Chœur de chambre de Namur (chefs de chœur : Leonardo García-Alarcón et Thibaut Lenaerts)
Langue : français
Particularité :
Réalisée sur une édition musicale préparée par Nicolas Sceaux pour Les Talens Lyriques, cette version a été nommée aux Grammy Awards. La critique y voit une version qui avance avec vivacité et un choix sûr pour une seule référence de l’œuvre ; le livret du disque réunit notamment un essai de Jean Duron sur la création et la réception d’Alceste.

Fuget — 2024
Format : 3 CD (environ 2 h 59).
Label : Château de Versailles Spectacles (collection Opéra français n° 28).
Référence : CVS149 (parution en mars 2025).
Année d’enregistrement : 26-29 janvier 2024, Salle des Croisades, Château de Versailles (enregistrement de studio).
Distribution :
- Alceste : Véronique Gens, soprano
- Alcide : Nathan Berg, baryton-basse
- Admète : Cyril Auvity, haute-contre
- Lycomède, Charon, un Homme désolé : Guilhem Worms
- La Nymphe des Tuileries, Céphise : Camille Poul, soprano
- Lychas, Phérès, Alecton, Apollon : Léo Vermot-Desroches
- Cléante, Straton, Pluton, Éole : Geoffroy Buffière
- La Gloire, une Femme affligée : Claire Lefilliâtre, soprano
- La Nymphe de la Marne, Proserpine, Diane, Thétis : Juliette Mey
- La Nymphe de la Seine, une Nymphe, une Ombre : Cécile Achille
Direction : Stéphane Fuget
Orchestre : Les Épopées ; Chœur de l’Opéra Royal (cheffe de chœur : Lucile de Trémiolles)
Langue : français
Particularité :
Stéphane Fuget justifie dans le livret sa lecture de l’œuvre comme un mélange assumé de tragique et de comique, et détaille ses choix d’orchestration (grand chœur et petit chœur, basse continue improvisée avec basses de viole, musette et flûtes à bec). BBC Music Magazine lui a décerné cinq étoiles et l’enregistrement est nommé aux International Classical Music Awards 2026 ; Forum Opéra y voit une nouvelle référence aux côtés de celle de Rousset, tandis que MusicWeb International le juge plus cérémonial, plus « en plein air » et plus tragique que la version Rousset, et loue en particulier Véronique Gens, Cyril Auvity et Camille Poul.
Postérité :
Après sa création, Alceste fut reprise à Fontainebleau pour la Cour en septembre 1677, à Paris en 1678, puis à l’automne 1682 et jusqu’en avril 1683, et resta au répertoire jusqu’au milieu des années 1750. Au début des années 1690, Sébastien de Brossard en tira à Strasbourg un Concert d’Alceste pour solistes, chœur et orchestre, rassemblant le prologue et les divertissements. Mme de Sévigné, qui assista aux préparatifs à la Cour, fut émue aux larmes par certains passages de la musique. Au disque, l’œuvre est représentée ici par les versions de Malgoire (1992), Rousset (2017) et Fuget (2024).

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