Format :
- Pastorale héroïque (LWV 73) en un prologue et trois actes.
- Musique : Jean-Baptiste Lully (1632-1687).
- Livret : Jean Galbert de Campistron (1656-1723), d’après les Métamorphoses d’Ovide (livre XIII).
- Langue : français.
Création :
6 septembre 1686, château d’Anet (Galerie de Diane), puis 17 septembre 1686 à l’Académie royale de musique (Palais-Royal, Paris).
Dernier opéra entièrement achevé de Lully, mort le 22 mars 1687, il fut conçu pour les fêtes offertes par Louis-Joseph de Bourbon, duc de Vendôme, à Louis de France, le Grand Dauphin, lors de son séjour à Anet. L’œuvre fut donnée sept fois à Anet, jusqu’au 13 septembre. Les rôles principaux furent créés par la haute-contre Louis Gaulard Dumesny (Acis), Marie Le Rochois (Galatée), la basse-taille La Forest (Polyphème) et Françoise Moreau (Scylla) ; la chorégraphie était d’Anne de Lestang et Guillaume-Louis Pécour, les décors et costumes de Jean Berain. À Paris, le succès fut plus mitigé : la musique plut, mais la chaconne finale parut trop proche de celle d’Armide et le livret fut jugé inférieur à ceux de Quinault.
Livret :
Philippe Quinault, collaborateur habituel de Lully depuis 1672, s’était retiré de la scène après Armide (1686). Lully se tourna vers le dramaturge Jean Galbert de Campistron, ami du duc de Vendôme. Celui-ci suit fidèlement Ovide pour l’essentiel (le berger Acis écrasé par le rocher que lance le cyclope Polyphème), mais invente les personnages secondaires de Scylla et Télème, miroir malheureux du couple principal, ainsi qu’un prologue où Diane (allusion à Diane de Poitiers, pour qui Anet fut construit) convoque l’Abondance et Comus pour fêter le Grand Dauphin.
Intrigue :
- Prologue : Diane se réjouit de la présence du Grand Dauphin à Anet. L’Abondance et Comus, dieu des festins, se disputent l’honneur d’embellir la fête ; Diane les réconcilie, puis Apollon paraît pour annoncer le spectacle.
- Acte I : En Sicile, le berger Acis aime la nymphe Galatée, qui se montre froide, tout comme sa confidente Scylla envers Télème, l’ami d’Acis. Un divertissement de bergers et de bergères leur vante les joies de l’amour partagé, mais l’arrivée brutale du cyclope Polyphème disperse la fête. Resté seul avec Galatée, il lui déclare son amour ; par crainte de sa colère, elle feint d’y être sensible et l’autorise à préparer une fête en son honneur.
- Acte II : Acis reproche à Galatée son attitude envers le cyclope et veut le provoquer, sûr d’y trouver la mort ; Galatée le retient et lui avoue qu’elle l’aime : elle ne feignait que pour le protéger. Scylla refuse toujours l’amour de Télème et s’exile de la cour de Galatée. Acis et Galatée décident de s’unir dans le temple de Junon. Polyphème et sa suite viennent honorer Galatée (divertissement) ; il demande sa main, et elle l’envoie chercher l’accord de son père Nérée.
- Acte III : Près du temple de Junon, au pied de l’Etna, le grand prêtre s’apprête à célébrer l’union. Polyphème comprend qu’il a été dupé et jure de tuer les amants ; Galatée s’enfuit dans la mer, et Acis est écrasé par un rocher. Galatée, revenue des flots, découvre le corps et se lamente, puis implore Neptune, qui ressuscite Acis en le métamorphosant en fleuve immortel et fait célébrer l’union des amants (divertissement, puis longue passacaille finale).
Enregistrements :

Minkowski — 1996
Format : 2 CD (43 plages, environ 1 h 46).
Label : Deutsche Grammophon / Archiv Produktion.
Référence : 453 497-2 (parution en 1998 ; réédition Archiv en 2006).
Année d’enregistrement : juillet 1996, Salle Wagram, Paris (enregistrement public, selon les sources consultées).
Distribution :
- Acis : Jean-Paul Fouchécourt, haute-contre
- Galatée : Véronique Gens, soprano
- Polyphème : Laurent Naouri, basse
- Autres solistes crédités : Howard Crook, Mireille Delunsch, Thierry Félix (l’attribution précise des rôles secondaires varie selon les sources consultées)
Direction : Marc Minkowski
Orchestre : Les Musiciens du Louvre (Grenoble) et chœur des Musiciens du Louvre
Langue : français
Particularité :
Longtemps seul enregistrement complet de l’œuvre, il a été salué pour la vitalité des danses, marches et interludes instrumentaux et pour l’attention portée au texte. La critique a vanté la haute-contre douce et lyrique de Jean-Paul Fouchécourt, l’engagement dramatique de Véronique Gens (surtout dans les scènes de l’acte II) et l’autorité de Laurent Naouri en Polyphème ; BBC Music Magazine lui a décerné cinq étoiles. L’exemplaire présenté ici correspond à la réédition Archiv.

Rousset — 2022
Format : 2 CD (environ 51 et 60 minutes).
Label : Aparté (Little Tribeca).
Référence : AP269 (2022).
Année d’enregistrement : 16-18 juillet 2021, Conservatoire Jean-Baptiste Lully, Puteaux.
Distribution :
- Acis : Cyril Auvity, haute-contre (dans le prologue : Apollon)
- Galatée : Ambroisine Bré, soprano (dans le prologue : Diane)
- Polyphème : Edwin Crossley-Mercer, baryton-basse
- Aminte, une Naïade (et, au prologue, une Dryade) : Deborah Cachet, soprano
- Scylla, une Naïade (et, au prologue, l’Abondance) : Bénédicte Tauran, soprano
- Télème (et, au prologue, Comus) : Robert Getchell, ténor
- Tircis, le Prêtre de Junon : Enguerrand de Hys, ténor
- Neptune (et, au prologue, un Sylvain) : Philippe Estèphe, baryton
Direction : Christophe Rousset
Orchestre : Les Talens Lyriques ; Chœur de chambre de Namur (chef de chœur : Thibaut Lenaerts)
Langue : français
Particularité :
Deuxième enregistrement complet de l’œuvre après celui de Minkowski, réalisé sur instruments anciens au diapason de 392 Hz (tempérament Vallotti), dans le conservatoire de Puteaux qui porte le nom de Lully et avec lequel Les Talens Lyriques sont partenaires. L’édition musicale est celle de Radio France. Forum Opéra (trois sur cinq) loue l’attention au texte et l’unité de style, la finesse musicale d’Ambroisine Bré et de Cyril Auvity (dont la voix peut toutefois être forcée dans les passages héroïques), le Polyphème caractérisé d’Edwin Crossley-Mercer et la voix lumineuse de Deborah Cachet.
Postérité :
Le succès d’Acis et Galatée se poursuivit à l’Opéra de Paris avec des reprises en 1702, 1704, 1718, 1725, 1734 et 1744, puis en 1752 et 1762 dans un remaniement de François Rebel et François Francœur. Le rôle de Polyphème est souvent cité parmi les plus beaux écrits pour basse dans l’opéra baroque français, et la passacaille finale est l’une des pièces les plus longues et les plus admirées de Lully. Le même sujet devait inspirer plus tard Haendel (Acis and Galatea). Au disque, l’œuvre reste rare : Minkowski (1996) et Rousset (2022) en proposent les deux versions complètes.

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