Format :
- Semi-opéra (« dramatick opera », présenté par Locke comme « l’opéra anglais ») en cinq actes, mêlant dialogues parlés, musique, danse, décors et machines.
- Musique : Matthew Locke (vers 1621-1677) et Giovanni Battista Draghi (dont la contribution est perdue).
- Livret : Thomas Shadwell (vers 1642-1692), d’après la Psyché de Molière, Quinault, Corneille et Lully.
- Langue : anglais.
Création :
27 février 1675, Dorset Garden Theatre, Londres, par la Duke’s Company.
Commandée probablement dès 1673 pour les fêtes du mariage du duc d’York (le futur Jacques II) avec Marie de Modène, l’œuvre fut retardée avant de voir le jour en février 1675. Les décors et machines, dus à Thomas Betterton, coûtèrent plus de 800 livres, et le chroniqueur John Downes note que la pièce fut jouée pendant près de huit jours d’affilée, ce qui fut bénéfique pour la troupe, sans toutefois rapporter autant que La Tempête. Charles II, revenu d’exil en 1660 avec le goût du ballet de cour et de la comédie-ballet français, fut l’une des forces qui poussèrent à créer un équivalent anglais de la tragédie-ballet Psyché donnée à Paris en 1671.
Livret :
Le livret de Shadwell suit de près la tragédie-ballet française de 1671 (elle-même inspirée des Métamorphoses d’Apulée), dont certaines scènes sont traduites presque mot pour mot, mais s’en écarte en dispersant la musique tout au long de la pièce, alors que chez Lully elle se limite au prologue et aux intermèdes de fin d’acte, et en accentuant les scènes grotesques. Shadwell et Locke publièrent en 1675 le livret et la partition (l’une des premières partitions d’opéra imprimées en Angleterre), assortis de préfaces où ils défendent leur ouvrage : Shadwell y revendique la structure musicale de la pièce, Locke y vante la variété de ses styles, de l’air simple à la fugue et au récitatif. Le texte précise que seuls Vénus et le Grand Prêtre parlent et chantent à la fois ; les autres personnages mortels s’expriment par la parole, le chant étant réservé aux êtres surnaturels et allégoriques.
Intrigue :
- Acte I : Dans un bois, la belle Psyché et deux dames vantent leur cadre bucolique ; Psyché ne veut pas échanger ces bois contre la cour de son père Théandre. Pan et ses suivants chantent et dansent. L’Ambition, la Puissance, l’Abondance et la Paix tentent de l’attirer à la cour, mais elle refuse. La Jalousie et six Furies la menacent. Les princes Nicandre et Polynice s’efforcent de la séduire ; les sœurs jalouses Cidippe et Aglaure appellent Vénus à leur secours, et la déesse jure de se venger. Théandre conduit Psyché à l’oracle d’Apollon.
- Acte II : Dans le temple d’Apollon à Delphes, le dieu annonce que Psyché sera abandonnée sur un rocher, où un serpent venimeux sera son époux. Psyché accepte son sort ; des amants désespérés chantent leur douleur, et les princes offrent de combattre le serpent. La terre s’ouvre et Zéphyr emporte Psyché dans les nuages. Un intermède reprend une plainte italienne de Lully.
- Acte III : Dans le palais de Cupidon, les Cyclopes travaillent pour Vulcain. Psyché y découvre l’amour de Cupidon, qui lui interdit de chercher à connaître son nom. Sur terre, les princes sont célébrés pour avoir tué le serpent ; Vénus, outragée, obtient de Mars qu’il envoie les Furies, qui détruisent l’autel. Les sœurs de Psyché prétendent qu’elle a été dévorée par le serpent.
- Acte IV : Dans le jardin du palais, Cidippe et Aglaure sèment le doute dans l’esprit de Psyché sur l’identité de son amant. Cupidon, contraint de se révéler, doit s’envoler en vertu de la loi de l’Olympe, laissant Psyché seule dans le désert, près d’un fleuve, où le dieu de la rivière la console. Vénus la réprimande et jure de l’envoyer en Enfer. Les princes, attaqués par un soldat, se jettent dans le fleuve ; Cupidon reproche aux sœurs leurs intrigues et les livre aux Furies.
- Acte V : En Enfer, Pluton et Proserpine annoncent que Psyché doit épouser le dieu de l’Amour. Psyché rouvre la boîte de beauté offerte à Vénus et s’évanouit ; Cupidon la croit morte. Vénus finit par consentir à leur union, et Jupiter accorde à Psyché l’apothéose. Au ciel, tout l’Olympe célèbre les noces de Cupidon et Psyché.
Enregistrements :

Pickett — 1994
Format : CD (76’57, 34 plages), livret de 104 pages avec le texte.
Label : L’Oiseau-Lyre (Decca).
Référence : Decca L’Oiseau-Lyre 444 336-2 (parution en 1995).
Année d’enregistrement : Janvier 1994, Walthamstow Assembly Hall, Londres.
Distribution :
- Vénus, Proserpine : Catherine Bott, soprano
- Vulcain, Mars : Paul Agnew, ténor
- Pyracmon, dieu de la rivière : Christopher Robson, contre-ténor
- Une nymphe et autres rôles : Julia Gooding, soprano
- Le Grand Prêtre : Andrew King, ténor
- Jalousie, Bacchus : Simon Grant, basse-baryton
- Autres solistes (rôles non détaillés dans les sources consultées) : Michael George, basse ; Julian Podger, ténor ; Helen Parker, soprano
Direction : Philip Pickett
Orchestre : New London Consort (flûtes à bec, violes, saqueboutes, chalemies, théorbe)
Langue : anglais
Particularité :
Enregistrement de référence avant celui de Daucé. La musique de Draghi étant perdue, les danses manquantes sont remplacées par des pièces reconstituées par Peter Holman et Philip Pickett.

Daucé — 2022
Format : 2 CD.
Label : Harmonia Mundi.
Référence : HMM 905325.26 (℗ 2022).
Année d’enregistrement : Juillet et août, Chapelle des Jésuites, Saint-Omer (France) ; parution en 2022.
Distribution :
- Pan, Pluton, Premier Homme, Deuxième Homme affligé, Quatrième Cyclope : Nicolas Brooymans, basse
- Jalousie, Deuxième Diable, Deuxième Cyclope : Renaud Bres, basse
- Première Furie, Première Femme, Première Nymphe, Premier Amant élyséen : Caroline Weynants, soprano
- Deuxième Furie, Vénus : Lieselot De Wilde, soprano
- Le Grand Prêtre, Femme affligée, Dieu de la rivière, Quatrième Furie : Lucile Richardot, mezzo-soprano
- Deuxième Femme, Troisième Furie, Proserpine, Deuxième Amant élyséen : Deborah Cachet, soprano
- Deuxième Homme, Troisième Cyclope, Mars, Sixième Diable : Marc Mauillon, ténor
- Vulcain, Premier Diable, Bacchus : Étienne Bazola, basse
- Premier Cyclope, Premier chanteur (acte III), Cinquième Diable : David Tricou, contre-ténor
- Deuxième Nymphe, Troisième Amant élyséen : Caroline Bardot, soprano
- Praesul, Premier chanteur (acte IV), Premier Homme affligé : Antonin Rondepierre, ténor
- Deuxième chanteur (acte IV), Troisième Diable, Apollon : Paul-Antoine Bénos-Djian, contre-ténor
- Deuxième chanteur (acte III), Quatrième Diable : Davy Cornillot, ténor
Direction : Sébastien Daucé (également à l’orgue et au clavecin)
Orchestre : Ensemble Correspondances
Langue : anglais
Particularité :
Daucé reconstitue l’œuvre dans son intégralité en remplaçant la musique perdue de Draghi par des pages instrumentales de Locke lui-même (musique pour consorts de violes) et d’un manuscrit conservé à New York, The Rare Theatrical, ainsi qu’une plainte italienne de Lully placée en intermède à la fin du deuxième acte. Le livret de la version est accompagné d’un essai de Katherina Lindekens. Un compte rendu de Planet Hugill relève toutefois la diversité des accents anglais des chanteurs, qui nuit parfois à la clarté du texte.
Postérité :
Psyche est considérée comme l’œuvre emblématique de l’opéra de la Restauration anglaise : elle a fondé le genre du semi-opéra (« dramatick opera ») que Purcell illustrera ensuite avec The Prophetess, King Arthur ou The Fairy Queen, et fut la dernière grande œuvre scénique pour laquelle Locke composa de la musique avant sa mort. Peu jouée aujourd’hui, elle a été redécouverte au disque avec l’enregistrement de Pickett, puis avec celui de Daucé.

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