Format :
- Ópera armónica al estilo italiano en 1 acte.
- Musique : Antonio de Literes.
- Livret : Anonyme (écrit pour l’anniversaire de la duchesse de Medina de las Torres).
- Langue : Espagnol.
Création :
Vers 1705, à Madrid (résidence privée de la Duchesse de Medina de las Torres).
À cette époque, Antonio de Literes est l’un des violoncellistes et compositeurs les plus réputés de la Chapelle Royale de Madrid, au moment fort de la guerre de Succession d’Espagne. Âgé d’une trentaine d’années, il est à l’avant-garde de l’introduction du goût italien à la cour d’Espagne, mêlant les formes de la cantate et du récitatif italiens à la verve rythmique et théâtrale de la tradition ibérique.
Livret :
Écrit à l’occasion de l’anniversaire de la duchesse de Medina de las Torres (Sra. Duquesa de Medina de las Torres), le livret repose sur une allégorie poétique universelle où les Quatre Éléments personnifiés s’affrontent et se querellent pendant la nuit. En l’absence du Soleil, chacun revendique sa suprématie sur la Nature. L’arrivée de l’Aurore (La Aurora) rétablit l’ordre cosmique, annonçant le retour de la lumière solennelle et la célébration festive du jour de fête de la protectrice et mécène.
Intrigue :
- Acte I : Dans les ténèbres d’une nuit sans fin, les quatre éléments personnifiés — l’Air (El Ayre), la Terre (La Tierra), l’Eau (El Agua) et le Feu (El Fuego) — se disputent le rôle principal dans l’équilibre du monde. L’Air et l’Eau dépeignent la douce sérénité et le mouvement, tandis que la Terre et le Feu revendiquent la force, la chaleur et la stabilité. L’ambiance devient orageuse au fur et à mesure que les tensions montent entre les passions rivales. L’Aurore (La Aurora) apparaît alors pour dissiper les ombres, apaiser les éléments en conflit et annoncer le réveil triomphal du Soleil, unifiant les forces de la Nature dans un chœur final célébrant la clarté et l’harmonie.
Enregistrement(s)

Carles Magraner — 1994
Format : CD (1 disque)
Label : Capella de Ministrers / EGT
Référence : CDM 0617 / EGT 649 CD
Année d’enregistrement : Palau de la Música de Valence, du 4 au 7 février 1994
Distribution :
- El Ayre / La Aurora : Patricia Llorens (soprano)
- La Tierra : Isabel Monar (soprano)
- El Agua : Estrella Estévez (soprano)
- El Fuego : Olga Pitarch (soprano)
- El Tiempo : Miquel Ramón (basse/baryton)
Direction : Carles Magraner
Orchestre : Capella de Ministrers
Langue : Espagnol
Particularité :
Pionnière dans la redécouverte du patrimoine baroque espagnol, cette gravure réalise la toute première captation mondiale de cette « ópera armónica ». Carles Magraner et son ensemble Capella de Ministrers privilégient une approche théâtrale vivante, colorée, s’appuyant sur un continuo richement instrumenté (guitare baroque, théorbe, clavecin). La distribution vocalement homogène et lumineuse restitue avec ferveur l’esprit festif de cette sérénade courtisane.
Eduardo López Banzo — 2001
Format : CD (1 disque)
Label : Deutsche Harmonia Mundi (DHM) / BMG Classique
Année d’enregistrement : juillet 1997 aux Hospices de Beaune, France
Distribution :
- El Ayre – La Aurora : Marta Almajano (soprano)
- La Tierra : Lola Casariego (mezzo-soprano)
- El Agua : Anne Grimm (soprano)
- El Fuego : Xenia Meijer (mezzo-soprano)
- El Tiempo : Jordi Ricart (baryton)
- Countertenor (only A 4) : Carlos Mena
Direction : Eduardo López Banzo
Orchestre : Al Ayre Español
Langue : Espagnol
Particularité :
Cette version gravée par Al Ayre Español constitue une référence incontournable de la discographie baroque espagnole. Sous la direction rigoureuse et électrisante d’Eduardo López Banzo, l’œuvre brille par un sens dramatique acéré, un découpage rythmique virtuose et des ornementations raffinées. Marta Almajano incarne une Aurora somptueuse, soutenue par un continuo étincelant et une prise de son d’une grande clarté spatiale.
Postérité :
Longtemps présentée comme l’un des premiers opéras espagnols, Los Elementos occupe en réalité une place plus subtile — et plus intéressante — dans l’histoire de la musique ibérique. L’œuvre n’inaugure pas le genre : les premiers opéras espagnols intégralement chantés remontent à Juan Hidalgo et aux années 1660. La musicologie actuelle la définit plutôt comme une cantate scénique, une loa avec musique, voire un auto sacramental, et la critique y voit volontiers un prologue développé, destiné peut-être à introduire un autre divertissement théâtral, opéra ou pièce parlée : l’action dramatique proprement dite y est quasi inexistante. Son titre reste toutefois un jalon, puisque c’est seulement la deuxième fois, après La Guerra de los Gigantes de Durón, que le terme « ópera » apparaît dans un titre en Espagne.
Sa véritable importance tient à ce qu’elle documente : l’acclimatation du récitatif et de l’aria da capo italiens à la cour de Philippe V, greffés sur les formes indigènes de l’estribillo et des coplas. La partition n’a survécu que par une source unique, conservée à la Biblioteca Nacional de España, ce qui explique un long oubli. Sa redécouverte est récente : Carles Magraner et la Capella de Ministrers l’enregistrent en 1994, suivis d’Al Ayre Español trois ans plus tard, deux gravures qui l’installent durablement au répertoire des ensembles baroques. Une édition critique moderne a depuis été établie par Ars Hispana, servant de base à la production scénique de la Fundación Juan March et du Teatro de la Zarzuela en 2018, sous la direction d’Aarón Zapico — reprise à Palma en 2019. Cette production a eu le mérite de restituer une convention d’origine que les disques avaient abandonnée : une distribution exclusivement féminine et un effectif orchestral réduit, conformément aux usages de l’époque.


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