Note personnelle : ,

Literes, Antonio de — Júpiter y Danae (1708)

Format :

  • Zarzuela barroque en 3 journées (jornadas), alternant numéros chantés et dialogues déclamés ; partition conservée de façon partielle.
  • Musique : Antonio de Literes (1673-1747).
  • Livret : Anonyme — le nom de l’auteur n’a pas été identifié —, d’après le mythe grec de Danaé.
  • Langue : Espagnol.

Création :

Vers 1700, à Madrid, dans le cadre des divertissements de cour.
Literes n’a alors que vingt-sept ans. Entré à la chapelle royale en 1693 comme joueur de violón, il y côtoie Sebastián Durón et Juan de Navas, et s’apprête à devenir le principal fournisseur de musique scénique de la cour madrilène. Júpiter y Danae est généralement tenue pour sa première zarzuela : l’écriture y demeure encore largement fidèle à la tradition hispanique héritée de Juan Hidalgo et de Calderón — tonos, coplas, coros syllabiques — mais les premières inflexions italiennes, récitatifs et duos concertants, s’y font déjà entendre. L’œuvre naît à un moment charnière de l’histoire d’Espagne, celui de la mort de Charles II et de l’avènement de la dynastie des Bourbons, dont le chœur final de l’ouvrage, glorification adressée aux souverains régnants, porte encore la trace.

Livret :

Le texte, resté anonyme, s’inscrit dans la longue lignée des fables mythologiques dont la zarzuela baroque avait fait son terrain de prédilection : la matière gréco-romaine, filtrée par la dramaturgie du Siècle d’or, y sert de véhicule à une célébration encomiastique de la monarchie. Le sujet est celui de Danaé, fille du roi d’Argos Acrise, que son père enferme dans une tour d’airain pour déjouer un oracle annonçant qu’il périrait de la main de son petit-fils. Jupiter, épris de la captive, la rejoint sous la forme d’une pluie d’or ; de cette union naîtra Persée. Autour du couple divin gravitent Cupidon, Junon jalouse, Cassandre, et les figures pastorales de Lizenio et Coridon, qui assurent le contrepoint rustique et comique propre au genre. La partition manuscrite est conservée à la Biblioteca Nacional de España ; elle est lacunaire, ce qui rend malaisée la reconstitution du fil dramatique complet.

Intrigue :

  • Première journée : Averti par un oracle que le fils de sa fille causera sa perte, le roi d’Argos fait enfermer Danaé à l’écart du monde. Jupiter, qui l’a aperçue, se consume d’un amour qu’aucune muraille ne saurait contenir et sollicite l’assistance de Cupidon. Le registre pastoral s’installe en contrepoint avec Lizenio et Coridon, dont les commentaires terrestres jalonnent l’action.
  • Deuxième journée : Junon découvre l’inclination de son époux et jure d’y faire obstacle ; l’intrigue se noue autour de ses manœuvres et de la complicité ambiguë de Cupidon. Jupiter, déjouant la surveillance, parvient jusqu’à Danaé sous la forme de la pluie d’or, dans ce qui constitue le sommet lyrique de l’ouvrage — le duo Mi bien adorado en garde le souvenir le plus célèbre.
  • Troisième journée : Les conséquences de l’union se déploient et l’oracle accomplit sa course, tandis que Junon doit s’incliner devant la volonté souveraine de Jupiter. Conformément à l’usage, le dénouement mythologique bascule en éloge dynastique : l’ouvrage se referme sur un chœur de glorification adressé aux souverains d’Espagne, qui transpose l’ordre olympique retrouvé en hommage à l’ordre monarchique.

Enregistrement(s)

Carles Magraner — 1999

Format : CD (2 disques — 60’38 et 23’55)
Label : Blau, collection « Compositors de les Illes Balears » (coordination Pere Estelrich i Massutí)
Référence : BLAU CD 190
Année d’enregistrement : Février 1999, studios ONA DIGITAL, Bunyola (Majorque) ; édition 1999
Distribution :

  • Júpiter : Carlos López-Galarza (baryton)
  • Danae : Olga Pitarch (soprano)
  • Cupido : Patricia Llorens (soprano)
  • Juno / Casandra : Pilar Esteban (mezzo-soprano)
  • Lizenio / Coridon : Shi Chiao-Tu (alto)

Direction : Carles Magraner
Orchestre : Capella de Ministrers
Langue : Espagnol

Particularité :
Cinq ans après Los Elementos, Magraner poursuit avec cet enregistrement son exploration du théâtre lyrique de Literes, cette fois sous l’égide d’une collection consacrée aux compositeurs des Baléares — hommage à la patrie majorquine du musicien — et avec des notices signées du musicologue José Máximo Leza. La captation, réalisée en studio à Bunyola, réunit plusieurs fidèles de l’ensemble, dont la soprano Olga Pitarch et le contreténor Shi Chiao-Tu, déjà présents dans la gravure valencienne de 1994. L’effectif instrumental, chambriste mais richement coloré, aligne jusqu’à trois violons, viole, violone et clavecin, soutenus par une combinaison pouvant réunir deux théorbes et deux guitares baroques : une conception du continuo typique de la maison. L’accueil critique fut plus réservé que pour Los Elementos — justesse parfois flottante aux cordes, homogénéité vocale inégale, et surtout une édition frustrante, sans texte chanté ni indication de sources, qui laisse l’auditeur démuni face à une action déjà rendue elliptique par les lacunes de la partition. Le mérite documentaire n’en reste pas moins entier : il s’agit de la seule gravure disponible de la première zarzuela connue de Literes.

Postérité :

Júpiter y Danae occupe dans le catalogue de Literes une place de seuil : celle du coup d’essai d’un musicien de vingt-sept ans qui n’a pas encore trouvé la synthèse hispano-italienne éclatante d’Acis y Galatea (1708) ou de Júpiter y Semele (1718). L’œuvre partage avec l’ensemble du théâtre lyrique espagnol du premier XVIIIe siècle un destin d’oubli, accéléré par l’installation de l’opéra italien à Madrid, puis par la confusion durable qu’entretint le XIXe siècle entre la zarzuela baroque et le genre homonyme réinventé sous Barbieri. Sa transmission fragmentaire a longtemps découragé les interprètes : là où Acis y Galatea et Júpiter y Semele ont bénéficié d’éditions critiques et de reconstructions signées Luis Antonio González Martín et Eduardo López Banzo, cette partition-ci est restée en marge du grand mouvement de redécouverte. L’initiative de Carles Magraner et de la Capella de Ministrers, prolongée par la reprise du duo Mi bien adorado dans leur anthologie anniversaire, aura eu le mérite de la sortir du silence et de rappeler qu’avant les chefs-d’œuvre de la maturité, l’écriture scénique de Literes se cherchait déjà — et se trouvait par instants — dans la veine intime et pastorale héritée du Siècle d’or.

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