Format :
- Opéra en quatre actes.
- Musique : Édouard Lalo (1823-1892), achevée par Arthur Coquard (1846-1910)
- Livret : Édouard Blau (quatrième acte achevé par Simone Arnaud), d’après les Scènes féodales de Prosper Mérimée
- Langue : français
Création :
9 mars 1895, Opéra de Monte-Carlo (Principauté de Monaco), dans une mise en scène de Raoul Gunsbourg.
Lalo, dont le Roi d’Ys avait triomphé le 7 mai 1888, entreprend La Jacquerie en 1889. Il n’a le temps de travailler qu’au premier acte, qu’il orchestre jusqu’à l’arrivée de Robert, avant de devoir s’interrompre pour composer la pantomime Néron (1891) ; il meurt le 23 avril 1892. Sa veuve Julie confie la suite à Arthur Coquard, disciple de Lalo, admirateur de Berlioz et ancien élève de César Franck. Coquard compose les trois derniers actes en respectant le style de son aîné, en reprenant quatre motifs du premier acte et sans doute quelques pages de Lalo. Après Monte-Carlo, l’ouvrage entame une tournée : Aix-les-Bains (9 septembre 1895, en version de concert), Lyon (Grand-Théâtre, 27 novembre 1895), puis Paris, à l’Opéra-Comique alors installé au Châtelet (23 décembre 1895), avec Marie Delna dans le rôle de Jeanne.
Livret :
Édouard Blau, librettiste du Roi d’Ys et coauteur de Werther et du Cid de Massenet, s’inspire très librement des Scènes féodales de Mérimée (« quelques noms, une époque et la moitié d’une situation »), consacrées à la révolte paysanne de 1358. Il y ajoute une intrigue amoureuse absente de Mérimée entre Robert, fils de paysans, et Blanche, la fille du seigneur, qui heurta Lalo : ce dernier voulait un drame plus fiévreux et un Robert fanatique, non un amoureux. Lalo a en outre réutilisé plusieurs pages de son opéra inachevé Fiesque (1866-1867), sur lesquelles Blau a adapté de nouvelles paroles. Le quatrième acte, que Blau n’avait pas écrit, a été confié à Simone Arnaud, collaboratrice de Coquard.
Intrigue :
- Acte I : En 1358, près de Beauvais, au village de Saint-Leu-de-Cérent, en vue du château du comte de Sainte-Croix. Le Comte marie sa fille Blanche au baron de Savigny et exige de ses serfs qu’ils fournissent la dot, ce que son Sénéchal leur signifie brutalement. Excités par le bûcheron Guillaume, les paysans songent à la révolte et veulent pour chef Robert, le fils de la fermière Jeanne, qui revient de Paris. Une fanfare annonce le Comte : rendez-vous est pris le soir même dans la forêt. Restée seule, Blanche rêve du jeune homme qu’elle a soigné à Paris et dont elle ignore le nom.
- Acte II : Une clairière au milieu des bois. Les paysans jurent de se soulever. Robert enflamme leur courage, mais à Guillaume qui crie « Vengeance et mort ! » il répond : « Non ! loyauté, pitié, justice ! » Acclamé chef, il accepte ; sa mère Jeanne, d’abord opposée à son engagement, cède à ses arguments et, agenouillée au pied de la croix, implore la Vierge : tous entonnent un Stabat Mater.
- Acte III : Une fête au château est interrompue par les paysans, qui se ruent dans le manoir sous la conduite de Robert et menacent le Comte. Celui-ci refuse leurs conditions avec hauteur. Blanche accourt et veut mourir avec son père ; Guillaume s’apprête à la frapper quand Robert reconnaît en elle la jeune fille qui l’a sauvé à Paris lors d’une émeute. Il la défend contre tous, au risque de passer pour un traître, et s’enfuit avec elle tandis qu’une partie des Jacques se livre au pillage.
- Acte IV : Une chapelle en ruines au milieu de la forêt. Les seigneurs ont écrasé les Jacques. Blanche et Jeanne se lamentent, l’une sur son père, l’autre sur son fils. Robert vient revoir Blanche une dernière fois ; elle lui reproche d’avoir tué son père, il se défend et laisse deviner son amour. Guillaume survient et accuse Robert de trahison. Comprenant qu’ils vont mourir, Blanche avoue à Robert un amour réciproque. Les Jacques font irruption, puis les seigneurs arrivent pour délivrer Blanche ; Guillaume a juste le temps de poignarder Robert. Blanche jure de se retirer dans un cloître.
Enregistrement :

Patrick Davin — 2016
Format : 2 CD + livre de 132 pages (collection « Opéra français / French opera », vol. 12)
Label : Palazzetto Bru Zane (en coproduction avec Radio France)
Référence : ES 1023
Année d’enregistrement : 24 juillet 2015, en concert, Opéra Berlioz – Le Corum, Montpellier, dans le cadre du Festival Radio France Montpellier ; parution en 2016.
Distribution :
- Blanche de Sainte-Croix : Véronique Gens, soprano
- Jeanne : Nora Gubisch, mezzo-soprano
- Robert : Charles Castronovo, ténor
- Guillaume : Boris Pinkhasovich, baryton
- Le Comte de Sainte-Croix : Jean-Sébastien Bou, baryton-basse
- Le Sénéchal : Patrick Bolleire, baryton-basse
- Le Baron de Savigny : Enguerrand de Hys, ténor
Direction : Patrick Davin (chef de chœur : Michel Tranchant)
Orchestre : Orchestre Philharmonique de Radio France, Chœur de Radio France
Langue : français
Particularité :
Premier enregistrement de cet opéra, tiré d’un concert donné au Festival Radio France Montpellier et publié sous forme de livre-disque par le Palazzetto Bru Zane, avec essais de Gérard Condé, Michela Niccolai et Pierre Sérié, la critique de la création parisienne par Arthur Pougin, le synopsis et le livret complet. Il a reçu plusieurs distinctions, dont le Preis der Deutschen Schallplattenkritik, une Clef ResMusica et un Choc Classica. La distribution réunit Véronique Gens, Nora Gubisch et Charles Castronovo autour d’un chœur et d’un orchestre de Radio France dirigés par le chef belge Patrick Davin.
Postérité :
Jouée à Monte-Carlo, Aix-les-Bains, Lyon puis Paris en 1895, La Jacquerie n’a plus été reprise après les représentations parisiennes de la saison 1895-1896 jusqu’à la redécouverte du Festival de Montpellier en 2015. Composée de deux mains, la partition mêle le diatonisme lumineux et les rythmes volontaires de Lalo, des pastiches du Roi d’Ys et des réminiscences de grand opéra romantique ; un motif sombre aux altos, associé à Guillaume, en assure l’unité. Le Stabat Mater de Jeanne, qui clôt le deuxième acte, était l’un des moments les plus appréciés du public.

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