Note personnelle : ,

Lalo, Edouard — Le Roi d’Ys (1888)

Format :

  • Opéra en trois actes et cinq tableaux.
  • Musique : Édouard Lalo (1823-1892)
  • Livret : Édouard Blau, d’après une légende bretonne
  • Langue : français

Création :

7 mai 1888, Théâtre-Lyrique, Paris, par la troupe de l’Opéra-Comique « hors les murs » (la salle Favart avait été détruite par un incendie en 1887).
Commencée en 1875, la partition connaît le destin contrarié de nombreux ouvrages de cette période : plus d’une décennie de tergiversations, une réécriture radicale (l’œuvre comptait à l’origine, selon un journaliste, « quatre actes et un ballet ») et des coupes si sévères qu’il ne reste pas même deux heures de musique. Plusieurs extraits, dont l’ouverture, sont joués en concert pendant cette décennie, à une époque où bien des compositeurs de la nouvelle école française devaient patienter, voire gagner Bruxelles ou Monaco, pour entendre leur musique. Le succès de la version définitive est net : une centaine de représentations dans l’année qui suit la création, avant que l’œuvre ne gagne aussi le Metropolitan Opera de New York.

Livret :

Édouard Blau s’appuie sur la légende bretonne de la ville d’Ys engloutie par l’océan, dont il existe des versions très différentes depuis le XVIIIe siècle. Celle que connaît le mieux le public parisien des années 1880 raconte comment le roi Gradlon jette sa fille Dahut dans les flots pour sauver sa vie, alors que la cité est engloutie ; selon les récits, c’est saint Gwennolé ou saint Corentin qui agit contre les forces maléfiques. Blau, qui revisite largement cette légende, imagine deux sœurs, Margared et Rozenn, et fait de la jalousie de la première la cause du désastre. L’ouvrage répond à la fois au goût persistant pour le Moyen Âge « gothique » et à la vogue wagnérienne des inspirations nordiques (comme Gwendoline de Chabrier ou Hulda de Franck) ; il est, avec ceux de Massenet, Delibes ou Bruneau, l’une des pierres angulaires de l’évolution de l’opéra français dans le dernier tiers du XIXe siècle.

Intrigue :

  • Acte I : Sur les côtes bretonnes du royaume de Cornouaille, la guerre cesse enfin entre les armées de Karnac et les habitants d’Ys ; la condition de la trêve est la main de la princesse Margared. Désabusée, celle-ci confie à sa sœur Rozenn qu’elle n’attend plus rien de l’avenir, son bien-aimé étant sans doute mort au combat. Restée seule, Rozenn implore le retour de son amant Mylio, disparu lui aussi, et il apparaît, victorieux. Ils se donnent rendez-vous aux noces de Margared. Karnac entre avec son armée et reçoit du Roi la main de la princesse, mais celle-ci, informée par Rozenn du retour des guerriers, se rétracte in extremis. Karnac jure de venger cet outrage par un combat sans merci contre Mylio.
  • Acte II : Premier tableau : depuis le donjon du palais, Margared observe les armées rivales se préparer à l’affrontement. Son cœur est déchiré, car c’est aussi Mylio qu’elle aime. Elle se cache lorsqu’il arrive avec Rozenn et le Roi ; la promesse d’un mariage entre les deux amants en cas de victoire achève de déchaîner sa jalousie. Restée seule avec sa sœur, elle l’invective et la maudit, trahissant son impossible amour, puis menace de sa vengeance tous les habitants d’Ys. Deuxième tableau : les armées de Karnac sont défaites et il erre, seul. Margared vient à lui et lui propose un pacte terrible : ouvrir les écluses qui protègent Ys de l’océan. Comme ils s’apprêtent à accomplir leur forfait, saint Corentin leur apparaît et les engage à se repentir ; ils s’enfuient, terrorisés.
  • Acte III : Premier tableau : la fête en l’honneur du mariage de Rozenn et Mylio bat son plein. Karnac attise la jalousie de Margared, qui avait renoncé à son projet meurtrier, et parvient à ses fins tandis que le chœur entonne le Te Deum dans l’église. Rozenn et son père pleurent l’absence de Margared, qui surprend leurs aveux au moment où Mylio annonce que les écluses ont été ouvertes. Deuxième tableau : l’eau envahit la ville, et le peuple apeuré se rassemble sur les hauteurs. Mylio annonce avoir tué le coupable, Karnac ; mais Margared, prise de remords, se dénonce et se jette dans les flots courroucés. La prophétie de saint Corentin s’accomplit : l’eau se retire, ayant emporté la criminelle.

Enregistrements :

André Cluytens — 1958

Format : 2 CD (mono)
Label : Pathé-Marconi (édition originale) ; réédition Erato / Warner Classics (2018)
Référence : Erato 9029573485
Année d’enregistrement : 10-15 juin 1957, Salle de la Mutualité, Paris.
Distribution :

  • Rozenn : Janine Micheau, soprano
  • Margared : Rita Gorr, mezzo-soprano
  • Mylio : Henri Legay, ténor
  • Karnac : Jean Borthayre, baryton
  • Le Roi : Pierre Savignol, baryton
  • Saint Corentin : Jacques Mars, basse
  • Jahel : Serge Rallier, baryton

Direction : André Cluytens
Orchestre : Orchestre national de la Radiodiffusion française, Chœurs de la Radiodiffusion française
Langue : français

Particularité :

Enregistrement historique, réédité par Erato en 2018 (Diapason d’or « Collectionneur »). Le son mono est un peu confiné et le chœur assez voilé, comme l’a noté BBC Music Magazine, mais Janine Micheau se distingue par sa douceur de timbre et Rita Gorr campe une Margared exceptionnelle. La distribution possède des références françaises impeccables : Micheau et Legay sont des familiers de l’Opéra-Comique, dont André Cluytens fut directeur musical pendant six ans, même si Rita Gorr et le chef sont tous deux nés en Flandre.

György Vashegyi — 2025

Format : CD + livre (collection « Opéra français / French opera » ; durée totale 1 h 41)
Label : Palazzetto Bru Zane (label Bru Zane)
Référence : BZ 1060
Année d’enregistrement : 9-11 janvier 2024, Salle nationale de concert Béla Bartók, Müpa Budapest ; parution le 9 mai 2025.
Distribution :

  • Rozenn : Judith van Wanroij, soprano
  • Margared : Kate Aldrich, mezzo-soprano
  • Mylio : Cyrille Dubois, ténor
  • Karnac : Jérôme Boutillier, baryton
  • Le Roi : Nicolas Courjal, basse
  • Jahel, Saint Corentin : Christian Helmer, baryton

Direction : György Vashegyi (chef de chœur : Csaba Somos)
Orchestre : Orchestre philharmonique national hongrois, Chœur national hongrois
Langue : français

Particularité :

Enregistrement moderne réalisé dans les meilleures conditions techniques, proposé par le Palazzetto Bru Zane parce que la plupart des versions antérieures ne correspondent plus à la qualité technique attendue, sont des captations en direct ou offrent des distributions inégales. Sur la base de l’édition Heugel révisée par le Palazzetto Bru Zane, il est publié en livre-disque. La critique a salué l’élan et l’énergie de la direction de Vashegyi, la qualité du chœur et de l’orchestre, ainsi que l’idiomatisme du français ; Judith van Wanroij, Cyrille Dubois et Jérôme Boutillier y reçoivent des éloges, la Margared de Kate Aldrich est jugée complète mais parfois un peu tendue dans l’aigu, et le Roi de Nicolas Courjal est considéré comme le point faible relatif de la distribution.

Postérité :

Considéré aujourd’hui comme le fleuron du catalogue de Lalo aux côtés de la Symphonie espagnole et du Concerto pour violoncelle, Le Roi d’Ys a vu son ouverture s’imposer dès le milieu des années 1870 au répertoire des grands orchestres, et l’air de Margared être chanté à chaque occasion par la contralto Julie, épouse du compositeur. La discographie de l’ouvrage n’est pas un désert, mais la plupart des versions ne répondent plus aux exigences techniques actuelles, certaines étant des captations en direct ou proposant des distributions inégales : d’où l’intérêt de deux témoignages aussi différents que l’enregistrement mono de 1957, avec ses interprètes de la tradition de l’Opéra-Comique, et la version de 2025, réalisée à Budapest par le Palazzetto Bru Zane. La légende de la ville d’Ys engloutie a par ailleurs inspiré aussi La Cathédrale engloutie de Debussy.

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