Format :
- Opéra en trois actes.
- Musique : Johann Sigismund Kusser (1660-1727), sur une partition largement adaptée de Gl’inganni di Cupido de Giuseppe Fedrizzi (1691)
- Livret : livret allemand d’après Gl’inganni di Cupido de Flaminio Parisetti
- Langue : allemand
Création :
Stuttgart, 1699/1700, à la cour du duc Eberhard Louis de Wurtemberg.
Kusser, né à Presbourg (l’actuelle Bratislava), a été formé pendant six ans auprès de Lully à Versailles avant de travailler à Braunschweig, Hambourg, puis Londres et Dublin. De 1699 à 1704, il est directeur de l’opéra et maître de chapelle de la cour de Stuttgart, où il fait jouer des œuvres de Steffani, Keiser ou Cesti aussi bien que les siennes. Il se désignait volontiers à la française sous le nom de « Cousser ».
Livret :
L’histoire de Vénus et d’Adonis, devenue un sujet d’opéra très populaire aux XVIIe et XVIIIe siècles, est ici traitée à partir d’un livret italien de Flaminio Parisetti, Gl’inganni di Cupido (« Les ruses de Cupidon »). Pour Stuttgart, un texte allemand a été placé sur la musique de la version italienne de Fedrizzi, créée à Braunschweig en 1691, que Kusser connaissait de son passage dans cette ville ; la part de musique authentiquement kussérienne reste discutée par les musicologues, les danses instrumentales étant sans doute de sa main. Le résultat mêle style français (ouverture, danses, inégalité, ornements) et style italien (airs et récitatifs), avec parfois des basses obstinées qui rappellent Purcell. La partition a été retrouvée en 2005 par la musicologue Samantha Owens à la Bibliothèque régionale du Wurtemberg (Stuttgart) : c’est le seul jeu complet de parties d’orchestre conservé pour un opéra en langue allemande du début du XVIIIe siècle, mais sans nom de compositeur, et le chant et la basse continue n’y figuraient que sur une seule portée, ce qui a exigé une reconstruction (notamment des chœurs).
Intrigue :
- Acte I : Vénus paraît avec d’autres divinités. Daphné se plaint de la poursuite amoureuse d’Apollon, dont Cupidon, qui décoche imprudemment ses flèches, est responsable ; Vénus lui promet un châtiment, et les femmes jurent de se venger. Adonis, lui, fait l’éloge de la chasse et de Diane et ne veut rien savoir de l’amour : Cupidon jure de le frapper d’une flèche pour se venger de sa mère. Apollon médite aussi sa vengeance : Cupidon doit enflammer sa mère pour Adonis. Cupidon va commander de nouvelles flèches à Vulcain, atteint lui-même d’une flèche : il désire Pallas.
- Acte II : Vulcain se plaint à Pallas. Cupidon exige de lui une flèche capable de percer la poitrine la plus dure. Le trait a porté : Vénus brûle d’amour pour Adonis, qui ne pense qu’à la chasse et à sa fidélité à Diane. Mais les avances de Vénus ne restent pas sans écho : lorsque Adonis la chante à son tour, tous deux sont épris.
- Acte III : Cupidon se réjouit du succès de sa vengeance, mais le drame s’annonce après la nuit d’amour. Vénus ne veut pas laisser partir Adonis, qui veut chasser ; elle l’exhorte à ne poursuivre que du petit gibier, car l’ivresse amoureuse l’a affaibli. Daphné échappe à Apollon en se métamorphosant en laurier. Vulcain tente une dernière fois de séduire Pallas et, devant l’échec, annonce qu’il se donnera la mort. Adonis chante son amour et sent son goût de la chasse s’éteindre ; il aperçoit un sanglier, le manque, et l’animal l’attaque. Vénus retrouve Adonis mourant. Un épilogue des dieux conclut l’action : Jupiter met en garde contre les passions terrestres, accueille les âmes de Daphné et d’Adonis et fait ériger deux temples, l’un pour Daphné, l’autre pour Apollon.
Enregistrement :

Jörg Halubek — 2024
Format : 2 CD (durée totale 2 h 07 min 47)
Label : cpo (production du Südwestrundfunk, SWR Kultur)
Référence : 555 609-2
Année d’enregistrement : septembre 2022, en public (captation en direct), Mozartsaal de la Liederhalle, Stuttgart ; parution en mars 2024.
Distribution :
- Adonis : Yannick Debus, baryton
- Vénus : Ulrike Hofbauer, soprano
- Cupidon : Anita Rosati, soprano
- Daphné : Nina Bernsteiner, soprano
- Apollon : Nils Wanderer, alto (contre-ténor)
- Pallas : Seda Amir-Karayan, alto
- Vulcain : Morgan Pearse, basse
- Jupiter : Dominik Wörner, basse
Direction : Jörg Halubek (également au clavecin)
Orchestre : il Gusto Barocco
Langue : allemand
Particularité :
Il s’agit du premier enregistrement de cet opéra redécouvert. Il est tiré d’une exécution de concert en direct, complétée par une séance de corrections le lendemain. Halubek juge le livret long et un peu confus et estimait qu’une version de concert appelait des coupures ; il a distribué le continuo en trois « îlots » (clavecin et luth à gauche ; clavecin, violoncelle, basson et harpe au centre ; clavecin et violoncelle à droite), chaque personnage ou groupe de personnages étant associé à son propre continuo, avec un effet spatial bien rendu au disque. L’ensemble respecte la distribution instrumentale des parties d’origine, avec notamment le quintette d’hautbois à la française et sa taille sombre, évocatrice de la chasse. La critique y a salué une lecture vivante, contrastée, pleine de couleurs narratives et de plaisir à orner. Une mise en scène de l’œuvre est envisagée à Heidelberg, dans le cadre de « Winter in Schwetzingen », en 2024.
Postérité :
Oubliée pendant près de trois siècles, la partition a été reconstituée par Samantha Owens, dont l’édition a permis à il Gusto Barocco de la remettre à l’affiche à Stuttgart, puis de l’enregistrer. L’enregistrement fait connaître un jalon de l’opéra baroque allemand et de la vie musicale de la cour de Stuttgart autour de 1700, à la charnière des styles français et italien.

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