Note personnelle : ,

Keiser, Reinhard — Croesus (1730)

Format :

  • Opéra (Singspiel) en 3 actes : Der hochmütige, gestürzte und wieder erhabene Croesus (« Crésus orgueilleux, déchu et de nouveau élevé »).
  • Musique : Reinhard Keiser (1674-1739).
  • Livret : Lucas von Bostel, d’après Creso de Nicolò Minato (1678).
  • Langue : allemand (quelques airs en italien).

Création :

1711, Hambourg, Theater am Gänsemarkt ; version révisée : 6 décembre 1730, même théâtre.
Directeur et compositeur principal de l’Opéra du Gänsemarkt, premier opéra public d’Allemagne, Reinhard Keiser, que ses contemporains saluaient comme « le plus grand compositeur d’opéras du monde », écrivit une soixantaine d’ouvrages pour Hambourg, dont les deux tiers sont perdus. Croesus, créé avec un grand succès en 1711, fut profondément remanié par le compositeur pour sa reprise de 1730 ; seule cette seconde version nous est parvenue complète. La partition témoigne de la fécondité et de la liberté de Keiser, qui adapte la tradition vénitienne au goût hambourgeois : numéros brefs et nombreux, chœurs, ballets, ensembles, orchestration inventive et mélange du sérieux et du comique.

Livret :

Lucas von Bostel, juriste et futur bourgmestre de Hambourg, adapta le Creso de Nicolò Minato, lui-même inspiré d’Hérodote. Le sujet illustre l’inconstance de la Fortune à travers la chute et le relèvement du roi de Lydie, puni de son orgueil. Selon l’usage hambourgeois, l’action historique se double d’intrigues amoureuses et d’un rôle comique, le serviteur Elcius, et fait intervenir le philosophe athénien Solon, dont les avertissements sur le bonheur humain traversent l’œuvre.

Intrigue :

  • Acte I : À Sardes, Crésus, roi de Lydie, étale sa richesse et son pouvoir devant le sage Solon, qui refuse de le proclamer le plus heureux des hommes, car nul ne peut être dit heureux avant sa mort. Le prince Atis, fils de Crésus, muet de naissance, aime la princesse mède Elmira, également convoitée par l’ambitieux Orsanes. Crésus part en guerre contre Cyrus, roi des Perses.
  • Acte II : Crésus est vaincu et fait prisonnier par Cyrus. Atis cherche à protéger Elmira et à contrer les manœuvres d’Orsanes, tandis que les intrigues amoureuses et les ruses du serviteur Elcius apportent leur note comique.
  • Acte III : Condamné à périr sur le bûcher, Crésus se souvient des paroles de Solon et invoque son nom. Intrigué, Cyrus l’interroge et, touché par la leçon du philosophe sur l’inconstance de la Fortune, lui accorde la grâce et lui rend son royaume. Atis, dont la voix se libère sous le coup de l’émotion lorsqu’il voit son père en danger, peut épouser Elmira.

Enregistrement(s) :

René Clemencic — 1990

Format : 2 CD.
Label : Nuova Era (collection « Ancient Music »).
Référence : 6934/35.
Année d’enregistrement : 1990, Théâtre des Champs-Élysées, Paris (reprise moderne de l’ouvrage).
Distribution : Martin Klietmann, ténor ; S. Mizuguchi ; Petya Grigorova ; Mieke van der Sluis ; Andreas Martin ; Mark Tucker ; Lina Maria Akerlund ; Josep Benet ; Ursula Targler ; Pamela Mildenhall (répartition des rôles non précisée par les sources consultées).
Direction : René Clemencic
Orchestre : Orchestre baroque du Clemencic Consort ; Ensemble vocal La Cappella
Langue : allemand

Particularité :

Premier enregistrement de l’ouvrage, issu de la reprise parisienne de 1990 au Théâtre des Champs-Élysées, qui marqua la redécouverte moderne de Croesus. René Clemencic, pionnier viennois du renouveau de la musique ancienne et infatigable découvreur de répertoires oubliés, dirige son ensemble avec un sens aigu des couleurs et de la théâtralité. Version abrégée (environ 2 h 15), aux moyens plus modestes que la version Jacobs, mais qui eut le mérite de révéler l’un des chefs-d’œuvre de l’opéra allemand baroque.

René Jacobs — 2000

Format : 3 CD (livret de 192 pages).
Label : harmonia mundi (coproduction WDR 3).
Référence : HMC 901714.16, parution 2000.
Année d’enregistrement : mars 2000, Teldec-Studio, Berlin (d’après la production du Staatsoper Unter den Linden, janvier 1999).
Distribution :

  • Croesus : Roman Trekel, baryton
  • Elmira : Dorothea Röschmann, soprano
  • Atis : Werner Güra, ténor
  • Cyrus : Johannes Mannov, baryton
  • Orsanes : Klaus Häger, basse
  • Clerida : Salomé Haller, soprano

Direction : René Jacobs
Orchestre : Akademie für Alte Musik Berlin ; RIAS-Kammerchor ; Knabenchor Hannover
Langue : allemand

Particularité :

Réalisée en studio à la suite de la production du Staatsoper de Berlin (1999), première mise en scène intégrale moderne de l’ouvrage, cette version de la partition de 1730 est d’une vitalité exceptionnelle. René Jacobs, qui signe aussi les notes du livret, révèle l’« exubérant lyrisme » et la fécondité presque débordante de Keiser, avec une Akademie für Alte Musik Berlin étincelante et des chœurs superbes. Dorothea Röschmann est une Elmira lumineuse, Roman Trekel un Crésus noble et humain et Werner Güra un Atis touchant. Couronné d’un Diapason d’or, l’enregistrement a imposé Croesus comme l’un des sommets de l’opéra baroque allemand.

Postérité :

Longtemps oublié comme toute l’œuvre de Keiser, éclipsée par Händel et Telemann, qui furent pourtant ses héritiers à Hambourg, Croesus a été redécouvert au Théâtre des Champs-Élysées en 1990, puis mis en scène intégralement au Staatsoper de Berlin en 1999. L’ouvrage a depuis connu sa création britannique, en anglais, à l’Opera North de Leeds (2007), et nord-américaine au Minnesota Opera (2008), confirmant la place de Keiser parmi les grands compositeurs lyriques du baroque.

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