Format :
- Opéra en 2 actes.
- Musique : Nikolaï Karetnikov (1930-1994).
- Livret : Nikolaï Karetnikov et Pavel Lounguine, d’après La Légende d’Ulenspiegel de Charles De Coster (1867).
- Langue : russe.
Création :
1993, Bielefeld, Opéra de Bielefeld, sous la direction de Geoffrey Moull (création scénique).
Élève de Chebaline au Conservatoire de Moscou, puis, en privé, de Philip Herschkowitz, disciple de Berg et de Webern, Nikolaï Karetnikov adopta le dodécaphonisme et la technique sérielle de l’École de Vienne, ce qui fit de lui l’une des figures de l’avant-garde soviétique non officielle. Après l’interdiction de ses ballets au Bolchoï, jugés « inacceptables », il fut réduit à vivre de musiques de film. Composé en 1983 sans aucun espoir d’exécution en URSS, Till Eulenspiegel fut enregistré clandestinement, section par section, au fil de plusieurs années, avec l’Orchestre symphonique de la cinématographie de l’URSS, que le compositeur avait convaincu de travailler pour lui en privé : un rare exemple d’« opéra samizdat ». Ce n’est qu’après la chute de l’Union soviétique que l’ouvrage fut créé sur scène, en Allemagne.
Livret :
Le livret, écrit avec le cinéaste Pavel Lounguine, s’inspire du grand roman épique de Charles De Coster, qui fait du farceur populaire allemand Till l’Espiègle le héros de la résistance des Flandres contre l’oppression espagnole et l’Inquisition au XVIe siècle. Aux côtés de Till figurent sa bien-aimée Nele et son compagnon, le gros Lamme Goedzak, tandis que les grandes figures historiques — Charles Quint, Philippe II, le prince d’Orange, les comtes d’Egmont et de Hornes — et des personnages sacrés (Jésus, la Vierge) traversent une fresque où l’humour et la satire côtoient la tragédie. Le destin de Till, rebelle face à un pouvoir oppressif et à l’intolérance religieuse, prend une résonance particulière dans le contexte soviétique où l’œuvre fut écrite.
Intrigue :
- Acte I : Dans les Flandres occupées par les Espagnols, Till, fils du charbonnier Claes et de Sootkin, grandit en farceur insolent. Son père est dénoncé comme hérétique et brûlé vif ; Sootkin et Till sont interrogés et torturés. Recueillant les cendres de son père, Till jure de venger la souffrance de son peuple ; « les cendres de Claes battent sur mon cœur ».
- Acte II : Accompagné de Lamme et soutenu par l’amour de Nele, Till parcourt le pays et se joue des puissants, sur fond de soulèvement des Flandres contre Philippe II, où apparaissent le prince d’Orange et les comtes d’Egmont et de Hornes. À travers les épreuves, Till incarne l’esprit indomptable de la liberté des Flandres.
Enregistrement(s) :

Emin Khatchatourian — 1988
Format : 2 CD.
Label : Brilliant Classics (« Brilliant Opera Collection »), sous licence de National Music Publishers (Fédération de Russie).
Référence : 9423, parution 2013.
Année d’enregistrement : 1988, Moscou (réalisé par sessions successives).
Distribution :
- Till : Boris Koudriavtsev
- Nele : Ekaterina Mazo
- Lamme : Alexeï Martynov
- Katlina / Sootkin / La Vierge / La voix de la femme de Lamme : Lina Mkrtchian
- L’Impératrice / Le comte de Hornes / Philippe II : Arkadi Prujansky
- Claes / Le prince d’Orange / Jésus : Alexeï Motchalov
- Joost / Charles Quint / Le comte d’Egmont : Piotr Gluboky
Direction : Emin Khatchatourian et Valeri Poliansky (chef de chœur : Ludmila Uhrmann)
Orchestre : Orchestre symphonique de la cinématographie de l’URSS et son chœur
Langue : russe
Particularité :
Document historique unique : l’enregistrement « samizdat » réalisé clandestinement à Moscou avec des musiciens de l’orchestre de la cinématographie, que dirigeaient Emin Khatchatourian, neveu d’Aram Khatchatourian, et Valeri Poliansky. Réalisé sans aucune perspective officielle de publication, il fut la seule forme d’existence de l’œuvre jusqu’à sa création scénique en 1993. La partition dodécaphonique, d’une grande variété de couleurs, mêle expressionnisme, grotesque et lyrisme, et la distribution, où chaque chanteur incarne plusieurs personnages, sert avec engagement cette fresque ambitieuse. La réédition de Brilliant Classics a permis de découvrir cet ouvrage majeur de l’underground soviétique.
Postérité :
Créé à Bielefeld en 1993, un an avant la mort du compositeur, Till Eulenspiegel reste une œuvre rare au répertoire, mais il est considéré comme l’un des témoignages les plus saisissants de la création musicale non officielle en URSS, aux côtés du Mystère de l’apôtre Paul, autre opéra de Karetnikov créé à titre posthume en concert à Hanovre en 1995.

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