Note personnelle : , ,

Janáček, Leoš — Jenůfa (1904)

Format :

  • Opéra en 3 actes (Její pastorkyňa, « Sa belle-fille »), JW I/4.
  • Musique : Leoš Janáček (1854-1928).
  • Livret : Leoš Janáček, d’après la pièce Její pastorkyňa de Gabriela Preissová (1890).
  • Langue : tchèque.

Création :

21 janvier 1904, Brno, Théâtre national, sous la direction de Cyril Metoděj Hrazdira.
Composé de 1894 à 1903, avec une longue interruption après le premier acte, Jenůfa est intimement lié à la tragédie personnelle du compositeur : la composition du troisième acte coïncida avec la maladie de sa fille Olga, morte le 26 février 1903, à la mémoire de laquelle la partition est dédiée. La création brnoise, avec un orchestre réduit, fut un succès local, mais le Théâtre national de Prague refusa l’ouvrage, en partie à cause de son chef Karel Kovařovic, que Janáček avait durement critiqué. Après une révision en 1906-1907 et une publication à Brno en 1908, l’opéra fut enfin monté à Prague en 1916, dans une réorchestration de Kovařovic, puis à Vienne en 1918, triomphe qui lança la carrière internationale du compositeur, déjà sexagénaire. C’est dans cette version remaniée qu’il fit le tour du monde jusqu’aux années 1980.

Livret :

Janáček adapte lui-même, en prose, le drame réaliste de Gabriela Preissová, créé à Prague en 1890, qui dépeint sans fard la vie d’un village morave. C’est l’un des premiers opéras écrits sur un texte en prose, ce qui permit au compositeur de développer son style de déclamation fondé sur les inflexions de la langue parlée (les « mélodies de la parole »). Les éléments folkloriques, comme le chœur des recrues ou la chanson des jeunes filles, sont des créations originales inspirées de ses recherches sur la musique populaire morave. Au centre du drame, la figure bouleversante de la Kostelnička, sacristine rigide et mère adoptive prête au pire pour sauver l’honneur de Jenůfa.

Intrigue :

  • Acte I : Dans un moulin d’un village morave, Jenůfa attend anxieusement de savoir si son cousin Števa, héritier du moulin et père de l’enfant qu’elle porte en secret, a été enrôlé dans l’armée. Laca, demi-frère jaloux de Števa, l’aime sans retour. Števa revient ivre, exempté ; la Kostelnička, belle-mère de Jenůfa, lui interdit d’épouser Jenůfa avant une année d’abstinence. Laca, fou de jalousie, entaille d’un coup de couteau la joue de Jenůfa.
  • Acte II : Des mois plus tard, en hiver. Jenůfa a accouché en cachette chez la Kostelnička. Števa, qui ne veut plus d’elle depuis qu’elle est défigurée et s’est fiancé à Karolka, la fille du maire, refuse l’enfant. Laca, repentant, est prêt à épouser Jenůfa, mais se trouble à l’idée de l’enfant ; la Kostelnička prétend alors qu’il est mort. Pour sauver l’honneur de Jenůfa, elle noie l’enfant dans la rivière gelée pendant le sommeil de la jeune femme, puis lui fait croire qu’il est mort durant sa fièvre. Jenůfa accepte d’épouser Laca.
  • Acte III : Au printemps, le jour des noces, on découvre sous la glace le corps d’un nouveau-né. Jenůfa le reconnaît et la foule veut la lapider, mais la Kostelnička avoue son crime. Jenůfa lui pardonne. Karolka rompt avec Števa. Restée seule avec Laca, Jenůfa lui rend sa liberté, mais il choisit de rester à ses côtés : un amour plus grand est né de l’épreuve.

Enregistrement(s) :

Charles Mackerras — 1982

Format : 2 CD (à l’origine 3 LP).
Label : Decca.
Référence : 414 483-2 (LP : D276D3, 1983).
Année d’enregistrement : 1982, studio, Vienne.
Édition : version de Brno (1908), édition Mackerras / Tyrrell.
Distribution :

  • Jenůfa : Elisabeth Söderström, soprano
  • Kostelnička : Eva Randová, mezzo-soprano
  • Laca Klemeň : Wiesław Ochman, ténor
  • Števa Buryja : Petr Dvorský, ténor
  • Stařenka Buryjovka : Marie Mrázová, contralto
  • Karolka : Lucia Popp, soprano
  • Le contremaître : Václav Zítek, baryton
  • Le maire : Dalibor Jedlička, basse
  • La femme du maire : Ivana Mixová, mezzo-soprano
  • La bergère : Věra Soukupová, mezzo-soprano
  • Barena : Jindra Pokorná, soprano
  • Jano : Jana Jonášová, soprano

Direction : Sir Charles Mackerras
Orchestre : Wiener Philharmoniker ; Chœur de l’Opéra d’État de Vienne
Langue : tchèque

Particularité :

Sommet du cycle Janáček enregistré par Mackerras pour Decca avec le Philharmonique de Vienne, et premier enregistrement de la version originale de Janáček débarrassée des retouches de Kovařovic, fruit du travail éditorial du chef avec John Tyrrell. La lecture est d’une vérité dramatique et d’une âpreté saisissantes, portée par un orchestre somptueux. Elisabeth Söderström, grande janáčekienne, est une Jenůfa d’une humanité bouleversante, face à la Kostelnička terrible d’Eva Randová ; Petr Dvorský et Wiesław Ochman forment un duo de ténors idéal, et Lucia Popp offre le luxe d’une Karolka de rêve. Une référence absolue, régulièrement distinguée par la critique.

Bernard Haitink — 2001

Format : 2 CD.
Label : Erato.
Référence : 0927-45330-2, parution 2003.
Année d’enregistrement : octobre 2001, en public, Royal Opera House, Covent Garden, Londres.
Distribution :

  • Jenůfa : Karita Mattila, soprano
  • Kostelnička : Anja Silja, soprano
  • Laca Klemeň : Jorma Silvasti, ténor
  • Števa Buryja : Jerry Hadley, ténor
  • Stařenka Buryjovka : Eva Randová, mezzo-soprano
  • Le contremaître : Jonathan Veira, baryton
  • Karolka : Leah-Marian Jones, mezzo-soprano
  • La bergère : Elizabeth Sikora, mezzo-soprano
  • Barena : Rebecca Nash, soprano
  • Jano : Gail Pearson, soprano

Direction : Bernard Haitink
Orchestre : Orchestra and Chorus of the Royal Opera House, Covent Garden
Langue : tchèque

Particularité :

Captation des représentations de Covent Garden, l’une des dernières de Bernard Haitink comme directeur musical de la maison. Le chef néerlandais privilégie la ligne et la chaleur lyrique, avec un orchestre d’une grande richesse. Karita Mattila, dans l’un de ses rôles phares, est une Jenůfa lumineuse et intense, qui remporta un Grammy Award pour cet enregistrement ; Anja Silja, immense tragédienne, campe une Kostelnička d’une puissance dramatique terrifiante. On remarque aussi Eva Randová, Kostelnička chez Mackerras, passée ici au rôle de la grand-mère.

Ivor Bolton — 2009

Format : Blu-ray / DVD (vidéo).
Label : Opus Arte.
Référence : OA BD7089 D (Blu-ray) ; OA 1055 D (DVD), parution 2011.
Année d’enregistrement : 2009, en public, Teatro Real, Madrid (nouvelle production du Teatro Real en coproduction avec la Scala, d’après une production originale du Théâtre du Châtelet ; mise en scène et décors de Stéphane Braunschweig, costumes de Thibault Vancraenenbroeck, lumières de Marion Hewlett ; réalisation d’Ángel Luis Ramírez).
Distribution :

  • Jenůfa : Amanda Roocroft, soprano
  • Kostelnička : Deborah Polaski, soprano
  • Laca Klemeň : Miroslav Dvorský, ténor
  • Števa Buryja : Nikolai Schukoff, ténor
  • Stařenka Buryjovka : Mette Ejsing, contralto
  • Le contremaître : Károly Szemerédy, baryton
  • Barena : Sandra Ferrández, mezzo-soprano
  • Le maire : Miguel Sola, basse
  • La femme du maire : Marta Mathéu, soprano
  • Karolka : Marta Ubieta, soprano
  • La bergère : María José Suárez, mezzo-soprano
  • Jano : Elena Poesina, soprano
  • La tante : Marina Makhmoutova

Direction : Ivor Bolton (chef de chœur : Peter Burian)
Orchestre : Orchestre et Chœur du Teatro Real
Langue : tchèque

Particularité :

La mise en scène épurée de Stéphane Braunschweig, aux espaces nus et à la direction d’acteurs d’une grande justesse, fait ressortir la dimension universelle du drame, loin de tout folklore. Ivor Bolton, surtout connu dans le répertoire baroque et mozartien, tire de l’orchestre du Teatro Real une lecture tendue et bien construite. Amanda Roocroft, dont Jenůfa est un rôle emblématique, bouleverse par sa sincérité, et Deborah Polaski compose une Kostelnička à la fois bourreau et victime, d’une intensité impressionnante ; Miroslav Dvorský est un Laca touchant. Une version vidéo de premier plan.

Simon Rattle — 2025

Format : 2 SACD.
Label : LSO Live.
Référence : LSO0897, parution 2025.
Année d’enregistrement : 11 et 14 janvier 2024, en public (version de concert), Barbican Hall, Londres.
Distribution :

  • Jenůfa : Agneta Eichenholz, soprano
  • Kostelnička : Katarina Karnéus, mezzo-soprano
  • Laca Klemeň / Une voix : Aleš Briscein, ténor
  • Števa Buryja : Nicky Spence, ténor
  • Stařenka Buryjovka : Carole Wilson, mezzo-soprano
  • Le contremaître / Le maire : Jan Martiník, basse
  • La femme du maire / La tante : Hannah Hipp, mezzo-soprano
  • Karolka : Evelin Novak, soprano
  • La bergère / Barena / Une voix : Claire Barnett-Jones, mezzo-soprano
  • Jano : Erika Baikoff, soprano

Direction : Sir Simon Rattle (chef de chœur : Simon Halsey)
Orchestre : London Symphony Orchestra ; London Symphony Chorus
Langue : tchèque

Particularité :

Enregistrée lors de concerts donnés au Barbican à la fin du mandat de Simon Rattle comme directeur musical du LSO, cette version poursuit le cycle Janáček du chef avec son orchestre, après La Petite Renarde rusée. Grand défenseur du compositeur depuis ses débuts, Rattle obtient du LSO une lecture d’une précision et d’une intensité remarquables, soulignant la rudesse et la modernité de la version définitive de Janáček. Agneta Eichenholz est une Jenůfa radieuse et fragile, Katarina Karnéus une Kostelnička profondément humaine, et le duo de ténors Aleš Briscein (Laca) et Nicky Spence (Števa) est de premier ordre. Prise de son SACD d’une grande clarté.

Postérité :

Longtemps connue dans la réorchestration de Kovařovic, qui assura pourtant sa diffusion internationale après le triomphe viennois de 1918 avec Maria Jeritza, Jenůfa retrouve depuis les années 1980 sa sonorité originale, plus rugueuse et musclée, grâce au travail de Charles Mackerras et John Tyrrell. Premier chef-d’œuvre lyrique de Janáček et l’un des sommets de l’opéra du XXe siècle, l’ouvrage s’est imposé au répertoire des grandes maisons, et ses rôles de Jenůfa et de la Kostelnička ont attiré les plus grandes interprètes.

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