Format :
- Opéra en 3 actes (Z mrtvého domu).
- Musique : Leoš Janáček (1854-1928).
- Livret : Leoš Janáček, d’après Souvenirs de la maison des morts de Fiodor Dostoïevski (1862).
- Langue : tchèque.
Création :
12 avril 1930, Brno, Théâtre national (posthume).
Dernier opéra de Janáček, composé entre février 1927 et juin 1928, dans l’extraordinaire floraison créatrice de ses dernières années (après Jenůfa, Kátia Kabanová, La Petite Renarde rusée et L’Affaire Makropoulos). Le compositeur meurt en août 1928 avant d’avoir pu en voir la création. Jugeant la partition inachevée, ses élèves Břetislav Bakala, qui dirigea la première, et Osvald Chlubna, avec le metteur en scène Otakar Zítek, en retouchèrent l’orchestration, jugée trop dépouillée, et modifièrent la fin dans un sens plus optimiste, avec un chœur final célébrant la liberté. La version originale, beaucoup plus âpre, n’a été restaurée qu’à partir des années 1960-1980, notamment grâce à Charles Mackerras et John Tyrrell, dont l’édition est aujourd’hui la référence.
Livret :
Janáček traduisit et adapta lui-même le récit autobiographique de Dostoïevski, inspiré de ses quatre années de bagne à Omsk. Renonçant à toute intrigue suivie et à tout rôle féminin important (hormis Aljeja, souvent confié à une mezzo-soprano, et une brève prostituée), il construit l’œuvre comme une mosaïque de scènes et de récits de détenus, chacun racontant son crime. En exergue de la partition figure la devise « En chaque créature, une étincelle divine » : l’opéra est une méditation sur l’humanité persistant au cœur de la déchéance. L’écriture musicale, d’une concision extrême, privilégie les registres extrêmes de l’orchestre et fait appel à des chaînes comme instrument de percussion.
Intrigue :
- Acte I : Un matin d’hiver, dans un bagne de Sibérie. Un nouveau détenu, le prisonnier politique Alexandr Petrovič Gorjančikov, noble, est amené devant le commandant, qui le fait fouetter. Les forçats soignent un aigle blessé, symbole de liberté. Skuratov évoque avec exaltation sa vie à Moscou, puis Luka Kuzmič raconte comment il a tué un officier qui l’humiliait.
- Acte II : Un an plus tard, au bord de l’Irtych. Gorjančikov apprend à lire au jeune Tatar Aljeja, qui s’est pris d’affection pour lui. C’est jour de fête : Skuratov raconte le meurtre d’un rival qui lui avait pris sa bien-aimée, puis les détenus jouent deux pièces, Kedril et Don Juan et la pantomime de La Belle Meunière. Le soir, une rixe éclate et Aljeja est grièvement blessé.
- Acte III : À l’infirmerie, Luka agonise. Šiškov raconte longuement comment il a tué sa femme Akulka, par jalousie envers Filka Morozov ; à la mort de Luka, il reconnaît en lui ce même Filka. Gorjančikov est convoqué par le commandant, ivre, qui lui annonce sa libération. On libère l’aigle guéri, que les forçats saluent, puis les gardes ordonnent le retour au travail.
Enregistrement(s) :

Pierre Boulez — 2007
Format : DVD (vidéo).
Label : Deutsche Grammophon.
Référence : 073 4426, parution mars 2008.
Année d’enregistrement : 20 juillet 2007, en public, Grand Théâtre de Provence, Festival d’Aix-en-Provence (production des Wiener Festwochen 2007, en coproduction avec le Holland Festival, le Metropolitan Opera et la Scala ; mise en scène de Patrice Chéreau, décors de Richard Peduzzi, costumes de Caroline de Vivaise, lumières de Bertrand Couderc ; réalisation de Stéphane Metge).
Édition : version originale (Mackerras / Tyrrell).
Distribution :
- Alexandr Petrovič Gorjančikov : Olaf Bär, baryton
- Aljeja : Eric Stoklossa, ténor
- Filka Morozov (Luka Kuzmič) : Štefan Margita, ténor
- Skuratov : John Mark Ainsley, ténor
- Šiškov : Gerd Grochowski, baryton
- Le vieux forçat : Heinz Zednik, ténor
- Šapkin : Peter Hoare, ténor
- Le grand forçat : Peter Straka, ténor
- Le petit forçat : Vladimír Chmelo, baryton
- Čerevin : Andreas Conrad, ténor
- Le commandant : Jiří Sulženko, basse
- Une prostituée : Susannah Haberfeld, mezzo-soprano
- Autres rôles : Olivier Dumait, Jan Galla, Martin Bárta
Direction : Pierre Boulez
Orchestre : Mahler Chamber Orchestra ; Arnold Schoenberg Chor
Langue : tchèque
Particularité :
Captation d’une production devenue légendaire, fruit des retrouvailles de Pierre Boulez et Patrice Chéreau trente ans après le Ring du centenaire de Bayreuth. Dans l’univers de béton gris imaginé par Richard Peduzzi, jonché de papiers, Chéreau dirige une troupe d’hommes au jeu d’une intensité physique saisissante, sans aucun pittoresque russe. Boulez en offre une lecture d’une clarté et d’une précision extrêmes, révélant l’écriture radicale de la partition originale ; certains l’ont trouvée un peu froide, d’autres y ont vu une force implacable. La distribution est d’une homogénéité remarquable, dominée par le Šiškov bouleversant de Gerd Grochowski, le Skuratov halluciné de John Mark Ainsley et l’Aljeja lumineux d’Eric Stoklossa. Le DVD comprend un documentaire de répétitions.
Postérité :
Longtemps jouée dans la version remaniée de 1930, qui en adoucissait l’âpreté, De la maison des morts n’a révélé sa véritable modernité qu’avec le retour à la partition originale, défendue notamment par Charles Mackerras dans son enregistrement de 1980 avec le Philharmonique de Vienne. Considérée aujourd’hui comme l’un des sommets de l’opéra du XXe siècle, l’œuvre, sans héros ni intrigue, a inspiré de grandes mises en scène : celle de Chéreau, reprise notamment à New York et Berlin, puis celles de Krzysztof Warlikowski ou de Frank Castorf, et s’est imposée au répertoire des grandes maisons européennes.

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