Format :
- Opéra féerique (« eventyr-opera ») en 4 actes.
- Musique : Christian Frederik Emil Horneman (1840-1906).
- Livret : Benjamin Feddersen, d’après Les Mille et Une Nuits.
- Langue : danois.
Création :
18 novembre 1888, Copenhague, Théâtre royal danois (Det Kongelige Teater). Version remaniée créée au même théâtre en 1902.
Contemporain de Grieg, C.F.E. Horneman mène une carrière de pédagogue (il fonde son propre conservatoire à Copenhague), d’éditeur de musique et de compositeur. Aladdin est l’œuvre de toute une vie : l’ouverture date de 1864 et Horneman travaille à l’opéra pendant près de quarante ans ; la partition manque même de disparaître dans l’incendie de son appartement en 1872. La création de 1888, précipitée pour s’inscrire dans les célébrations du jubilé des 25 ans de règne de Christian IX, se déroule dans des conditions chaotiques : répétitions bâclées, erreurs de distribution vocale, scènes coupées, et un public mondain « totalement fermé à un opéra, surtout nouveau et dû à un compositeur danois ». La critique salue l’orchestration « exceptionnellement riche et raffinée » mais éreinte le livret, et l’œuvre disparaît rapidement de l’affiche. Horneman devra attendre quatorze ans sa revanche.
Livret :
Benjamin Feddersen tire son livret du conte d’Aladin des Mille et Une Nuits, plutôt que du grand drame romantique d’Adam Oehlenschläger (Aladdin, 1805), pourtant emblématique au Danemark. L’action, transposée à Isfahan, oppose le jeune et naïf Aladdin au sorcier Noureddin autour de la lampe merveilleuse et de l’amour de la princesse Gulnare, fille du Sultan ; les esprits de la Lampe et de l’Anneau, les elfes et les chœurs y occupent une place importante, dans une veine féerique et orientaliste.
Intrigue :
- Acte I : Le sorcier Noureddin se sert du jeune Aladdin pour aller chercher une lampe magique dans une caverne remplie de pierres précieuses, mais Aladdin s’échappe avec elle. Découvrant le pouvoir de la lampe, dont surgit le Génie, et celui de l’anneau, il fait apparaître un palais enchanté.
- Acte II : Des trésors sont présentés au Sultan de la part d’Aladdin, qui demande la main de la princesse Gulnare — dont il est épris depuis qu’elle lui a lancé une rose — en offrant son palais pour dot. Noureddin parvient à dérober la lampe et jure vengeance.
- Acte III : Au palais du Sultan, lors des fêtes nuptiales ponctuées de ballets, Gulnare reconnaît avec joie son bien-aimé. Mais la fête tourne au drame : Gulnare disparaît, enlevée, et le palais s’évanouit avec elle. Le Sultan accorde à Aladdin quarante jours pour la retrouver.
- Acte IV : La nuit, dans un cimetière, des esprits invisibles veillent sur le sommeil d’Aladdin. Il invoque le Génie de l’Anneau, qui le conduit jusqu’à Gulnare, captive de Noureddin dans un palais lointain. Aladdin affronte et vainc le sorcier, reprend la lampe et restaure son palais. Le Sultan étant mort de chagrin, Aladdin lui succède et épouse Gulnare.
Enregistrement(s) :

Michael Schønwandt — 2022
Format : 3 SACD (env. 3 h), version révisée de 1902.
Label : Dacapo Records
Référence : 6.200007
Année d’enregistrement : 19-21 et 24-28 août, 16-20 novembre 2020, Koncertsalen, DR Koncerthuset, Copenhague (studio) ; parution en 2022.
Distribution :
- Aladdin : Bror Magnus Tødenes, ténor
- Gulnare : Dénise Beck, soprano
- Noureddin : Johan Reuter, baryton-basse
- Le Sultan : Stephen Milling, basse
- Le Vizir : Henning von Schulman, basse
- Morgiane : Hanne Fischer, mezzo-soprano
- Le Génie de la Lampe : Steffen Bruun, basse
- Le Génie de l’Anneau : Elisabeth Jansson, mezzo-soprano
- Première et deuxième servantes : Frederikke Kampmann, soprano ; Sidsel Aja Eriksen, mezzo-soprano
- Premier et deuxième elfes : Klaudia Kidon, Rikke Lender
- Le Messager : Jakob Soelberg, baryton-basse
Direction : Michael Schønwandt
Orchestre : DR SymfoniOrkestret (Orchestre symphonique national du Danemark) ; DR Koncertkoret (Chœur national de concert du Danemark, chef de chœur : Poul Emborg)
Langue : danois
Particularité :
Premier enregistrement intégral de l’opéra, réalisé en studio en pleine période de pandémie et publié en 2022. Il s’appuie sur la version triomphale de 1902, qui intègre les dernières révisions du compositeur. Michael Schønwandt, infatigable défenseur du répertoire danois, fait valoir un romantisme nordique riche et coloré, sans héroïsme wagnérien : motifs caractérisant les personnages (les cors du Génie de la Lampe), puissance des chœurs, ballets orientalisants de l’acte III dignes d’Aïda. Le ténor norvégien Bror Magnus Tødenes offre un Aladdin juvénile et lumineux, face à la Gulnare de Dénise Beck et au Noureddin mordant de Johan Reuter, avec Stephen Milling en Sultan. La critique (Première Loge, Classical Music Daily) a salué une véritable découverte, certains y voyant l’une des révélations discographiques de l’année.
Postérité :
La reprise de 1902 au Théâtre royal, dans une version remaniée, est un triomphe : dix-huit représentations à guichets fermés, et l’éloge public du grand chef Hans Richter, qui salue une œuvre « saine, chaleureuse et raffinée ». Horneman, mort en 1906, aura ainsi connu la réhabilitation de son œuvre. Aladdin retombe ensuite dans l’oubli, l’ouverture restant la page la plus connue de Horneman. Considéré comme le « chant du cygne » de Horneman, l’opéra occupe une place singulière dans l’histoire lyrique danoise entre Drot og marsk de Heise (1878) et Maskarade de Carl Nielsen (1906) ; l’enregistrement Dacapo lui a rendu une nouvelle visibilité internationale.

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