Format :
- Zauberoper (opéra féerique) en 3 actes, avec dialogues parlés.
- Musique : E.T.A. Hoffmann (1776-1822).
- Livret : Friedrich de la Motte Fouqué, d’après sa propre nouvelle Undine (1811).
- Langue : allemand.
Création :
3 août 1816, Berlin, Königliches Schauspielhaus, sous la direction de Bernhard Romberg, pour l’anniversaire du roi Frédéric-Guillaume III.
Après les années de Bamberg et une brève période à la tête de la troupe de Joseph Seconda à Dresde et Leipzig, Hoffmann retrouve en 1814 un poste de magistrat à Berlin, tout en poursuivant sa double carrière d’écrivain (les Fantasiestücke l’ont rendu célèbre) et de compositeur. Il compose Undine entre 1812 et 1814, en étroite collaboration avec Fouqué. La création bénéficie de décors spectaculaires de Karl Friedrich Schinkel et remporte un vif succès : l’ouvrage connaît quatorze représentations, jusqu’à ce que l’incendie du Schauspielhaus, le 29 juillet 1817, détruise décors et costumes et interrompe sa carrière berlinoise.
Livret :
Friedrich de la Motte Fouqué adapte lui-même sa nouvelle Undine, parue en 1811 et aussitôt devenue l’un des textes emblématiques du romantisme allemand. Il y reprend la tradition des esprits élémentaires de Paracelse : une ondine, créature des eaux dépourvue d’âme, ne peut en acquérir une qu’en épousant un mortel, mais si celui-ci lui devient infidèle, elle doit le faire mourir. Le livret conserve l’alternance allemande du Singspiel entre dialogues parlés et numéros musicaux, tout en donnant à l’orchestre et aux ensembles une place déjà pleinement romantique. Le sujet inspirera ensuite Lortzing (Undine, 1845), Tchaïkovski, Dvořák (Rusalka, qui s’en inspire en partie) et Hans Werner Henze (ballet).
Intrigue :
- Acte I : Dans une presqu’île isolée au bord d’une forêt enchantée, un vieux pêcheur et sa femme ont recueilli Undine, mystérieuse enfant apparue le jour où leur propre fille s’est noyée. Le chevalier Huldbrand von Ringstetten, égaré dans la forêt, trouve refuge dans leur cabane ; la tempête, fommentée par l’esprit des eaux Kühleborn, oncle d’Undine, isole bientôt la maison. Huldbrand s’éprend de la capricieuse jeune fille et l’épouse, uni par le prêtre Heilmann ; par ce mariage, Undine reçoit une âme.
- Acte II : Transformée, douce et aimante, Undine suit son époux à la ville, à la cour du duc et de la duchesse, dont la fille adoptive Berthalda avait naguère séduit Huldbrand. Kühleborn révèle publiquement que l’orgueilleuse Berthalda est en réalité l’enfant perdue des humbles pêcheurs ; humiliée, elle est recueillie par Undine et suit le couple au château de Ringstetten.
- Acte III : À Ringstetten, Huldbrand se détourne peu à peu de son épouse au profit de Berthalda. Lors d’un voyage sur le Danube, irrité par les manifestations de Kühleborn, il maudit Undine sur l’eau : elle doit alors retourner dans son élément et disparaît dans les flots. Croyant Undine perdue, Huldbrand s’apprête à épouser Berthalda. Le puits du château, qu’Undine avait fait sceller pour barrer la route aux esprits des eaux, est rouvert : Undine en surgit, voilée et en larmes, et, obéissant à la loi de son peuple, donne au chevalier infidèle un baiser mortel. Huldbrand meurt dans ses bras et les deux amants sont réunis dans le royaume des eaux, au cours d’une apothéose finale.
Enregistrement(s) :

Roland Bader — 1982
Format : 3 CD (159’25), intégrale sans les dialogues parlés.
Label : Koch Schwann (coproduction RIAS Berlin / WDR Köln)
Référence : 3-1092-2
Année d’enregistrement : février 1982, Berlin ; parution en CD en 1993.
Distribution :
- Ritter Huldbrand von Ringstetten : Roland Hermann, baryton
- Un vieux pêcheur : Hans Franzen, basse
- Sa femme : Elisabeth Glauser, mezzo-soprano
- Undine, leur fille adoptive : Krisztina Laki, soprano
- Heilmann, un ecclésiastique : Heikki Orama, baryton
- Kühleborn, esprit des eaux : Karl Ridderbusch, basse
- Le Duc : Ulrich Ress, ténor
- La Duchesse : Dora Koschak, mezzo-soprano
- Berthalda, leur fille adoptive : Mani Mekler, soprano
Direction : Roland Bader
Orchestre : Radio-Symphonie-Orchester Berlin ; Chor der St. Hedwigs-Kathedrale Berlin
Langue : allemand
Particularité :
Première intégrale de la musique d’Undine en studio, après une version radiophonique bavaroise de 1960 dirigée par Jan Koetsier (avec Rita Streich). Les dialogues parlés sont omis, ce qui concentre l’écoute sur la partition — au prix d’une certaine discontinuité dramatique. Roland Bader, alors chef du chœur de la cathédrale Sainte-Edwige de Berlin, dirige le Radio-Symphonie-Orchester Berlin (actuel Deutsches Symphonie-Orchester) dans une lecture soignée qui met en valeur l’orchestration déjà weberienne d’Hoffmann et ses grands ensembles. Krisztina Laki, soprano léger alors très présente dans le répertoire mozartien, prête au rôle-titre sa clarté et son agilité ; Karl Ridderbusch, grande basse wagnérienne, campe un Kühleborn imposant, et Roland Hermann un Huldbrand noble et sensible. Enregistrée en 1982, la bande a été publiée en CD par Koch Schwann en 1993.
Postérité :
Après l’incendie de 1817, Undine ne connut que de rares reprises et tomba dans l’oubli, tandis que la gloire littéraire de son auteur éclipsait le compositeur. L’œuvre occupe pourtant une place essentielle dans l’histoire de l’opéra allemand : Carl Maria von Weber, dans un célèbre article de 1817, y salua « une œuvre d’art complète en soi » où les arts s’unissent pour former un monde nouveau, et c’est souvent à elle que l’on fait remonter l’opéra romantique allemand, cinq ans avant Der Freischütz. Redécouverte au XXe siècle (édition critique de Hans Pfitzner, 1906 ; reprise à l’Opéra de Wuppertal en 1970), elle demeure rarement jouée, mais son sujet a nourri toute une descendance lyrique, de Lortzing à Dvořák.

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