Note personnelle : ,

Honegger, Arthur — Jeanne d’Arc au bûcher (1938)

Format :

  • Oratorio dramatique (« mystère lyrique ») en un prologue et onze scènes, pour récitants, solistes, chœurs, chœur d’enfants et orchestre (avec ondes Martenot).
  • Musique : Arthur Honegger (1892-1955).
  • Livret : Paul Claudel.
  • Langue : français (avec passages en latin).

Création :

12 mai 1938, Bâle (création en concert), sous la direction de Paul Sacher, avec Ida Rubinstein (Jeanne) et Jean Périer (Frère Dominique). Première représentation scénique française le 6 mai 1939 au Théâtre municipal d’Orléans (décors d’Alexandre Benois, direction Louis Fourestier).
L’œuvre naît d’une commande de la danseuse et mécène Ida Rubinstein, déjà commanditaire du Boléro de Ravel et du Perséphone de Stravinsky. Honegger, membre du Groupe des Six mais déjà auteur d’oratorios à grand succès (Le Roi David, Judith), compose la partition en 1935 sur un poème de Paul Claudel, qui avait d’abord hésité à traiter le sujet. La création bâloise, avec la Basler Knabenkantorei et un orchestre réuni par Sacher, est un triomphe immédiat, la critique saluant l’union parfaite du texte et de la musique. Dans la France de 1939 puis de l’Occupation, la figure de Jeanne prend une résonance patriotique qui assure à l’œuvre une diffusion considérable ; Honegger y ajoute en 1944 un prologue évoquant la France meurtrie.

Livret :

Paul Claudel conçoit un texte en forme de mystère médiéval, qui raconte les derniers instants de Jeanne sur le bûcher de Rouen (1431) à travers une série de retours en arrière sur son procès, sa mission et son enfance. Jeanne, enchaînée au poteau, et Frère Dominique (saint Dominique), qui lui lit le « livre » de sa vie, sont des rôles parlés, tenus par des comédiens ; autour d’eux, les solistes chantés (la Vierge, sainte Marguerite, sainte Catherine, Porcus, le héraut, le clerc…) et les chœurs incarnent le ciel et la terre, les juges et le peuple. Claudel mêle le sublime et le grotesque : le tribunal devient une ménagerie présidée par un porc (jeu de mots sur l’évêque Cauchon), l’Angleterre, la France et la Bourgogne se disputent la France au jeu de cartes, avant le retour aux chansons populaires de Lorraine et à la lumière du sacrifice final.

Intrigue :

  • Prologue : (ajouté en 1944) Le chœur évoque les ténèbres qui s’abattent sur la France, dans l’attente d’une libératrice.
  • Scènes 1 à 3 (Les voix du ciel, Le livre, Les voix de la terre) : Jeanne est au bûcher. Des voix célestes l’appellent ; Frère Dominique descend du ciel et lui ouvre le livre où est écrite sa vie. Montent alors les voix hostiles de la terre et du procès qui l’a condamnée.
  • Scènes 4 et 5 (Jeanne livrée aux bêtes, Jeanne au pilori) : Le procès est rejoué sous forme de farce : présidé par Porcus, le porc, le tribunal composé d’animaux (moutons assesseurs, âne greffier) condamne Jeanne comme hérétique, relaps et sorcière.
  • Scènes 6 et 7 (Les rois ou l’invention du jeu de cartes, Catherine et Marguerite) : Frère Dominique explique comment Jeanne a été vendue, à travers une partie de cartes allégorique où les rois, la Bêtise, l’Orgueil, l’Avarice et la Luxure jouent son sort. Puis Jeanne entend de nouveau les voix de ses saintes, Catherine et Marguerite.
  • Scènes 8 à 10 (Le roi qui va-t-à Reims, L’épée de Jeanne, Trimazô) : Souvenir du sacre de Charles VII à Reims et de la liesse populaire, puis retour à l’enfance lorraine de Jeanne, aux chansons de mai et à la chanson de Trimazô ; Jeanne comprend que son épée était faite d’amour et d’espérance.
  • Scène 11 (Jeanne d’Arc en flammes) : Le bûcher s’embrase. Jeanne, un instant tentée, refuse de renier ses voix ; la Vierge et les saintes l’appellent, ses chaînes se rompent et elle s’élève dans la lumière, tandis que le chœur célèbre son sacrifice : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »

Enregistrement(s) :

Seiji Ozawa — 1991

Format : 1 CD (env. 69 min), livret de 136 pages.
Label : Deutsche Grammophon (coproduction Radio France / Festival de Saint-Denis)
Référence : 429 412-2
Année d’enregistrement : enregistrement public de juin 1989, basilique-cathédrale de Saint-Denis (Festival de Saint-Denis) ; parution en 1991.
Distribution :

  • Jeanne d’Arc : Marthe Keller, récitante
  • Frère Dominique : Georges Wilson, récitant
  • La Vierge : Françoise Pollet, soprano
  • Marguerite : Michèle Command, soprano
  • Catherine : Nathalie Stutzmann, contralto
  • Porcus et rôles de ténor : John Aler, ténor
  • Rôles de basse : Jean-Philippe Courtis, basse
  • Rôles parlés : Pierre-Marie Escourrou, récitant
  • Paola Lanzi

Direction : Seiji Ozawa
Orchestre : Orchestre National de France ; Chœur de Radio France (chef de chœur : François Bilger) ; Maîtrise de Radio France (Marie-Claude Vallin)
Langue : français

Particularité :

Captation des concerts donnés en juin 1989 au Festival de Saint-Denis, sous les voûtes de la basilique nécropole des rois de France — un cadre idéal pour ce mystère médiéval. Seiji Ozawa, grand défenseur de la partition qu’il a dirigée à de nombreuses reprises, en livre une lecture d’une grande intensité dramatique, portée par l’Orchestre National de France et les forces chorales de Radio France. Marthe Keller, comédienne suisse qui fera de Jeanne l’un des rôles de sa vie, qu’elle reprendra ensuite sur de nombreuses scènes, impose une Jeanne à la fois fragile et habitée, face au Frère Dominique grave et humain de Georges Wilson. Les rôles chantés bénéficient de voix de premier plan, notamment Françoise Pollet en Vierge et la jeune Nathalie Stutzmann en sainte Catherine. Souvent considéré comme l’un des enregistrements de référence de l’œuvre,, aux côtés de celui de Serge Baudo (Supraphon).

Postérité :

Jeanne d’Arc au bûcher est devenue l’œuvre la plus jouée d’Honegger avec Le Roi David. Sa carrière scénique a été marquée par la production de Roberto Rossellini avec Ingrid Bergman (Naples, San Carlo, 1953), filmée en 1954, et le rôle de Jeanne a attiré de grandes comédiennes, jusqu’à Marion Cotillard. Premier enregistrement intégral en 1952 sous Eugene Ormandy (Philadelphie, avec Vera Zorina), suivi notamment de Leonard Bernstein (New York, 1958), l’œuvre a été reprise par de nombreux chefs et metteurs en scène jusqu’à aujourd’hui (dont Romeo Castellucci à Lyon), confirmant la force intacte de cette fusion singulière d’oratorio, de théâtre et de mystère populaire.

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