Format :
- Mélodrame (« indisches Melodram ») en 3 actes, pour récitants, chœur et orchestre.
- Musique : E.T.A. Hoffmann (1776-1822).
- Livret : Julius, comte von Soden, « d’après une histoire vraie ».
- Langue : allemand.
Création :
1809, Bamberg, Königlich privilegierte Schaubühne (théâtre de Bamberg).
Avant d’être le conteur fantastique célébré dans toute l’Europe, Ernst Theodor Amadeus Hoffmann — qui changea son troisième prénom Wilhelm en Amadeus par admiration pour Mozart — voulut d’abord être compositeur. Juriste prussien privé de son poste à Varsovie après l’entrée des troupes napoléoniennes (1806), il obtient en 1808 le poste de directeur musical du théâtre de Bamberg, grâce au comte Julius von Soden, dramaturge, économiste et directeur de théâtre, qui venait de reprendre la scène bambergeoise. Hoffmann avait composé comme « épreuve » l’opéra Der Trank der Unsterblichkeit sur un livret de Soden, puis le prologue Das Gelübde pour la réouverture du théâtre en octobre 1808. Rapidement évincé de la direction musicale par les intrigues et les difficultés financières de la troupe, il reste attaché au théâtre comme compositeur, décorateur et homme à tout faire. Dirna, nouvelle collaboration avec Soden, est créée en 1809 et s’inscrit dans la vogue du mélodrame, genre où la parole déclamée alterne ou se superpose à la musique, popularisé en Allemagne par Georg Benda.
Livret :
Le comte Julius von Soden (1754-1831), auteur prolifique de drames et d’ouvrages d’économie politique, s’inspire d’une « histoire indienne véritable », dans le goût de l’orientalisme alors à la mode depuis la traduction de Sakuntala. Le récit d’origine était des plus sombres : une femme déshonorée y tuait ses enfants avant d’être exécutée par le plomb fondu. Soden l’adoucit considérablement pour aboutir à un dénouement de conte de fées, grâce à l’intervention finale du Grand Moghol en deus ex machina. Les rôles principaux — Dirna, Ganga, Zami et le Grand Prêtre — sont parlés ; la musique d’Hoffmann se répartit entre intermezzi et mélodrames orchestraux accompagnant la déclamation, et chœurs.
Intrigue :
- Actes I à III : Dans une Inde de convention, l’action suit le destin de Dirna, femme déshonorée, confrontée à Ganga, à Zami et à l’autorité du Grand Prêtre. Promise au châtiment au terme des trois actes, elle est finalement sauvée par l’intervention du Grand Moghol, qui impose un dénouement heureux à la place de l’issue tragique de l’histoire d’origine (où l’héroïne tuait ses enfants avant d’être suppliciée au plomb fondu). Aucun synopsis détaillé acte par acte n’a pu être consulté ; le résumé se limite aux éléments attestés.
Enregistrement(s) :

Johannes Goritzki — 2001
Format : 1 CD (68’56).
Label : cpo (coproduction avec le Westdeutscher Rundfunk, WDR 3)
Référence : cpo 999 607-2
Année d’enregistrement : mai 1998, studio de DeutschlandRadio, Cologne ; parution en 2001.
Distribution :
- Dirna : Angelika Krautzberger, récitante
- Ganga : Martin Herrmann, récitant
- Zami / Le Grand Prêtre : Werner Klockow, récitant
Direction : Johannes Goritzki
Orchestre : Deutsche Kammerakademie Neuss ; Kammerchor « Cantemus » (chef de chœur : Raimund Wippermann)
Langue : allemand
Particularité :
Premier et à ce jour unique enregistrement de l’œuvre, publié par cpo en coproduction avec la WDR. Violoncelliste de formation et fondateur de la Deutsche Kammerakademie Neuss, Johannes Goritzki dirige avec sympathie une partition riche mais peu dramatique, dont l’exotisme ne passe guère par la couleur musicale : les chœurs, d’une belle écriture, annoncent davantage Brahms que l’Inde. Les trois comédiens assument les rôles parlés dans la tradition déclamatoire du mélodrame allemand, ce qui fait de ce disque un document précieux sur un genre aujourd’hui délaissé, même si la critique (BBC Music Magazine) a estimé qu’il ne suffisait pas à plaider pleinement la cause du mélodrame pour l’auditeur moderne, en l’absence de la dimension scénique.
Postérité :
Dirna n’a pas survécu aux années de Bamberg et n’a guère été rejouée. Hoffmann quitte Bamberg en 1813, dirige brièvement la troupe de Joseph Seconda à Dresde et Leipzig, puis retrouve la magistrature à Berlin, où son opéra Undine (1816), dont l’idée remontait à la période bambergeoise, sera salué par Weber comme l’un des premiers grands opéras romantiques allemands. C’est toutefois l’écrivain — celui des Fantasiestücke, de Kreisleriana et des contes — que la postérité a retenu, au point que sa propre figure deviendra héros d’opéra chez Offenbach. Sa musique de scène, redevable à Mozart et à Gluck, n’a été redécouverte qu’à la fin du XXe siècle, notamment grâce aux enregistrements cpo en coproduction avec la WDR.

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