Note personnelle : ,

Hasse, Johann Adolf — Cleofide (1731)

Format :

  • Dramma per musica en 3 actes.
  • Musique : Johann Adolf Hasse (1699-1783).
  • Livret : Michelangelo Boccardi, d’après Alessandro nell’Indie de Pietro Metastasio.
  • Langue : italien.

Création :

13 septembre 1731, Opernhaus am Zwinger, Dresde.
Cleofide est la première grande œuvre de Hasse pour la cour de Saxe, qui l’avait engagé comme maître de chapelle en 1730 sans lui donner encore de poste effectif. Selon la notice du coffret, le prince électeur Frédéric-Auguste aurait réservé l’opéra à Dresde, peut-être comme condition d’engagement : Hasse et son épouse depuis 1730, la célèbre soprano Faustina Bordoni, attendirent près d’un an que la cour consente les dépenses considérables de la production. La distribution réunissait Faustina Bordoni (Cleofide), les castrats altos Domenico Annibali (Alessandro), Domenico Campioli (Poro) et Nicolò Pozzi (Timagene), le castrat soprano Ventura Rocchetti (Gandarte) et Maria Santina Cattaneo (Erissena). Johann Sebastian Bach et son fils Wilhelm Friedemann assistèrent probablement à la première, qui fut un grand succès et scella l’installation durable du couple Hasse à Dresde.

Livret :

Le livret de Michelangelo Boccardi adapte Alessandro nell’Indie de Metastasio, mis en musique pour la première fois par Leonardo Vinci à Rome au carnaval de 1730 et aussitôt repris par Porpora (Turin, 1731, avec Faustina en Cleofide), Predieri ou Händel (Poro, Londres, 1731). Metastasio s’y inspire de l’expédition d’Alexandre le Grand en Inde (326 av. J.-C.) et de sa rencontre avec le roi Poros, en tenant compte de pièces antérieures : Porus ou la générosité d’Alexandre de Claude Boyer (1648), Alexandre le Grand de Racine (1666) et le livret L’amante eroe de Domenico David (1693). Il y ajoute un rôle central pour la reine Cleofide, qui défend son pays contre Alexandre par la séduction et affronte la jalousie maladive de Poro. Hasse remit en musique le sujet pour Venise en 1736 (Teatro San Giovanni Grisostomo) avec une partition très largement nouvelle.

Intrigue :

  • Acte I : Sur les rives de l’Hydaspe, l’armée du roi indien Poro est défaite par Alessandro. Poro veut se tuer, mais Cleofide, reine d’une autre partie de l’Inde, l’en empêche ; il l’accable de reproches jaloux, la soupçonnant d’être la maîtresse du conquérant. Pour tromper l’ennemi, Poro se fait passer pour son général Gandarte ; Alessandro, magnanime, lui remet pour Poro l’épée de Darius. Timagene, général d’Alessandro, présente Erissena, sœur de Poro, livrée enchaînée par des traîtres : Alessandro la fait libérer et châtier ses délateurs. Erissena repousse Timagene et s’éprend en secret d’Alessandro ; Timagene, jaloux, songe à trahir son maître. Poro renouvelle ses soupçons contre Cleofide, qui ne l’apaise qu’en menaçant de se retirer au désert. Alessandro confie à Timagene son amour pour Cleofide, qu’il doit taire. Cleofide lui rend hommage ; Poro, déguisé en duc Asbite, la dénigre auprès du roi, mais la déclaration d’Alessandro, qui se dit seulement son ami et protecteur, finit par rassurer le jaloux. Les amants se réconcilient en duo.
  • Acte II : Poro tente d’empêcher Alessandro de franchir l’Hydaspe et s’emporte en apprenant que Cleofide court au-devant de l’ennemi. Au camp macédonien, alors que Cleofide promet sa loyauté au vainqueur, Poro attaque et détruit le pont ; Gandarte et ses hommes se sauvent en se jetant dans le fleuve. Nouvelle scène de jalousie : Cleofide menace de se jeter dans les flots, puis les amants décident de s’épouser aussitôt. Encerclé, Poro veut tuer Cleofide puis lui-même ; Alessandro l’en empêche. L’armée grecque, qui accuse la reine d’avoir tendu un piège, réclame sa mort. Timagene fait conduire Cleofide au palais et, pour prouver sa loyauté envers les Indiens, libère Poro. Pour sauver Cleofide, Alessandro envisage de l’épouser ; Gandarte se présente comme étant Poro et offre sa vie pour celle de la reine. Erissena annonce que Poro se serait noyé dans l’Hydaspe : Cleofide reste seule, désespérée.
  • Acte III : Gandarte révèle à Erissena que Poro est vivant et lui confie une lettre compromettante de Timagene. Cleofide, croyant son amant mort, consent à épouser Alessandro pour rétablir la paix ; Erissena surprend l’accord. La trahison de Timagene est découverte, mais Alessandro lui pardonne. Poro, désespéré, veut que Gandarte le tue, puis apprend le mariage imminent. Au cours des noces, un bûcher est allumé en l’honneur de Bacchus : Cleofide déclare qu’elle était déjà l’épouse de Poro et veut, selon la coutume indienne, le suivre dans la mort. Poro réapparaît ; Alessandro rend aux amants la liberté et leur royaume, confie à Gandarte les terres au-delà du Gange, et Poro unit sa sœur Erissena à Gandarte.

Enregistrement(s) :

William Christie — 1986

Format : 4 CD, enregistrement de studio (intégrale).
Label : Capriccio (coproduction WDR Köln).
Référence : 10 193/96 (édition originale) ; réédition C7080.
Année d’enregistrement : mai 1986, Schulzentrum, Lindlar.
Distribution :

  • Cleofide : Emma Kirkby, soprano
  • Erissena : Agnès Mellon, soprano
  • Gandarte : Randall K. Wong, sopraniste
  • Poro : Derek Lee Ragin, contre-ténor
  • Alessandro : Dominique Visse, contre-ténor
  • Timagene : David Cordier, contre-ténor

Direction : William Christie.
Orchestre : Cappella Coloniensis ; Rheinische Kantorei Dormagen ; continuo : Yvon Repérant et Christophe Rousset (clavecins), Yasunori Imamura (théorbe).
Langue : italien.

Particularité :

Premier enregistrement mondial, en version intégrale, de la version de la création dresdoise de 1731, réalisé par la WDR avec la Cappella Coloniensis, pionnière de l’interprétation sur instruments anciens en Allemagne. C’est l’un des premiers opera seria de Hasse gravés au disque, et un jalon de la redécouverte du compositeur. William Christie réunit une distribution emblématique du renouveau baroque des années 1980 : Emma Kirkby, à la voix claire et agile, dans le rôle écrit pour Faustina Bordoni ; Agnès Mellon en Erissena ; et surtout un rare quatuor de voix masculines aiguës pour les rôles de castrats — le sopraniste Randall K. Wong, et les contre-ténors Derek Lee Ragin (Poro), Dominique Visse (Alessandro) et David Cordier (Timagene). Au continuo figurent deux clavecinistes appelés à une grande carrière, dont le jeune Christophe Rousset. L’enregistrement, long de quatre disques, permet d’apprécier la variété des airs da capo de Hasse, notamment les grandes pages de Cleofide comme « Digli ch’io son fedele » et « Son qual misera colomba ».

Postérité :

Après son triomphe dresdois, la partition de 1731 fut jalousement conservée par la cour de Saxe : Telemann, qui monta une Cleofida à Hambourg en 1732, ne put l’obtenir et dut utiliser la musique de Händel, et Vienne attendit 1748 pour représenter le drame, sans la musique de Hasse. L’œuvre tomba ensuite dans l’oubli comme tout le répertoire seria. Sa résurrection moderne doit beaucoup à cet enregistrement de 1986, suivi d’une édition critique chez Carus-Verlag et d’une reprise scénique au Semperoper de Dresde en mars 2005, dans la ville même de sa création.

 

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