Format :
- Dramma per musica en 3 actes.
- Musique : Johann Adolf Hasse (1699-1783).
- Livret : Pietro Metastasio, révisé par Francesco Algarotti.
- Langue : italien.
Création :
7 octobre 1742, théâtre du château de chasse de Hubertusburg (près de Dresde).
Hasse, maître de chapelle de la cour de Saxe depuis 1731, compose Didone abbandonata pour les festivités d’anniversaire d’Auguste III, électeur de Saxe et roi de Pologne. Selon l’usage des représentations données pour les anniversaires ou fêtes du souverain, l’œuvre est jouée devant le cercle le plus intime de la cour, dans le petit théâtre du pavillon de chasse de Hubertusburg. Le rôle-titre est créé par l’épouse du compositeur, Faustina Bordoni, prima donna de l’Opéra de Dresde. Une seconde version est donnée au carnaval de Dresde le 4 février 1743 ; elle diffère par sa scène finale : à Hubertusburg, faute de moyens techniques, c’est le général Osmida qui racontait le dénouement tragique, tandis qu’à Dresde Didone meurt sur scène dans les flammes de Carthage, comme chez Virgile. Une licenza en l’honneur d’Auguste III concluait la représentation de cour.
Livret :
Didone abbandonata est le premier livret d’opera seria de Pietro Metastasio, écrit en 1724 pour le Teatro San Bartolomeo de Naples (musique de Domenico Sarro). Inspiré du livre IV de l’Énéide de Virgile, il devint le livret le plus populaire du XVIIIe siècle sur le thème de Didon, mis en musique par des dizaines de compositeurs (Vinci, Albinoni, Jommelli, Sarti…) jusqu’à Mercadante au XIXe siècle. Fait rare dans l’œuvre de Metastasio, qui cultive le plus souvent le lieto fine, le drame s’achève sur un dénouement tragique, que le poète ne modifia jamais, et se clôt sur l’unique monologue final de toute sa production. Pour Dresde, le texte fut révisé par Francesco Algarotti, alors proche de la cour saxonne. L’action commence alors que la décision d’Enea est déjà prise : le moteur du drame n’est pas le conflit entre devoir et amour, mais l’angoisse croissante de Didone face à l’abandon.
Intrigue :
- Prologue : Didone règne sur Carthage, qu’elle vient de fonder sur la côte d’Afrique du Nord. Fidèle à son époux assassiné Sicheo, elle a repoussé tous les prétendants, jusqu’à l’arrivée d’Enea, rescapé de Troie, jeté par une tempête sur ses rivages.
- Acte I : Enea raconte que son père lui est apparu en songe pour lui rappeler sa mission : fonder une nouvelle Troie en Italie. Il décide de quitter Carthage, sans oser l’avouer à Didone. Iarba, roi africain éconduit par la reine, se présente sous l’identité de son propre ambassadeur Arbace et lance un ultimatum : si Didone lui refuse sa main et ne renvoie pas Enea, il soulèvera les peuples d’Afrique contre Carthage. Didone affirme sa liberté de reine et d’amante (« Son regina e sono amante »). Le général Osmida propose secrètement ses services à Iarba en échange du trône de Carthage. Iarba tente d’assassiner Enea, échoue, se démasque et est emmené sur ordre de la reine. Enea trouve enfin le courage d’annoncer son départ ; Didone refuse de croire à sa destinée divine et l’accuse de trahir leur amour.
- Acte II : Selene, sœur de Didone, trouve au palais Iarba libéré et son confident Araspe ; craignant une nouvelle trahison, elle obtient d’Araspe qu’il protège Enea, et Araspe lui avoue son amour. Enea met en garde Didone contre un soulèvement africain si elle fait exécuter Iarba. Didone tente encore de retenir Enea (« Ah! non lasciarmi, no ») et le provoque en lui demandant de lui conseiller d’épouser Iarba ou de lui ôter la vie ; sous ses yeux, elle consent au mariage avec le roi africain. Enea parti, elle éconduit de nouveau Iarba, reste indifférente à ses menaces et reprend un instant espoir en voyant la jalousie d’Enea.
- Acte III : Vaincu en combat par Enea, Iarba a la vie sauve ; Enea abandonne aussi le traître Osmida à ses remords. Selene tente de convaincre Enea de revoir sa sœur et lui avoue ses propres sentiments. Enea choisit définitivement la gloire et part pour l’Italie (« A trionfar mi chiama »). Iarba s’empare de Carthage et l’incendie. Didone veut appeler Enea à l’aide, mais il est déjà parti ; elle reste sourde aux conseils de Selene et d’Araspe, invoque l’ombre de Sicheo (« Ombra cara, ombra tradita »), repousse la dernière demande en mariage de Iarba et, dans un ultime monologue, se donne la mort au milieu des flammes.
Enregistrement(s) :

Michael Hofstetter — 2011
Format : 3 CD, enregistrement live.
Label : Naxos.
Référence : 8.660323-25.
Année d’enregistrement : du 24 mai au 1er juin 2011, Prinzregententheater, Munich (parution en 2013).
Distribution :
- Didone : Theresa Holzhauser, mezzo-soprano
- Enea : Flavio Ferri-Benedetti, contre-ténor
- Iarba : Valer Barna-Sabadus, contre-ténor
- Selene : Magdalena Hinterdobler, soprano
- Araspe : Maria Celeng, soprano
- Osmida : Andreas Burkhart, baryton
Direction : Michael Hofstetter.
Orchestre : Hofkapelle München.
Langue : italien.
Particularité :
Captation d’une production scénique de la Bayerische Theaterakademie August Everding et de la Hochschule für Musik und Theater München au Prinzregententheater, mise en scène par Balázs Kovalik (décors de Csaba Antal, costumes d’Angelika Höckner, dramaturgie d’Isabelle Kranabetter), en coproduction avec la Hofkapelle München et BR Klassik, avec le soutien de la Hasse-Gesellschaft München. Premier enregistrement de l’œuvre, il réunit une distribution de jeunes chanteurs issus de la Hochschule munichoise autour de deux contre-ténors alors en pleine ascension, Flavio Ferri-Benedetti en Enea et Valer Barna-Sabadus en Iarba, face à la Didone intense de la mezzo Theresa Holzhauser. Michael Hofstetter, spécialiste reconnu de Hasse depuis ses enregistrements aux Ludwigsburger Schlossfestspiele, dirige la Hofkapelle München sur instruments d’époque avec vivacité ; ce spectacle lui valut le titre de « chef de l’année » décerné par la revue Opernwelt en 2011. L’enregistrement restitue notamment la grande scène finale en accompagnato, où Didone prend congé du monde.
Postérité :
Fréquemment reprise du vivant de Hasse, Didone abbandonata sombra ensuite dans l’oubli avec l’ensemble de l’opera seria, éclipsée dans la mémoire collective par le Dido and Aeneas de Purcell, pourtant plus ancien de plus d’un demi-siècle. La production munichoise de 2011 et son enregistrement Naxos ont contribué au renouveau d’intérêt pour les opéras de Hasse, amorcé dans les années 1980 et poursuivi depuis par de nombreuses redécouvertes scéniques et discographiques.

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