Note personnelle : , ,

Händel, Georg Friedrich — Rinaldo (1711)

Format :

  • Dramma per musica en 3 actes (HWV 7a ; version révisée de 1731 : HWV 7b).
  • Musique : Georg Friedrich Händel (1685-1759).
  • Livret : Giacomo Rossi, d’après un scénario d’Aaron Hill tiré de La Gerusalemme liberata du Tasse.
  • Langue : italien.

Création :

24 février 1711, Londres, Queen’s Theatre, Haymarket.
Arrivé à Londres à l’automne 1710, auréolé du triomphe vénitien d’Agrippina, Händel, alors maître de chapelle de l’Électeur de Hanovre, écrit en une quinzaine de jours le premier opéra italien composé spécifiquement pour la scène londonienne. Il y recycle abondamment ses œuvres italiennes (Agrippina, Rodrigo, Il trionfo del Tempo, Aci, Galatea e Polifemo, cantates) : « Lascia ch’io pianga » dérive d’une sarabande d’Almira passée par Il trionfo. Aaron Hill, directeur du théâtre, voulait un spectacle à grand effet : machineries, feux d’artifice, dragons crachant des flammes, et même des moineaux lâchés sur scène pendant l’air d’Almirena « Augelletti che cantate », ce dont se moquèrent Addison et Steele dans The Spectator. Le rôle-titre était tenu par le célèbre castrat alto Nicolò Grimaldi, dit Nicolini, avec Isabella Girardeau (Almirena), Elisabetta Pilotti-Schiavonetti (Armida), Francesca Vanini-Boschi (Goffredo), Giuseppe Maria Boschi (Argante) et le castrat Valentino Urbani (Eustazio). Le succès fut immense : quinze représentations la première saison, et Rinaldo devint l’opéra de Händel le plus souvent joué de son vivant, repris jusqu’en 1717, puis profondément révisé pour la reprise d’avril 1731 au King’s Theatre.

Livret :

Aaron Hill tira le scénario d’un épisode de La Jérusalem délivrée du Tasse (1581), les amours du croisé Renaud et de la magicienne Armide, en l’adaptant très librement : il invente la fiancée Almirena, fille de Goffredo (Godefroy de Bouillon), et fait d’Armida l’amante du roi sarrasin Argante. Le poète italien Giacomo Rossi versifia le livret en hâte ; dans sa préface, il s’étonne lui-même de la rapidité avec laquelle « M. Hendel, l’Orphée de notre siècle », mit le texte en musique, en deux semaines à peine. Dans la version de 1731, Händel supprima notamment le rôle d’Eustazio, confia Goffredo à un ténor et Argante à une voix d’alto, et remania nombre d’airs pour une nouvelle distribution menée par le castrat Senesino. En 1718, l’ouvrage fut aussi donné à Naples sous forme de pasticcio adapté par Leonardo Leo, avec prologue et intermèdes comiques ajoutés.

Intrigue :

  • Acte I : Devant Jérusalem assiégée par les croisés, Goffredo promet à Rinaldo la main de sa fille Almirena lorsque la ville sera tombée. Argante, roi de Jérusalem, obtient une trêve de trois jours ; il compte sur la magicienne Armida, reine de Damas et son amante, qui lui révèle que la victoire chrétienne dépend de Rinaldo. Dans un jardin enchanté où chantent les oiseaux, Rinaldo et Almirena échangent leurs serments ; Armida surgit et enlève Almirena sur un nuage noir. Désespéré (« Cara sposa »), Rinaldo apprend de Goffredo et d’Eustazio qu’un mage chrétien pourrait l’aider, et jure de délivrer sa bien-aimée.
  • Acte II : Sur le rivage, Rinaldo, attiré par des sirènes, s’embarque malgré les mises en garde de Goffredo et d’Eustazio. Dans le palais enchanté d’Armida, Argante, lui-même épris d’Almirena, lui déclare son amour ; elle implore la pitié (« Lascia ch’io pianga »). Armida tente de séduire Rinaldo, qui la repousse ; elle prend alors l’apparence d’Almirena, mais Rinaldo déjoue la ruse. Surprenant Argante aux pieds de la prisonnière, Armida, trahie et furieuse, rompt avec lui et jure vengeance (« Vo’ far guerra »).
  • Acte III : Goffredo et Eustazio gagnent la montagne du mage chrétien, qui leur remet des baguettes magiques capables de vaincre les monstres gardiens du palais d’Armida. Les enchantements se dissipent et le palais s’effondre ; Rinaldo arrache Almirena au poignard d’Armida. Réconciliés, Argante et Armida mènent les Sarrasins au combat, mais les croisés emmenés par Rinaldo prennent Jérusalem. Vaincus, Argante et Armida se convertissent au christianisme ; Goffredo leur pardonne et bénit l’union de Rinaldo et d’Almirena.

Enregistrement(s) :

Jean-Claude Malgoire — 1978

Format : 3 CD (à l’origine 3 LP).
Label : CBS Masterworks / Sony Classical (« The Sony Opera House »).
Référence : CBS 79308 (LP) ; Sony SM3K 34592 (CD).
Année d’enregistrement : 1977, studio.
Distribution :

  • Rinaldo : Carolyn Watkinson, mezzo-soprano
  • Almirena : Ileana Cotrubas, soprano
  • Armida : Jeanette Scovotti, soprano
  • Goffredo : Paul Esswood, contre-ténor
  • Eustazio : Charles Brett, contre-ténor
  • Argante : Ulrik Cold, basse
  • Mago cristiano / Araldo : Armand Arapian, baryton
  • Sirena : Marie-Françoise Jacquelin, soprano

Direction : Jean-Claude Malgoire
Orchestre : La Grande Écurie et la Chambre du Roy
Langue : italien

Particularité :

Premier enregistrement intégral d’un opéra de Händel sur instruments anciens, cette version a fait date dans l’histoire du renouveau baroque. Jean-Claude Malgoire, pionnier français de l’interprétation historique, offre une lecture vivante et colorée, aux cuivres et aux percussions pleins de relief, même si les standards instrumentaux ont depuis beaucoup progressé. Carolyn Watkinson prête au héros un mezzo chaud et engagé, Ileana Cotrubas une Almirena d’une pureté touchante dans « Lascia ch’io pianga », et les deux contre-ténors anglais Paul Esswood et Charles Brett donnent une couleur caractéristique des débuts du mouvement.

Mario Bernardi — 1982

Format : 2 CD.
Label : Ponto (sous licence Mitridate).
Référence : PO-1047, parution 2006.
Année d’enregistrement : 9 juillet 1982, en public, Centre national des Arts, Ottawa.
Distribution :

  • Rinaldo : Marilyn Horne, mezzo-soprano
  • Almirena : Benita Valente, soprano
  • Goffredo : John Alexander, ténor
  • Armida : Noelle Rogers, soprano
  • Argante : Samuel Ramey, basse

Direction : Mario Bernardi
Orchestre : Orchestre et Chœur du Centre national des Arts (Ottawa)
Langue : italien

Particularité :

Témoignage de la production canadienne qui prépara l’entrée de Rinaldo au Metropolitan Opera (1984), premier opéra de Händel jamais présenté au Met. Lecture sur instruments modernes, avec coupures et un Goffredo confié à un ténor, typique du « Händel des grandes voix » d’avant la vague baroque. Marilyn Horne, qui fit de Rinaldo l’un de ses rôles fétiches, y déploie une virtuosité et une autorité phénoménales, face à l’Argante tonitruant de Samuel Ramey et à l’Almirena lumineuse de Benita Valente. Son radiophonique correct pour un document historique.

John Fisher — 1989

Format : 2 CD.
Label : Nuova Era (coproduction avec le Teatro La Fenice).
Référence : 6813/14, parution 1989 (réédition Mondo Musica MFOH 10818).
Année d’enregistrement : juin 1989, en public, Gran Teatro La Fenice, Venise.
Distribution :

  • Rinaldo : Marilyn Horne, mezzo-soprano
  • Almirena : Cecilia Gasdia, soprano
  • Goffredo : Ernesto Palacio, ténor
  • Armida : Christine Weidinger, soprano
  • Argante : Natale De Carolis, baryton-basse
  • Mago cristiano : Carlo Colombara, basse
  • Sirene : Caterina Calvi, Cosetta Tosetti
  • Araldo : Fabio Tartari

Direction : John Fisher
Orchestre : Orchestra del Teatro La Fenice di Venezia
Langue : italien

Particularité :

Captation de la production vénitienne de Pier Luigi Pizzi, célèbre pour ses chevaux caparaçonnés et ses somptueux tableaux, bâtie autour de Marilyn Horne. Version encore largement abrégée, sur instruments modernes, qui repose avant tout sur les voix : Horne, éblouissante d’aplomb et de panache, est entourée de la charmante Almirena de Cecilia Gasdia et d’un Goffredo ténor élégant d’Ernesto Palacio. Un beau souvenir de l’art du bel canto appliqué à Händel, plus que de la rigueur stylistique.

Christopher Hogwood — 2000

Format : 3 CD.
Label : Decca.
Référence : 467 087-2, parution 2000.
Année d’enregistrement : 1999, studio.
Distribution :

  • Rinaldo : David Daniels, contre-ténor
  • Almirena : Cecilia Bartoli, mezzo-soprano
  • Armida : Luba Orgonášová, soprano
  • Goffredo : Bernarda Fink, mezzo-soprano
  • Eustazio : Daniel Taylor, contre-ténor
  • Argante : Gerald Finley, baryton-basse
  • Mago cristiano : Bejun Mehta, contre-ténor
  • Donna / Sirena : Ana-María Rincón, soprano
  • Sirena : Catherine Bott, soprano

Direction : Christopher Hogwood
Orchestre : The Academy of Ancient Music
Langue : italien

Particularité :

Version de luxe réunissant une distribution de stars autour de David Daniels, contre-ténor américain alors au sommet, qui donne au héros une ligne superbe et une vraie autorité dans « Cara sposa » et « Venti, turbini ». Cecilia Bartoli, dans un rôle de soprano, offre un « Lascia ch’io pianga » intime et très ornementé, et Gerald Finley un Argante vigoureux. Hogwood dirige avec finesse et élégance une Academy of Ancient Music précise, dans la version originale de 1711 intégrale ; certains ont regretté une approche plus soignée que théâtrale.

René Jacobs — 2002

Format : 3 CD.
Label : harmonia mundi.
Référence : HMC 901796.98, parution 2003.
Année d’enregistrement : 2002, studio.
Distribution :

  • Rinaldo : Vivica Genaux, mezzo-soprano
  • Almirena : Miah Persson, soprano
  • Armida : Inga Kalna, soprano
  • Goffredo : Lawrence Zazzo, contre-ténor
  • Eustazio : Christophe Dumaux, contre-ténor
  • Argante : James Rutherford, baryton-basse
  • Mago cristiano : Dominique Visse, contre-ténor

Direction : René Jacobs
Orchestre : Freiburger Barockorchester
Langue : italien

Particularité :

Cette version se distingue par l’exubérance théâtrale propre à René Jacobs : continuo foisonnant, ornementations audacieuses, effets orchestraux spectaculaires, cadences et « bruitages » évoquant les machineries de 1711. Le Freiburger Barockorchester est éblouissant, notamment dans la célèbre partie de clavecin concertant de « Vo’ far guerra ». Vivica Genaux campe un Rinaldo d’une virtuosité fulgurante, Miah Persson une Almirena délicate et Inga Kalna une Armida flamboyante. Une lecture discutée pour ses libertés, mais d’une vitalité irrésistible.

Kevin Mallon — 2004

Format : 3 CD.
Label : Naxos (série « Opera Classics »).
Référence : 8.660165-67, parution 2006.
Année d’enregistrement : 19-22 juin et 25 août-2 septembre 2004, Grace Church on-the-Hill, Toronto.
Distribution :

  • Rinaldo : Kimberly Barber, mezzo-soprano
  • Almirena : Laura Whalen, soprano
  • Armida : Barbara Hannigan, soprano
  • Goffredo : Marion Newman, mezzo-soprano
  • Eustazio : Jennifer Enns Modolo, mezzo-soprano
  • Argante : Sean Watson, basse
  • Mago cristiano : Giles Tomkins, baryton-basse
  • Donna : Nicole Bower, soprano
  • Sirene : Catherine Affleck, Melinda Delorme, sopranos
  • Araldo : Lenard Whiting, ténor

Direction : Kevin Mallon
Orchestre : Aradia Ensemble ; chœur Opera in Concert
Langue : italien

Particularité :

Version canadienne à petit prix, intégrale et soignée, qui cherche à restituer l’atmosphère spectaculaire de la création par un usage abondant des percussions (tonnerre, tambours, effets de scène). Kevin Mallon, chef irlandais installé à Toronto, dirige l’Aradia Ensemble avec allant. Distribution jeune et homogène, où l’on découvre une Barbara Hannigan encore méconnue, Armida incandescente aux aigus fulgurants, bien avant sa carrière internationale dans la musique contemporaine. Une alternative économique très recommandable.

Nicholas McGegan — 2004

Format : 3 CD.
Label : Göttinger Händel-Gesellschaft / NDR Kultur (coproduction non commerciale, édition réservée aux membres).
Référence : sans référence commerciale.
Année d’enregistrement : mai 2004, en public, Internationale Händel-Festspiele Göttingen.
Distribution :

  • Rinaldo : Diana Moore, mezzo-soprano
  • Armida : Dominique Labelle, soprano
  • Almirena : Cyndia Sieden, soprano
  • Goffredo : Cécile van de Sant, mezzo-soprano
  • Eustazio : Christophe Dumaux, contre-ténor
  • Argante : Andrew Foster-Williams, basse
  • Mago cristiano / Araldo : Jean-Sébastien Stengel, contre-ténor
  • Sirene : Irmela Brünger, Theresa Nelles, sopranos

Direction : Nicholas McGegan
Orchestre : Concerto Köln
Langue : italien

Particularité :

Captation rare de la production scénique du Festival Händel de Göttingen 2004, l’une des dernières dirigées par Nicholas McGegan comme directeur artistique du festival, publiée hors commerce par la Société Händel de Göttingen. Concerto Köln apporte son mordant et ses couleurs, McGegan son sens du rebond et de l’humour. Diana Moore compose un Rinaldo sombre et viril, Dominique Labelle une Armida de grande classe et Cyndia Sieden une Almirena aux aigus cristallins ; on y retrouve le jeune Christophe Dumaux en Eustazio, rôle qu’il tenait déjà chez Jacobs.

Ottavio Dantone — 2011

Format : DVD / Blu-ray (vidéo).
Label : Opus Arte.
Référence : OA BD7107 D (Blu-ray), parution 2012.
Année d’enregistrement : été 2011, en public, Glyndebourne Festival Opera (mise en scène de Robert Carsen, décors de Gideon Davey, réalisation de François Roussillon).
Distribution :

  • Rinaldo : Sonia Prina, contralto
  • Almirena : Anett Fritsch, soprano
  • Argante : Luca Pisaroni, baryton-basse
  • Armida : Brenda Rae, soprano
  • Goffredo : Varduhi Abrahamyan, mezzo-soprano
  • Eustazio : Tim Mead, contre-ténor
  • Mago cristiano : William Towers, contre-ténor
  • Araldo : Oliver Mercer, ténor
  • Donna : Rhian Lewis, soprano
  • Sirene : Charlotte Beament, Rebecca van den Berg

Direction : Ottavio Dantone (et clavecin)
Orchestre : Orchestra of the Age of Enlightenment
Langue : italien

Particularité :

Robert Carsen transpose l’épopée dans un collège anglais : Rinaldo est un écolier rêveur malmené par ses camarades, qui s’évade dans un fantasme de croisade peuplé de crosses de lacrosse, de vélos volants et d’écolières-sirènes. Une relecture pleine d’humour et de fantaisie, parfaitement réglée. Ottavio Dantone, dirigeant du clavecin comme Händel lui-même, obtient de l’Orchestra of the Age of Enlightenment une lecture vive et nuancée. Sonia Prina est un Rinaldo attachant, Anett Fritsch une Almirena d’une intensité dépouillée, Brenda Rae une Armida explosive et Luca Pisaroni un Argante truculent.

Wolfgang Katschner — 2014

Format : 2 CD (également en DVD).
Label : Arthaus Musik.
Référence : 109380, parution 2019.
Année d’enregistrement : 22-25 mai 2014, en public, théâtre du château de Ludwigsburg (Ludwigsburger Schlossfestspiele ; production avec la Compagnia Marionettistica Carlo Colla & Figli, en coopération avec les Händel-Festspiele de Halle).
Distribution :

  • Rinaldo : Antonio Giovannini, contre-ténor
  • Armida / Donna / Sirena : Gesche Geier, soprano
  • Almirena / Sirena : Marie Friederike Schöder, soprano
  • Argante : Florian Götz, baryton
  • Goffredo : Yosemeh Adjei, contre-ténor
  • Eustazio : Owen Willetts, contre-ténor
  • Mago cristiano : Cornelius Uhle, baryton

Direction : Wolfgang Katschner
Orchestre : Lautten Compagney Berlin
Langue : italien

Particularité :

Production originale et poétique où les chanteurs donnent voix aux célèbres marionnettes milanaises de la compagnie Carlo Colla, qui restituent à merveille la féerie et les machineries de l’opéra baroque. Version resserrée (environ deux heures), portée par l’énergie de la Lautten Compagney et la direction souple de Wolfgang Katschner. Antonio Giovannini est un Rinaldo agile, et la jeune distribution, où certains chanteurs cumulent plusieurs rôles, se montre homogène et engagée.

Fabio Luisi — 2018

Format : 3 CD.
Label : Dynamic.
Référence : CDS 7831.03.
Année d’enregistrement : été 2018, en public, Palazzo Ducale, Martina Franca (44e Festival della Valle d’Itria).
Distribution :

  • Rinaldo : Teresa Iervolino, contralto
  • Armida : Carmela Remigio, soprano
  • Goffredo : Francisco Fernández-Rueda, ténor
  • Almirena : Loriana Castellano, mezzo-soprano
  • Argante : Francesca Ascioti, contralto
  • Eustazio : Dara Savinova, mezzo-soprano
  • Lesbina : Valentina Cardinali, soprano
  • Nesso : Simone Tangolo, baryton-basse
  • Araldo : Dielli Hoxha
  • Donna : Kim-Lillian Strebel
  • Mago : Ana Victória Pitts

Direction : Fabio Luisi
Orchestre : Orchestra La Scintilla (Opernhaus Zürich)
Langue : italien

Particularité :

Première exécution moderne de la version napolitaine de 1718, un pasticcio adapté par Leonardo Leo pour l’anniversaire de l’empereur Charles VI, reconstitué et édité par Giovanni Andrea Sechi à partir du livret, la partition étant perdue. On y découvre un prologue encomiastique, des intermèdes comiques pour les personnages ajoutés de Lesbina et Nesso, des airs nouveaux de Leo et une fin sombre où Armida, enchaînée, marche fièrement vers la mort. Fabio Luisi, plus attendu dans le grand répertoire, dirige l’ensemble baroque de l’Opéra de Zurich avec vigueur. Teresa Iervolino est un Rinaldo au timbre sombre et Carmela Remigio une Armida de caractère. Un document musicologique passionnant.

Ottavio Dantone — 2020

Format : 2 CD.
Label : HDB Sonus.
Référence : HDB Sonus (live recording), parution 2020.
Année d’enregistrement : 11 et 13 janvier 2019, en public, Teatro Sociale de Côme.
Distribution :

  • Rinaldo : Delphine Galou, contralto
  • Almirena : Francesca Aspromonte, soprano
  • Armida : Anna Maria Sarra, soprano
  • Goffredo : Raffaele Pe, contre-ténor
  • Argante : Luigi De Donato, basse
  • Mago cristiano : Federico Benetti, basse
  • Donna : Anna Bessi, mezzo-soprano

Direction : Ottavio Dantone (et clavecin)
Orchestre : Accademia Bizantina
Langue : italien

Particularité :

Neuf ans après Glyndebourne, Ottavio Dantone revient à Rinaldo avec son propre ensemble, dans une édition critique de Bernardo Ticci et une « révision dramaturgique » personnelle qui combine la version de 1711 avec des éléments de la révision de 1731 (sans Eustazio, Goffredo confié à un contre-ténor). Captée en tournée, la lecture est d’une grande verve théâtrale, avec une Accademia Bizantina en pleine forme. Delphine Galou y livre un Rinaldo remarquable de maîtrise et de modulation, Francesca Aspromonte une Almirena pleine d’aplomb, Anna Maria Sarra une Armida vive mais parfois surornementée, et Luigi De Donato un Argante brillant.

Marco Angioloni — 2025

Format : 3 CD.
Label : Glossa.
Référence : GCD 924802, parution janvier 2025.
Année d’enregistrement : studio (date non précisée), version de 1731.
Distribution :

  • Rinaldo : Filippo Mineccia, contre-ténor
  • Armida : Vivica Genaux, mezzo-soprano
  • Almirena : Roberta Mameli, soprano
  • Argante : Logan Lopez Gonzalez, basse
  • Goffredo : Marco Angioloni, ténor
  • Sirena / Donna : Francesca Martini, soprano
  • Araldo / Mago cristiano : Michele Mignoni, basse

Direction : Marco Angioloni
Orchestre : Il Groviglio
Langue : italien

Particularité :

Premier enregistrement de la version révisée de 1731 (HWV 7b), que Händel remania profondément pour la distribution de sa seconde Royal Academy : disparition d’Eustazio, Goffredo devenu ténor, suppression de nombreux effets de machinerie, airs réécrits ou transplantés. Le ténor Marco Angioloni, qui chante lui-même Goffredo tout en dirigeant son ensemble Il Groviglio, défend cette version avec conviction et énergie. Filippo Mineccia enlève avec brio les feux d’artifice vocaux du rôle-titre, et Vivica Genaux, qui fut le Rinaldo de Jacobs vingt ans plus tôt, passe ici du côté d’Armida.

Postérité :

Joué plus de cinquante fois du vivant de Händel, Rinaldo disparut de l’affiche après 1731 mais resta célèbre par quelques pages, notamment « Lascia ch’io pianga », devenue l’un des airs les plus populaires du répertoire baroque, ainsi que la marche et « Cara sposa ». La redécouverte scénique commence à Halle en 1954, puis s’amplifie dans les années 1970-1980 grâce à Marilyn Horne (Houston 1975, Ottawa 1982, Metropolitan Opera 1984, La Fenice 1989), qui imposa l’ouvrage comme un véhicule de virtuosité. Le mouvement baroque en a ensuite multiplié les lectures, de Malgoire à Hogwood et Jacobs, et les mises en scène marquantes (Pier Luigi Pizzi, David Alden à Munich, Robert Carsen à Glyndebourne). Les enregistrements récents des versions de Naples (1718) et de Londres (1731) ont révélé la richesse de la vie scénique de l’ouvrage, reflet des pratiques mouvantes de l’opéra du XVIIIe siècle.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *