Format :
- Dramma pastorale en 3 actes (HWV 8a, version de 1712) ; version révisée de mai 1734 (HWV 8b) ; version de novembre 1734 précédée du prologue-ballet Terpsicore (HWV 8c).
- Musique : Georg Friedrich Händel (1685-1759).
- Livret : Giacomo Rossi, d’après Il pastor fido de Giovanni Battista Guarini (1590).
- Langue : italien.
Création :
22 novembre 1712, Londres, Queen’s Theatre, Haymarket.
Revenu à Londres à l’automne 1712 après un séjour à Hanovre, Händel donne son deuxième opéra londonien, deux ans après le triomphe de Rinaldo. Mais cette pastorale intime, sans machines ni héros guerriers, déçoit : un spectateur note que « la scène ne représentait que l’Arcadie, les costumes étaient vieux, l’opéra court ». L’ouvrage n’eut que sept représentations. La distribution réunissait les castrats Valeriano Pellegrini (Mirtillo) et Valentino Urbani (Silvio), Elisabetta Pilotti-Schiavonetti (Amarilli), Margherita de L’Épine (Eurilla), Jane Barbier (Dorinda) et la basse Richard Leveridge (Tirenio). En 1734, en pleine rivalité avec l’Opera of the Nobility, Händel reprit l’œuvre dans une version profondément remaniée (mai 1734), conçue autour du castrat Giovanni Carestini : il ne conserva que sept airs originaux et puisa les autres dans ses opéras et cantates, avec des chœurs ajoutés. Treize représentations en firent cette fois un succès. Pour la reprise de novembre 1734 au Covent Garden de John Rich, il ajouta un prologue dansé, Terpsicore, écrit pour la célèbre danseuse française Marie Sallé et sa troupe, ainsi que de nouveaux ballets ; le rôle de Silvio fut alors confié au jeune ténor John Beard.
Livret :
Le livret de Giacomo Rossi, déjà auteur de Rinaldo, est une adaptation très resserrée de la tragicomédie pastorale de Guarini, l’un des textes les plus célèbres de la Renaissance italienne, souvent mis en musique (madrigaux de Monteverdi, Marenzio, Wert). Rossi réduit considérablement l’intrigue et le nombre de personnages, en supprimant notamment les figures paternelles (Montano, Titiro, Carino) et le satyre, et en transformant la rusée Corisca en Eurilla. Le prologue Terpsicore de 1734, chanté par Apollon et la muse Erato, fait dialoguer la voix et la danse : la muse de la danse Terpsichore (rôle muet dansé par Marie Sallé) illustre par ses pas les affects évoqués par le chant, dans l’esprit de l’opéra-ballet français.
Intrigue :
- Prologue (Terpsicore, version de novembre 1734) : Sur le Parnasse, Apollon et Erato célèbrent les pouvoirs de la musique et invitent Terpsichore à exprimer par la danse les passions humaines — l’amour, la jalousie, la fureur, la joie —, avant d’introduire le drame pastoral.
- Acte I : En Arcadie, une malédiction de Diane exige chaque année le sacrifice d’une vierge ; un oracle annonce qu’elle ne sera levée que par l’union de deux descendants de race divine. Amarilli est donc promise au chasseur Silvio, qui ne se soucie que de la chasse et reste insensible à l’amour que lui porte Dorinda. Le berger Mirtillo aime Amarilli, qui l’aime en retour mais doit le repousser par devoir. La rusée Eurilla, éprise de Mirtillo, décide de perdre sa rivale.
- Acte II : Eurilla attire Amarilli dans une grotte en lui faisant croire à un rendez-vous, puis y envoie Mirtillo, afin que les deux jeunes gens soient surpris ensemble et qu’Amarilli, accusée d’infidélité à son fiancé, soit condamnée. Pendant ce temps, Silvio, chassant, blesse par mégarde d’une flèche Dorinda cachée dans les fourrés ; bouleversé par ce qu’il a fait, il découvre enfin l’amour qu’il lui porte.
- Acte III : Amarilli, jugée coupable, est condamnée à mort ; Mirtillo offre de mourir à sa place. Le grand prêtre Tirenio révèle alors que Mirtillo est lui aussi de descendance divine : l’oracle se trouve accompli par l’union de Mirtillo et d’Amarilli, qui met fin à la malédiction et abolit les sacrifices. Eurilla avoue sa ruse et obtient le pardon ; Silvio épouse Dorinda, et l’Arcadie célèbre le double mariage.
Enregistrement(s) :

Ennio Gerelli — 1961
Format : 2 CD (à l’origine 2 LP Cetra).
Label : Cetra / Warner Fonit (« Cetra Opera Collection »).
Référence : Cetra LPC 1265 (LP) ; Warner Fonit 5050466-3302-2-2 (CD, 2003).
Année d’enregistrement : 1961, studio, Milan (mono).
Version : 1712 (HWV 8a), avec coupures.
Distribution :
- Mirtillo : Dora Gatta, soprano
- Amarilli : Cecilia Fusco, soprano
- Eurilla : Irma Bozzi Lucca, soprano
- Silvio : Anna Reynolds, mezzo-soprano
- Dorinda : Rena Garazioti, mezzo-soprano
- Tirenio : Renato Miville, basse
Direction : Ennio Gerelli
Orchestre : Orchestra e Coro da Camera di Milano ; Quartetto di Milano
Langue : italien
Particularité :
Premier enregistrement quasi intégral de l’opéra, réalisé par Ennio Gerelli, pionnier italien de la redécouverte du baroque vocal. Sur instruments modernes et dans le style de l’époque, avec coupures et une prise de son mono datée, cette version garde un vrai charme pastoral et une belle fraîcheur vocale ; on y remarque la jeune Anna Reynolds, future grande mezzo wagnérienne et händélienne, en Silvio. Un document historique précieux pour une œuvre alors totalement oubliée.

Nicholas McGegan — 1993
Format : 1 CD.
Label : Hungaroton Classic.
Référence : HCD 31193, ℗ 1993 (couplage : musique orchestrale d’Alcina et ballets d’Ariodante sous la direction de Pál Németh).
Année d’enregistrement : studio, Hongrie (parution 1993).
Version : prologue Terpsicore (1734).
Distribution :
- Erato : Katalin Farkas, soprano
- Apollo : Derek Lee Ragin, contre-ténor
Direction : Nicholas McGegan
Orchestre : Capella Savaria (sur instruments d’époque) ; chœur de chambre (chef de chœur : Mátyás Antal)
Langue : italien
Particularité :
Rare enregistrement séparé de Terpsicore, le prologue-ballet de novembre 1734, qui complète idéalement l’intégrale de la version révisée par les mêmes interprètes. Ce petit divertissement d’une vingtaine de numéros, alternant airs, chœurs et danses, révèle l’influence de la danse française sur le Händel des années 1730, à l’époque d’Ariodante et d’Alcina, eux aussi écrits pour Marie Sallé. McGegan et la Capella Savaria en donnent une lecture souple et dansante ; Derek Lee Ragin, alors jeune contre-ténor en pleine ascension, prête à Apollon un timbre lumineux, et Katalin Farkas une Erato élégante.

Nicholas McGegan — 1994
Format : 2 CD (à l’origine 3 LP).
Label : Hungaroton Classic (Antiqua).
Référence : HCD 12912-13 (LP : SLPD 12912-14).
Année d’enregistrement : 1988, studio, Hongrie.
Version : version révisée de 1734 (HWV 8c).
Distribution :
- Mirtillo : Paul Esswood, contre-ténor
- Amarilli : Katalin Farkas, soprano
- Eurilla : Mária Flohr, soprano
- Silvio : Gábor Kállay, ténor
- Dorinda : Márta Lukin, mezzo-soprano
- Tirenio : József Gregor, basse
- Une bergère : Zita Börcsök, soprano
Direction : Nicholas McGegan
Orchestre : Capella Savaria ; Savaria Vocal Ensemble
Langue : italien
Particularité :
Premier enregistrement sur instruments d’époque, consacré à la version révisée de 1734, plus riche et plus variée que l’original, avec ses chœurs, ses ballets et ses airs empruntés à d’autres partitions. Pionnier de la renaissance händélienne en Hongrie avec la Capella Savaria, Nicholas McGegan y déploie son sens du rythme et de la couleur pastorale. Paul Esswood, l’un des contre-ténors fondateurs du mouvement baroque, succède ici à Carestini dans le rôle de Mirtillo ; il est entouré d’une solide troupe hongroise, dont József Gregor, basse truculente, en Tirenio et Gábor Kállay dans le Silvio ténor créé par John Beard.

David Bates — 2012
Format : 2 CD.
Label : harmonia mundi USA.
Référence : HMU 907585.86, parution 2012.
Année d’enregistrement : août 2010, Temple Church, Londres.
Version : version originale de 1712 (HWV 8a), intégrale.
Distribution :
- Amarilli : Lucy Crowe, soprano
- Mirtillo : Anna Dennis, soprano
- Eurilla : Katherine Manley, soprano
- Dorinda : Madeleine Shaw, mezzo-soprano
- Silvio : Clint van der Linde, contre-ténor
- Tirenio : Lisandro Abadie, baryton-basse
Direction : David Bates
Orchestre : La Nuova Musica
Langue : italien
Particularité :
Premier enregistrement intégral de la version originale de 1712, sur instruments d’époque, par le jeune ensemble britannique fondé par David Bates. Distribution anglaise de grande qualité, où brillent l’Amarilli radieuse de Lucy Crowe et la Dorinda sensible de Madeleine Shaw, ainsi que le duo final de l’acte III. La critique a salué la qualité des voix mais s’est montrée partagée sur une direction jugée parfois retenue, aux tempi mesurés, avec des récitatifs manquant de liberté et des ornementations très abondantes dans les da capo. Un document important qui rend justice à la délicatesse de la partition originale.
Postérité :
Longtemps éclipsé par Rinaldo, Il pastor fido est resté l’un des opéras les moins connus de Händel, desservi par l’échec de 1712 et par la coexistence de plusieurs versions très différentes. La pastorale réapparaît pourtant dès les années 1950 au disque (version abrégée de Lehman Engel en 1953), puis connaît quelques reprises scéniques à la faveur du renouveau baroque, notamment au London Handel Festival (2012) et le Festival Händel de Halle (2019). Son charme intimiste, la fraîcheur de ses airs pastoraux et la richesse de la version de 1734 avec le ballet de Terpsicore, témoignage unique de la collaboration de Händel avec Marie Sallé, lui valent aujourd’hui un regain d’intérêt.

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