Format :
- Tragedia avec prologue et huit scènes (sous-titrée « opéra perdu de Monteverdi, en huit scènes, composé à nouveau »), op. 58.
- Musique : Alexander Goehr (1994-1995), qui « recompose » l’Arianna perdue de Monteverdi.
- Livret : Ottavio Rinuccini (1608), texte original de l’opéra de Monteverdi.
- Langue : italien.
Création :
15 septembre 1995, Royal Opera House, Covent Garden, Londres.
Le texte de Rinuccini avait été mis en musique par Monteverdi pour les fêtes d’un mariage princier à Mantoue, le 28 mai 1608. De cette partition, seul le célèbre Lamento d’Arianna nous est parvenu ; le reste a disparu sans laisser de trace. En 1993, Goehr, grand admirateur de Monteverdi, décide de « recomposer » l’opéra perdu en restant fidèle à « l’esprit de Monteverdi », en intégrant la ligne vocale du Lamento conservé mais dans son propre langage musical. Il ne s’agit donc pas d’une nouvelle version de l’histoire (comme l’Ariane à Naxos de Strauss) mais d’une nouvelle mise en musique d’un texte ancien.
Livret :
Poète florentin (1562-1621), contemporain de Marlowe et de Shakespeare, Ottavio Rinuccini respecte scrupuleusement les unités de lieu et de temps : toute l’action se déroule sur le rivage de Naxos, de l’après-midi d’un jour à midi du lendemain. Les acteurs sont limités à deux ou trois par scène, la violence est bannie de la scène au profit de récits de messagers, et un chœur, dont les interventions occupent plus d’un quart du texte, commente l’action. Environ deux tiers du drame préparent le moment du lamento, promis par le prologue original.
Intrigue :
- Scène 1 : Vénus et son fils Cupidon voient revenir Thésée, vainqueur du Minotaure, avec Ariane, la princesse crétoise qui l’a aidé à s’échapper du labyrinthe. Vénus annonce que Thésée abandonnera Ariane et que Bacchus arrivera le lendemain ; Cupidon promet de faire naître un amour partagé entre Bacchus et Ariane.
- Scène 2 : Thésée invite ses soldats au repos. Ariane, tourmentée par des pressentiments et par le remords d’avoir trahi ses parents et sa patrie, prend congé de son passé ; le couple se retire dans la cabane d’un pêcheur.
- Scène 3 : Thésée revient de nuit, honteux d’avoir pu songer à abandonner Ariane, mais son Conseiller l’exhorte à préférer la réputation à la passion. Un Héraut annonce que les navires sont prêts et Thésée part ; un chœur de pêcheurs médite sur les devoirs des rois, puis chante l’aube.
- Scène 4 : À l’aube, Ariane, angoissée de ne pas trouver Thésée, est rassurée par son hôtesse Dorilla, qui interroge les pêcheurs. Espérant encore, elle se dirige vers le rivage ; les pêcheurs devinent que Thésée a cédé à la raison d’État.
- Scène 5 : Le Premier Messager décrit au chœur la fuite silencieuse de Thésée, la course d’Ariane sur le rivage, ses reproches et sa tentative de noyade, avant qu’elle ne soit tirée de l’eau par des pêcheurs.
- Scène 6 : Ariane paraît et exhale sa douleur dans le grand Lamento (« Lasciatemi morire »), passant du désespoir aux reproches, à la colère, au remords puis à l’aspiration à la mort. Dorilla la réconforte, des trompettes annoncent des navires ; les pêcheurs chantent Orphée et Alceste.
- Scène 7 : Le Second Messager révèle que les navires appartiennent à Bacchus, qui a rencontré Ariane, s’est épris d’elle et a obtenu sa main. Cupidon vient sceller l’union.
- Scène 8 : Les soldats de Bacchus célèbrent les amants. Vénus surgit de la mer, Jupiter convoque les époux parmi les dieux, et Bacchus promet à Ariane une place parmi les étoiles.
Enregistrement :

William Lacey — 1996
Format : 2 CD (enregistrement en public).
Label : NMC Recordings
Référence : NMC D054
Année d’enregistrement : 4, 5 et 7 octobre 1996, West Road Concert Hall, Cambridge.
Distribution :
- Arianna : Ruby Philogene, soprano
- Vénus et Dorilla : Angela Hickey, mezzo-soprano
- Cupidon : Juliet Schiemann
- Bacchus : Lawrence Zazzo, contre-ténor
- Jupiter et Premier Messager : Timothy Dawkins
- Thésée : Philip Sheffield, ténor
- Le Conseiller : Jeremy Huw Williams, baryton
- Le Héraut : Andrew Hewitt
- Second Messager : Stephen Rooke
- Chœur (soldats de Thésée, pêcheurs, soldats de Bacchus) : Lawrence Zazzo, Stephen Rooke, Philip Sheffield, Andrew Hewitt, Jeremy Huw Williams, Timothy Dawkins
Direction : William Lacey (assistants musicaux : Huw Watkins, Daniel Becker)
Orchestre : The Arianna Ensemble (violons, alto, flûtes et flûtes à bec, saxophone soprano, clarinettes, bassons, trombones, guitare, harpe, sampler, percussions)
Langue : italien
Particularité :
Enregistrement en public de cette « recomposition », réalisé à Cambridge plus d’un an après la création londonienne. Comme Monteverdi, Goehr s’en tient à un ensemble restreint, sans doublure des parties, sans violoncelle ni contrebasse : les sinfonie et un ritornello dansant, régulièrement repris, rappellent l’Orfeo, tandis que harpe, guitare et percussions apportent des touches « pointillistes » et que les vents ou les trombones fournissent des accords plus denses. La partition alterne un arioso très proche de Monteverdi, dont le chœur polyphonique de solistes s’inspire des madrigaux, et des harmonies modales teintées de Messiaen ; dans la scène 6, le Lamento original, transformé par la composition, approche l’univers de Schoenberg. Bacchus est confié à un contre-ténor, Lawrence Zazzo.
Postérité :
Arianna reste l’un des quatre opéras de Goehr, aux côtés d’Arden Must Die (Hambourg, 1967) et de Behold the Sun (Deutsche Oper, 1985), et forme avec Kantan et Damask Drum un ensemble présenté au Theater Dortmund en septembre 1999. Le compositeur, fils du chef d’orchestre Walter Goehr, né à Berlin en 1932 et professeur à Cambridge, a longtemps cherché, dans la lignée de Monteverdi, un geste musical à la fois sensuel et physique. Ses commentateurs rapprochent Arianna de sa cantate The Death of Moses comme deux « reconstructions » délibérées, volontairement « inauthentiques », de la manière monteverdienne. La partition est publiée chez Schott.

Laisser un commentaire