Format :
- Drame lyrique en 4 actes (le quatrième en deux tableaux).
- Musique : Benjamin Godard.
- Livret : Édouard Blau.
- Langue : français.
Création :
13 mai 1890, Paris, Théâtre du Châtelet, par la troupe de l’Opéra-Comique.
Godard, alors au faîte de sa notoriété de compositeur prolifique (Le Tasse, Jocelyn), dédie la partition à Ambroise Thomas. La création réunit Cécile Simonnet (Béatrice), Étienne Gilbert (Dante), Paul Lhérie (Bardi), Jeanne-Eugénie Nardi (Gemma) et Taskin (Virgile). Le public réserve un accueil plutôt favorable à l’ouvrage, mais la presse, sévère, lui reproche notamment de ne pas répondre aux critères wagnériens du moment et se moque de la mise en scène des scènes infernales, exécutées « à rideau fermé » faute de moyens techniques. L’œuvre est donnée onze fois.
Livret :
Édouard Blau, collaborateur régulier de Massenet (Le Cid, Werther), prend de grandes libertés avec la biographie du poète florentin. Il s’inspire de Boccace et de la Vita nova pour les épisodes romancés de la vie de Dante (la guerre des Guelfes et des Gibelins, l’amour pour Béatrice, l’exil) et réduit la Divine Comédie à un « Rêve de Dante » qui occupe la fin du troisième acte, avec les visions de l’Enfer (Ugolin, Paolo et Francesca) et du Ciel.
Intrigue :
- Acte I : Sur une place publique de Florence, déchirée par la guerre entre Guelfes et Gibelins, Simone Bardi confie à son ami Dante qu’il va épouser la belle Béatrice, que le poète aime secrètement. Béatrice avoue à sa confidente Gemma sa tendresse pour Dante. Le Collège du peuple nomme Dante chef suprême de la ville ; il s’apprête à refuser cet honneur, mais Béatrice lui redonne confiance : « Pour être aimé, fais ton devoir ! ».
- Acte II : Dans une salle du palais des Seigneurs, Bardi fulmine contre Dante. Gemma vient lui demander de renoncer à Béatrice, puis avoue qu’elle-même l’aime sans retour. Béatrice, cachée derrière une tapisserie, a tout entendu ; elle se résout à renoncer à Dante, mais se laisse vaincre par l’émotion lorsqu’il paraît. Charles de Valois est entré dans Florence : Dante est proscrit et Bardi condamne Béatrice au couvent.
- Acte III : Sur le mont Pausilippe, près du tombeau de Virgile, des paysans dansent et des écoliers honorent le poète latin. Dante, épuisé, implore Virgile de lui dicter le poème idéal et s’endort. Virgile sort du tombeau et lui fait voir en rêve l’Enfer (Ugolin, Paolo et Francesca), puis le Paradis, où Béatrice lui promet l’union des deux amants.
- Acte IV : Premier tableau : réveillé par des chants de pâtres, Dante est décidé à retrouver Béatrice ; Bardi, rongé de remords, lui propose de l’emmener à Naples, où elle est enfermée, et Dante lui pardonne. Second tableau : dans le jardin d’un couvent, à Naples, Béatrice, épuisée, reçoit la visite de Dante et de Bardi, s’enivre une dernière fois de leurs paroles d’amour, puis expire. Désespéré, Dante décide de la chanter pour l’immortaliser.
Enregistrement :

Ulf Schirmer — 2017
Format : 2 CD + livre (premier enregistrement mondial).
Label : Palazzetto Bru Zane (collection « Opéra français »)
Référence : ES 1029 (ES10298RSK)
Année d’enregistrement : 29 et 31 janvier 2016, Prinzregententheater, Munich (publié en 2017).
Distribution :
- Dante : Edgaras Montvidas, ténor
- Béatrice : Véronique Gens, soprano
- Bardi : Jean-François Lapointe, baryton
- Gemma : Rachel Frenkel, mezzo-soprano
- L’Ombre de Virgile / Un Vieillard : Andrew Foster-Williams, basse-baryton
- L’Écolier : Diana Axentii, mezzo-soprano
- Un Héraut d’armes : Andrew Lepri Meyer, ténor
Direction : Ulf Schirmer ; chef de chœur : Stellario Fagone
Orchestre : Münchner Rundfunkorchester ; Chor des Bayerischen Rundfunks
Langue : français
Particularité :
Premier enregistrement mondial de l’ouvrage, publié en livre-disque par le Palazzetto Bru Zane, dont la partition a été rééditée sous la direction de Sébastien Troester. Le livret comprend notamment des essais de Gérard Condé, Hélène Cao et Pierre Sérié, ainsi que le synopsis et le livret complet. La critique salue Véronique Gens, qui « se surpasse » en Béatrice par la clarté de sa diction et la beauté de son timbre, et Edgaras Montvidas, un Dante tout en retenue et en nuances, à la diction française impeccable. Rachel Frenkel séduit par son registre grave et Jean-François Lapointe se montre honorable malgré un rôle peu gratifiant ; le duo de l’acte II entre les deux amants est l’un des sommets de l’enregistrement. Ulf Schirmer soutient la partition avec passion à la tête de l’orchestre de la Radio bavaroise, et le chœur brille surtout dans les visions infernales et célestes de l’acte III.
Postérité :
Après ses onze représentations de 1890, Dante n’est plus donné sur scène pendant cent trente ans. Godard, disparu prématurément en 1895, reste un musicien de la « ligne claire », héritier de Gounod, réfractaire au wagnérisme et fidèle à la mélodie, dont la réputation a pâti d’une production jugée trop abondante. La résurrection de l’œuvre passe par le concert de 2016 à l’Opéra royal du Château de Versailles avec l’orchestre de la Radio de Munich, puis par l’enregistrement du Palazzetto Bru Zane. Elle est enfin remontée sur scène en 2019 à l’Opéra de Saint-Étienne, dans une production de Mihhail Gerts.

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