Format :
- Tragédie lyrique en 4 actes.
- Musique : François-Joseph Gossec.
- Livret : Philippe Quinault, revu par Étienne Morel de Chédeville.
- Langue : français.
Création :
26 février 1782, Académie royale de musique, Paris (nouvelle salle de la porte Saint-Martin).
Commandé vers 1778 par le directeur Devismes, qui souhaitait faire entendre en parallèle du Thésée de Lully une version « moderne » du même livret, l’ouvrage est achevé et répété, mais jamais donné : Gossec, tenu écarté de la scène lyrique depuis l’échec de Sabinus (1774), se plaint publiquement de l’emprise de Gluck sur l’Opéra. Il faut attendre quatre ans et deux changements de direction pour que l’œuvre soit enfin présentée, sous la direction d’Antoine Dauvergne, dont Gossec est devenu l’adjoint. La distribution réunit Mlle Saint-Huberty (Églé), Mlle Duplant (Médée), Legros (Thésée) et Larrivée (Égée). La création est un beau succès, mais l’ouvrage ne compte que quinze représentations.
Livret :
Le poème de Quinault, écrit pour Lully un siècle plus tôt, est retouché par Morel de Chédeville selon une pratique alors courante : on rajeunit les anciens livrets de Quinault pour les remettre en musique. L’action est resserrée en quatre actes, le prologue disparaît, ainsi que l’intrigue secondaire des amours comiques de Cléone et Arcas. Gossec conserve toutefois tel quel, par clin d’œil à Lully, l’air du roi « Faites grâce à mon âge ».
Intrigue :
- Acte I : Devant le temple de Minerve, à Athènes, assaillie par des mutins et des peuples ennemis, la princesse Églé implore la déesse d’épargner le roi Égée, son sauveur. Égée l’emporte, ordonne des sacrifices d’action de grâces et avoue à Églé son amour : il voudrait l’épouser au lieu de Médée, à qui il a promis sa main. Églé le repousse avec fermeté.
- Acte II : Médée, tourmentée par l’amour, confie à sa suivante Dorine qu’elle aime Thésée, vainqueur des mutins, qu’Égée ignore être son fils. Le peuple veut faire de Thésée l’héritier du trône ; Thésée avoue à Médée que c’est Églé qu’il aime. Furieuse, Médée feint de favoriser leur union et laisse éclater son dépit.
- Acte III : Médée obtient d’Églé l’aveu de son amour pour Thésée, se révèle sa rivale et, pour lui donner un aperçu de son pouvoir, change le palais en solitude infernale d’où sortent démons et furies. Elle contraint Églé, sous la menace de tuer Thésée, à feindre l’indifférence. Thésée, désespéré, obtient l’aveu de la manipulation ; les amants se jurent un amour éternel, mais Médée a tout entendu et promet à part de terribles forfaits.
- Acte IV : Médée veut faire tuer Thésée par son propre père : elle remet à Égée un vase empoisonné destiné au héros. Au moment où le vase est remis, Égée hésite ; Églé, soupçonnant le crime, révèle que Thésée est le fils du roi. Médée s’enfuit, puis reparaît sur son char pour détruire le palais, mais Minerve descend des cieux et la chasse pour toujours. Les Athéniens célèbrent la paix retrouvée.
Enregistrement :

Guy Van Waas — 2013
Format : 2 CD + livre (premier enregistrement).
Label : Ricercar (Outhere), en collaboration avec le Palazzetto Bru Zane
Référence : RIC 337
Année d’enregistrement : novembre 2012, Salle philharmonique, Liège (publié en 2013).
Distribution :
- Thésée : Frédéric Antoun, ténor
- Églé : Virginie Pochon, soprano
- Médée : Jennifer Borghi, mezzo-soprano
- Égée : Tassis Christoyannis, baryton
- La Grande Prêtresse / Minerve : Katia Velletaz, soprano
- Dorine / 1re Prêtresse : Caroline Weynants, soprano
- 2e Prêtresse : Aurélie Franck, soprano
- 3e Prêtresse : Bénédicte Fadeux, mezzo-soprano
- Cléone / Une Vieille : Mélodie Ruvio, mezzo-soprano
- Arcas / 2e Vieillard : Philippe Favette, basse
- 1er Vieillard / 2e Suivant du roi : Thibaut Lenaerts, ténor
- Un Coryphée / 1er Suivant du roi : Renaud Tripathi, ténor
Direction : Guy Van Waas
Orchestre : Les Agrémens (premier violon : Julien Chauvin) ; Chœur de Chambre de Namur (chef de chœur : Thibaut Lenaerts)
Langue : français
Particularité :
Premier enregistrement de la tragédie lyrique de Gossec, publié en livre-disque avec une édition de la partition due à Yoshie Sakate pour le Centre de musique baroque de Versailles. Guy Van Waas dirige sur instruments d’époque Les Agrémens et le Chœur de Chambre de Namur, dont plusieurs membres tiennent les rôles secondaires. Il donne toute sa place à une partition atypique : ouverture évoquant les combats qui ouvrent l’acte I, danses et pantomimes, chœur des démons de l’acte III très remarqué dès la création, et surtout une Médée aux registres variés, tour à tour poétique et furieuse.
Postérité :
Comme Sabinus, Thésée suscite à la création une certaine indifférence, avant que le Mercure de France ne constate que le mérite de l’ouvrage est « de jour en jour mieux senti ». Relevant à la fois de la dramaturgie réformée de Gluck, des structures à l’italienne acclimatées par Piccinni et de la grande déclamation à la française, la partition n’affiche aucune filiation précise, et compte parmi les plus originales composées à Paris entre l’Iphigénie en Aulide de Gluck et La Vestale de Spontini. Avec Sabinus (1773), c’est l’un des deux chefs-d’œuvre lyriques de Gossec, longtemps connu surtout comme « père de la symphonie » et « chantre de la Révolution ».

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