Note personnelle : ,

Franck, César — Hulda (1894)

Format :

  • Opéra (« légende scandinave ») en cinq actes dans sa version originale (1879-1885) ; réduit à quatre actes suivis d’un épilogue lors de sa création posthume de 1894 (édition Choudens).
  • Musique : César Franck
  • Livret : Charles Grandmougin, d’après le drame Halte-Hulda (1858) de Bjørnstjerne Bjørnson
  • Langue : français

Création :

César Franck acheva la partition de Hulda le 15 février 1885, après six années de travail. L’ouvrage, refusé par l’Opéra et l’Opéra-Comique de Paris puis par le Théâtre de la Monnaie à Bruxelles, ne fut jamais monté du vivant du compositeur, mort en 1890 sans avoir entendu la moindre note de ses deux opéras sur scène. C’est grâce à la ténacité de son fils aîné que Hulda connut finalement sa création, à titre posthume, le 3 mars 1894 au Théâtre de Monte-Carlo, sous la direction de Léon Jehin et dans une mise en scène de Raoul Gunsbourg, avec Blanche Deschamps-Jehin dans le rôle-titre. Pour cette occasion, la partition fut réduite de cinq à quatre actes et amputée de plusieurs passages, dont le contexte religieux original fut par ailleurs atténué. Servie par de belles voix, cette création remporta un succès public sans dissiper les réserves de la critique sur la valeur dramatique de l’ouvrage ; des reprises de cette même version abrégée suivirent à Toulouse et à La Haye (1895) puis à Nantes (1899), avant que l’opéra ne retombe dans un oubli quasi total, seulement troublé par une exécution partielle donnée pour le centenaire de Franck en 1922 et deux représentations universitaires incomplètes (Reading, 1979 ; Londres, 1994). Il fallut attendre 2019 pour que la partition originale en cinq actes, restituée d’après le manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de France, soit entendue pour la première fois telle que Franck l’avait conçue.

Livret :

Charles Grandmougin — poète comtois également auteur des paroles de La Vierge de Massenet et du Tasse de Benjamin Godard — tire son livret du drame norvégien Halte-Hulda (1858) de Bjørnstjerne Bjørnson, sombre légende de vengeance inspirée des sagas scandinaves. Pour son adaptation, Grandmougin recule l’action du XIIIe au XIe siècle, à l’époque de la christianisation de la Norvège, et invente le personnage de la mère de Hulda, absent de la pièce originale, effaçant du même coup une partie de l’ambiguïté religieuse du drame de Bjørnson. Cette réécriture, dont on a pu regretter la médiocrité stylistique et le remaniement de la figure de l’héroïne, n’en fournit pas moins à Franck la matière d’une tragédie violente et fataliste, dominée par la vengeance, la passion et la mort.

Intrigue :

  • Acte I. Devant la demeure du chef Hustawick, en Norvège. Hulda et sa mère attendent le retour des hommes partis chasser en montagne, redoutant la vengeance du clan rival des Aslak. Un cor résonne au loin : les guerriers d’Aslak, menés par leur fils aîné Gudleik, ont massacré Hustawick et ses fils. Faite prisonnière, Hulda jure de venger les siens.
  • Acte II. Plusieurs années plus tard, toujours captive chez les Aslak, Hulda a été contrainte d’épouser Gudleik. Un double mariage se prépare : Thordis doit épouser un frère de Gudleik tandis que Swanhilde, délaissée par son fiancé Eiolf, assiste amèrement aux réjouissances. Les rivalités entre frères éclatent, et un simulacre de combat organisé pour la fête dégénère en un duel réel où Eiolf tue Gudleik.
  • Acte III. Sur une terrasse du palais, Gudrun révèle à son mari Aslak la liaison naissante entre Hulda et Eiolf, le meurtrier de leur fils. Résolu à faire périr Eiolf, Aslak frappe dans l’obscurité et tue par méprise son propre fils Arne. Hulda, qui voyait d’abord en Eiolf un instrument de sa vengeance, cède à une passion sincère malgré sa jalousie envers Swanhilde ; les deux amants se retrouvent et décident de fuir ensemble en Islande.
  • Acte IV. En marge d’une grande fête donnée dans le parc du palais royal, où un ballet allégorique célèbre le triomphe du Printemps sur l’Hiver, Thordis ménage une entrevue entre les anciens fiancés Swanhilde et Eiolf. Swanhilde lui rappelle leur passé commun ; ses réserves fondent et il renoue avec elle ses serments d’amour. Hulda, témoin caché de la scène, sombre dans une haine dévorante et s’assure le soutien des frères survivants de Gudleik pour tendre un piège à Eiolf.
  • Acte V (Épilogue dans la version de 1894). Sur une falaise dominant la mer, Eiolf, venu faire ses adieux à Hulda, tombe dans le guet-apens tendu par les frères d’Aslak et y trouve la mort ; ses propres guerriers, arrivés trop tard pour le sauver, mettent en fuite les meurtriers. Hulda, sa vengeance enfin assouvie mais désormais seule et anéantie par la mort de celui qu’elle aimait, se jette dans les flots pour y trouver la paix.

Enregistrement(s) :

Franck, Hulda - Bollon, Naxos

Fabrice Bollon — 2021

Hulda : Meagan Miller (soprano)
Eiolf : Joshua Kohl (ténor)
Swanhilde : Irina Jae Eun Park (soprano)
Mère de Hulda : Anja Jung (contralto)
Gudrun : Katerina Hebelková (mezzo-soprano)
Aslak : Jin Seok Lee (basse)
Arne : Jongsoo Yang (basse)
Eyric : Roberto Gionfriddo (ténor)
Eynar : Junbum Lee (ténor)
Thrond : Seonghwan Koo (baryton)
Gunnard : John Carpenter (baryton)
Halgerde : Inga Schäfer (mezzo-soprano)
Le Héraut : Mateo Peñaloza Cecconi (baryton)
Gudleik : Juan Orozco (baryton)
Thordis : Katharina Ruckgaber (soprano)
Chœurs : Opernchor et Extrachor du Theater Freiburg (chef de chœur : Norbert Kleinschmidt)
Orchestre : Philharmonisches Orchester Freiburg
Direction musicale : Fabrice Bollon
Label : Naxos (enregistré du 1er au 3, les 10 et 12 juillet ainsi que le 21 octobre 2019, Rolf-Böhme-Saal, Konzerthaus Freiburg)

Particularité : premier enregistrement mondial de Hulda, restituant pour la première fois la version originale en cinq actes telle que Franck l’avait achevée en 1885, d’après le manuscrit de la Bibliothèque nationale de France — y compris des scènes coupées dans l’édition publiée et jamais jouées jusqu’alors, comme celle où Aslak tue par erreur son propre fils Arne.

Franck, Hulda - Madaras, Palazzetto Bru Zane

Gergely Madaras — 2023

Hulda : Jennifer Holloway
Eiolf : Edgaras Montvidas
Swanhilde : Judith van Wanroij
Mère de Hulda / Halgerde : Marie Gautrot
Gudrun : Véronique Gens
Aslak : Christian Helmer
Arne / Un Héraut : Matthieu Toulouse
Eyric : Artavazd Sargsyan
Eynar : Sébastien Droy
Thrond : Guilhem Worms
Gunnar : François Rougier
Gudleik : Matthieu Lécroart
Thördis : Ludivine Gombert
Chœur : Chœur de Chambre de Namur (chef de chœur : Thibaut Lenaerts)
Orchestre : Orchestre Philharmonique Royal de Liège
Direction musicale : Gergely Madaras
Label : Palazzetto Bru Zane (enregistré au Namur Concert Hall le 17 mai 2022 et à la Salle Philharmonique de Liège du 18 au 20 mai 2022)

Particularité : publié pour le bicentenaire de la naissance de Franck (2022), cet enregistrement documente la version donnée lors de la création de l’ouvrage : l’édition Choudens en quatre actes et un épilogue créée à Monte-Carlo en 1894, distincte de la version originale en cinq actes restituée par Fabrice Bollon.

Postérité :

Longtemps considéré, faute d’avoir été créé du vivant de son auteur, comme un ouvrage de jeunesse mineur dans le catalogue de Franck, Hulda a bénéficié d’une réévaluation musicologique tardive : Joël-Marie Fauquet la décrit comme « une partition de haut vol, débordante d’invention, d’une force d’évocation prenante, d’une qualité lyrique de premier ordre ». Le bicentenaire de la naissance du compositeur, célébré en 2022, a suscité un double mouvement de redécouverte discographique : d’un côté, le Palazzetto Bru Zane a fait revivre en 2023, avec l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège et le Chœur de Chambre de Namur sous la direction de Gergely Madaras, la version de la création monégasque de 1894 ; de l’autre, dès 2019, Fabrice Bollon et les forces du Theater Freiburg avaient donné pour Naxos le premier enregistrement mondial de la partition originale en cinq actes, restaurant l’œuvre telle que Franck l’avait conçue avant les coupures imposées par sa création posthume. Réunis, ces deux enregistrements permettent pour la première fois de comparer la conception initiale du compositeur à la version qu’entendit le public de 1894.

 

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