Note personnelle : ,

Foroni, Jacopo — Cristina Regina di Svezia (1849)

Format :

  • Dramme historique et lyrique (« dramma storico-lirico ») en trois actes et cinq parties.
  • Musique : Jacopo Foroni
  • Livret : Giovanni Carlo Casanova
  • Édition critique : Anders Wiklund
  • Langue : italien

Création :

19 mai 1849, Mindre Teatern, Stockholm (version dite « de Stockholm », celle enregistrée ici).
1849 est une année remarquable pour la vie musicale suédoise : c’est celle où le jeune chef d’orchestre milanais Jacopo Foroni, arrivé à Stockholm en décembre 1848 dans les bagages de la troupe italienne de Vincenzo Galli, prend la direction musicale de la compagnie après le départ de Paolo Sperati. Alors qu’il dirige au Mindre Teatern un répertoire italien contemporain (Donizetti, Bellini, Rossini, Verdi), Foroni compose, dès janvier 1849, un opéra sur la reine Christine de Suède : geste de bienvenue envers son nouveau public, mais aussi hommage à une souveraine qui avait abdiqué, s’était convertie au catholicisme et avait quitté sa patrie pour l’Italie. La partition est dédiée au roi Oscar Ier et le livret à la reine mère Désirée. Présent à la création, Hans Christian Andersen en fit dans son autobiographie un compte rendu enthousiaste. L’ouvrage fut repris avec des remaniements au Teatro Grande de Trieste en 1850, mais ne s’imposa jamais durablement au répertoire italien et disparut rapidement des scènes ; il ne connut sa première exécution des temps modernes qu’en 2007, en version de concert, à l’Académie internationale de Vadstena, dont est issue la présente édition.

Livret :

Casanova ne retient pas, comme cause de l’abdication de la reine Christine, sa conversion au catholicisme mais, dans le goût romanesque du XIXe siècle, une double intrigue amoureuse : l’amour de la reine pour son favori Magnus Gabriel de la Gardie, auquel elle interdit d’épouser Maria Euphrosyne qu’il aime en secret, et celui, non partagé, du futur roi Charles X Gustave pour Christina elle-même. Le drame se déploie en cinq tableaux — Amour, Mariage, La conjuration, Désillusion, L’abdication —, répartis en trois actes, qui mènent la reine de la cour triomphante jusqu’au renoncement au trône.

Intrigue :

  • Acte I – Amour (Parte prima) : À la cour de Stockholm, le peuple et les grands du royaume, dont le chancelier Axel Oxenstierna, rendent hommage à la reine Christine. Maria Euphrosyne, secrètement éprise de Magnus Gabriel de la Gardie, favori de la reine, échange avec lui un duo amoureux.
  • Acte I – Mariage (Parte seconda) : Un chœur annonce l’approche du finale du premier acte : la reine, en proie au trouble, refuse qu’on la contraigne à un mariage de raison et interdit à Maria et à Gabriele de s’unir, provoquant la consternation générale.
  • Acte II – La conjuration (Parte terza) : Le prince Charles Gustave, futur roi, chante sa nostalgie de la patrie dans une romance introduite par le chant d’un pêcheur. Pendant ce temps, Arnold Messenius ourdit avec ses complices un complot contre la couronne.
  • Acte II – Désillusion (Parte quarta) : Dans un grand duo, la reine, dépouillée de la cour et de sa suite, affronte le chancelier Oxenstierna, qui lui suggère de reporter son affection sur un prétendant plus digne de la dynastie Vasa. Le finale de l’acte, marqué par l’appel aux armes du peuple, voit la reine, dans une aria amère, convoquer le Conseil pour trancher de son sort.
  • Acte III – L’abdication (Parte quinta) : Un grand duo réunit une dernière fois Christine et Charles Gustave, qui lui déclare son amour tandis qu’elle évoque la gloire passée de ses ancêtres. Puis un chœur et une romance donnent la parole au chancelier et à un Gabriele désabusé. Dans le finale, la reine renonce définitivement au trône et fait, dans un adieu célèbre à sa patrie (« Tu che la patria mia »), ses adieux à la Suède.

Enregistrement(s) :

Tobias Ringborg — 2010

Format : Intégrale (2 CD)
Label : Sterling
Référence : CDO-1091/92-2
Année d’enregistrement : 3-7 et 10-13 août 2010, Sjöströmsalen, Académie de musique et d’art dramatique, université de Göteborg.
Distribution :

  • Cristina, reine de Suède : Liine Carlsson, soprano
  • Maria Euphrosina : Ann-Kristin Jones, mezzo-soprano
  • Axel Oxenstierna : Kosma Ranuer, baryton
  • Erik, son fils : Iwar Bergkwist, ténor
  • Gabriele (Magnus Gabriel de la Gardie) : Daniel Johansson, ténor
  • Carlo Gustavo (futur Charles X Gustave) : Fredrik Zetterström, baryton
  • Arnoldo Messenius : Anton Ljungqvist, baryton-basse
  • Johan, son fils : Gustav Ågren, ténor
  • Un Pescatore (un pêcheur) : Daniel Johansson, ténor
  • Voce interna (voix intérieure) : Nina Ewald, soprano

Direction : Tobias Ringborg
Orchestre : Göteborg Opera Orchestra (Orchestre de l’Opéra de Göteborg)
Chœur : Göteborg Opera Chorus (Chœur de l’Opéra de Göteborg), chef de chœur Bo Eriksson
Langue : italien

Particularité :

Premier enregistrement mondial de cette redécouverte, cette version restitue la partition originale de Stockholm de 1849 telle que l’a reconstituée le musicologue Anders Wiklund, producteur de l’enregistrement, à partir de la copie conservée dans les collections musicales de l’État suédois. Tobias Ringborg, chef et violoniste suédois formé notamment à la Juilliard School, dirige avec un net souci du style bel cantiste : suivant les indications données dans la notice par le musicologue Peter Berne, les parties vocales ont été complétées et ornées dans l’esprit des conventions d’exécution de l’époque, afin de restituer une version aussi proche que possible de ce qu’aurait pu entendre le public du Mindre Teatern en 1849. Liine Carlsson, qui avait déjà créé le rôle-titre lors de la résurrection de l’ouvrage à l’Académie de Vadstena en 2007, retrouve ici Cristina pour son premier enregistrement discographique.

Postérité :

Malgré un accueil critique favorable, Cristina Regina di Svezia ne rencontra jamais un grand succès public, sans doute en raison de l’éloignement du sujet — les tribulations d’une lointaine cour nordique — pour un public italien, et disparut rapidement du répertoire après sa reprise triestine de 1850. L’activité de Foroni à Stockholm, où il devint maître de chapelle de la cour dès 1849 et fit connaître au Théâtre royal des symphonies de Beethoven, Schumann et Mendelssohn ainsi que la musique de Wagner, s’acheva prématurément avec sa mort du choléra en 1858. Il fallut attendre 2007 et la résurrection de l’œuvre par l’Académie de Vadstena, spécialisée dans la redécouverte du répertoire lyrique oublié, pour que cette partition retrouve le chemin de la scène, près de cent-cinquante ans après sa création.

 

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