Format :
- Genre poème lyrique en trois actes, avec ballets intégrés aux actes I et III.
- Musique : Gabriel Fauré
- Livret : René Fauchois
- Langue : français
Création :
4 mars 1913, Opéra de Monte-Carlo, sous la direction de Léon Jehin, avec Lucienne Bréval dans le rôle-titre.
Le projet naît en 1907 d’une rencontre à Monte-Carlo entre Fauré, alors âgé de 55 ans, et la soprano Lucienne Bréval, surprise que le compositeur n’ait jamais écrit d’opéra. C’est elle qui le met en relation avec René Fauchois. La composition s’étale sur cinq ans, entravée par les lourdes charges de Fauré comme directeur du Conservatoire de Paris : il ne peut travailler que l’été, depuis Lausanne ou Lugano, et doit imposer à son librettiste d’importantes coupes dans un livret initialement conçu en cinq actes et comportant le personnage de Télémaque, jugé trop long et trop verbeux. L’orchestration s’achève en 1912. La création monégasque obtient un succès mitigé, éclipsée par la première de l’opéra du directeur du théâtre quelques jours plus tard ; la création parisienne, le 10 mai 1913 au Théâtre des Champs-Élysées, remporte en revanche un vrai triomphe — bientôt éclipsé à son tour par la création, dans la même salle et la même saison, du Sacre du printemps de Stravinsky, puis par la faillite du théâtre en octobre 1913.
Livret :
René Fauchois s’inspire de l’Odyssée d’Homère, concentrant le drame sur la fidélité de Pénélope face à ses prétendants pendant les vingt années d’absence d’Ulysse, revenu incognito sous les traits d’un mendiant.
Intrigue :
- Acte I : Dans le vestibule du palais, les servantes de Pénélope déplorent son refus obstiné de choisir un nouvel époux parmi ses prétendants. Pénélope a juré de se décider une fois achevé le linceul du père d’Ulysse — qu’elle défait secrètement chaque nuit. Un mendiant se présente : c’est Ulysse déguisé, que sa nourrice Euryclée reconnaît aussitôt sans rien dire. Les prétendants surprennent Pénélope en train de défaire sa tapisserie et exigent qu’elle choisisse son futur époux dès le lendemain.
- Acte II : Sur une hauteur dominant la mer, le mendiant réconforte Pénélope en prétendant avoir connu Ulysse au cours de ses voyages. Il lui suggère de n’épouser que celui qui parviendra à bander l’arc d’Ulysse, tout en l’assurant secrètement de son amour intact.
- Acte III : Dans la grande salle du palais, tous les prétendants échouent à bander l’arc. Le mendiant s’en saisit à son tour, y parvient, et s’en sert pour massacrer les prétendants avant de révéler sa véritable identité, acclamé par le peuple d’Ithaque.
Enregistrement(s) :

Charles Dutoit — 1980
Format : 2 CD
Label : Erato
Référence : ECD 88205
Année d’enregistrement : mai-juin 1980, Palais des Congrès, Monte-Carlo.
Distribution :
- Pénélope : Jessye Norman, soprano
- Ulysse : Alain Vanzo, ténor
- Euryclée : Jocelyne Taillon, mezzo-soprano
- Eumée : José van Dam, basse
- Eurymaque : Philippe Huttenlocher, baryton
- Antinoüs : Gérard Friedmann, ténor
- Léodès : Paul Guigue, baryton
- Ctésippe : Jean Dupouy, ténor
- Alkandre : Colette Alliot-Lugaz, soprano
- Phylo : Christine Barbaux, soprano
- autres rôles de servantes et membres de l’Ensemble Vocal Jean Laforge : Danièle Borst, Michèle Command, Norma Lerer, François Le Roux
Direction : Charles Dutoit
Orchestre : Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, avec l’Ensemble Vocal Jean Laforge
Langue : français
Particularité :
L’un des tout premiers enregistrements intégraux du seul opéra de Fauré, avec Jessye Norman abordant pour la première fois au disque le rôle-titre. Cette gravure contribua largement à la redécouverte moderne d’une partition restée en marge du répertoire depuis sa création.
Postérité :
Malgré le triomphe de sa création parisienne, Pénélope n’est jamais entrée durablement au répertoire : la faillite du Théâtre des Champs-Élysées dès octobre 1913 et l’éclat retentissant du Sacre du printemps de Stravinsky, créé dans la même salle la même saison, relèguent l’œuvre au second plan. Une reprise prévue à l’Opéra-Comique est retardée de cinq ans par la Première Guerre mondiale, avant d’y être finalement donnée en 1919 ; suivront des reprises isolées à Anvers et Orange dans les années 1920, au Palais Garnier en 1943, puis aux Champs-Élysées en 1956 avec Régine Crespin. Seul le prélude orchestral s’est durablement maintenu au concert. Des productions scéniques plus récentes, à l’Opéra national du Rhin (2015), à l’Opéra de Francfort (2019) et au Capitole de Toulouse (2020), ont contribué à sa redécouverte contemporaine.

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