Format :
- Opera seria en 3 actes, HWV 15 (titre complet : Ottone, re di Germania).
- Musique : Georg Friedrich Händel.
- Livret : Nicola Francesco Haym, d’après Teofane de Stefano Benedetto Pallavicino (Dresde, 1719, musique d’Antonio Lotti).
- Langue : italien.
Création :
12 janvier 1723, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Pour sa quatrième saison, la Royal Academy of Music engage à prix d’or la soprano Francesca Cuzzoni, dont les débuts londoniens dans le rôle de Teofane provoquent une véritable frénésie : les billets, habituellement vendus une demi-guinée, s’arrachent à deux ou trois guinées. Elle est entourée du castrat alto Senesino (Ottone), de Margherita Durastanti (Gismonda), du castrat Gaetano Berenstadt (Adelberto), de la basse Giuseppe Maria Boschi (Emireno) et de la contralto Anastasia Robinson (Matilda). Selon une anecdote célèbre, la Cuzzoni refusait de chanter l’air « Falsa imagine » au premier acte, et Händel l’aurait saisie à bras-le-corps en menaçant de la jeter par la fenêtre ; l’air devint l’un de ses plus grands succès. Ottone fut l’un des opéras de Händel les plus joués de son vivant, avec 34 représentations connues (seul Rinaldo fit mieux), et fut repris en 1723, 1726, 1727 et 1733.
Livret :
Nicola Francesco Haym adapte le livret de Stefano Benedetto Pallavicino, Teofane, écrit pour les somptueuses noces du prince électeur de Saxe à Dresde en 1719, où Händel avait assisté aux représentations en recrutant des chanteurs pour l’Académie. Le sujet s’inspire librement de l’histoire du Xe siècle : le mariage de l’empereur germanique Otton II avec la princesse byzantine Théophano. Haym simplifie l’intrigue et la resserre autour de six personnages, dans un enchevêtrement de quiproquos, d’usurpations d’identité et de reconnaissances.
Intrigue :
- Acte I : Gismonda, veuve de l’usurpateur Berengario, rêve de voir son fils Adelberto régner sur l’Italie. Tandis qu’Ottone, roi de Germanie, combat en mer le pirate Emireno, la princesse byzantine Teofane, promise à Ottone, arrive à Rome ; Adelberto se fait passer auprès d’elle pour Ottone. Teofane, qui ne reconnaît pas l’homme du portrait qu’on lui avait envoyé, se lamente (« Falsa imagine »). Ottone, vainqueur d’Emireno, arrive à son tour ; Matilda, cousine d’Ottone et fiancée d’Adelberto, dénonce la supercherie, et Adelberto est arrêté.
- Acte II : Gismonda et Matilda tentent de sauver Adelberto. Ottone surprend Teofane dans les bras d’Emireno, dont elle ignore qu’il est son frère, et la soupçonne d’infidélité. Adelberto et Emireno s’évadent par un passage souterrain menant au Tibre et enlèvent Teofane.
- Acte III : Emireno révèle qu’il est en réalité Basilio, frère de Teofane, et se retourne contre Adelberto, qu’il livre à Ottone avec la princesse. Matilda menace de tuer Gismonda si Adelberto est exécuté. Tous les malentendus dissipés, Ottone pardonne à ses ennemis ; il épouse Teofane, et Adelberto est uni à Matilda.
Enregistrements :

Nicholas McGegan — 1993
Format : Enregistrement studio, 3 CD.
Label : harmonia mundi (production USA).
Référence : HMU 907073.75.
Année d’enregistrement : 1992, production du Festival Händel de Göttingen (paru en 1993).
Distribution :
- Ottone : Drew Minter, contre-ténor
- Teofane : Lisa Saffer, soprano
- Emireno : Michael Dean, baryton-basse
- Gismonda : Juliana Gondek, soprano
- Adelberto : Ralf Popken, contre-ténor
- Matilda : Patricia Spence, mezzo-soprano
Direction : Nicholas McGegan
Orchestre : Freiburger Barockorchester (premier violon : Thomas Hengelbrock)
Langue : italien
Particularité :
Issu de la production du Festival de Göttingen de 1992, cet enregistrement réunit l’équipe fidèle de McGegan (Drew Minter, Lisa Saffer, Juliana Gondek, Ralf Popken, Michael Dean) avec un jeune Freiburger Barockorchester mené par Thomas Hengelbrock au premier violon. La direction, vive et théâtrale, met en valeur l’expressivité des récitatifs et l’élan des airs. Lisa Saffer offre une Teofane touchante et Juliana Gondek une Gismonda d’une belle autorité ; Drew Minter, au timbre clair, campe un Ottone plus élégant qu’héroïque.

Robert King — 1993
Format : Enregistrement studio, 3 CD.
Label : Hyperion.
Référence : CDA66751/3.
Année d’enregistrement : février 1993, St Jude-on-the-Hill, Hampstead Garden Suburb, Londres.
Distribution :
- Ottone : James Bowman, contre-ténor
- Teofane : Claron McFadden, soprano
- Gismonda : Jennifer Smith, soprano
- Adelberto : Dominique Visse, contre-ténor
- Emireno : Michael George, basse
- Matilda : Catherine Denley, mezzo-soprano
Direction : Robert King
Orchestre : The King’s Consort
Langue : italien
Particularité :
Enregistrée par Hyperion dans la version de la création de 1723, cette intégrale repose sur le vétéran James Bowman, Ottone noble et raffiné, et sur la Teofane lumineuse de Claron McFadden, qui rend justice à « Falsa imagine ». Le contre-ténor Dominique Visse, au timbre très caractérisé, donne à Adelberto un relief très particulier, et Jennifer Smith est une Gismonda altière. Robert King et son King’s Consort livrent une lecture soignée et équilibrée, servie par une excellente prise de son, qui a longtemps fait de ce coffret la référence de l’œuvre.

George Petrou — 2017
Format : Enregistrement studio, 3 CD.
Label : Decca.
Référence : Decca 483 1814.
Année d’enregistrement : 22 juin – 2 juillet 2016, Villa San Fermo, Lonigo (Italie) (paru en 2017).
Distribution :
- Ottone : Max Emanuel Cencic, contre-ténor
- Teofane : Lauren Snouffer, soprano
- Emireno : Pavel Kudinov, basse
- Gismonda : Ann Hallenberg, mezzo-soprano
- Adelberto : Xavier Sabata, contre-ténor
- Matilda : Anna Starushkevych, mezzo-soprano
Direction : George Petrou
Orchestre : Il Pomo d’Oro
Langue : italien
Particularité :
Porté par Max Emanuel Cencic, cet enregistrement bénéficie de la direction galvanisante de George Petrou, qui confère au drame une intensité digne de la scène. Cencic, au registre grave charnu, fait d’Ottone un souverain viril et séduisant (« Ritorna, o dolce amore »). Lauren Snouffer est une Teofane fraîche et musicienne, Ann Hallenberg une Gismonda d’une rare intelligence dramatique, et Xavier Sabata un Adelberto ambigu et subtil. Pavel Kudinov se joue des airs virtuoses d’Emireno. La version moderne de référence.
Postérité :
Immense succès du vivant de Händel, Ottone circula largement grâce aux recueils d’airs publiés par Walsh. Tombé dans l’oubli comme tout l’opera seria, il fut ressuscité à Göttingen en 1921, dans l’une des premières productions händéliennes du XXe siècle. Longtemps jugé moins spectaculaire que Giulio Cesare ou Rodelinda, il est aujourd’hui apprécié pour la beauté de ses airs, notamment « Falsa imagine » ; The Times jugeait l’œuvre « d’une richesse inhabituelle en airs, même pour Händel ».

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