Note personnelle : ,

Händel, Georg Friedrich — HWV 16 – Flavio, re de’ Longobardi (1723)

Format :

  • Dramma per musica (opera seria) en 3 actes.
  • Musique : Georg Friedrich Händel (HWV 16).
  • Livret : Nicola Francesco Haym, d’après Il Flavio Cuniberto de Matteo Noris (Venise, 1682), dans la version remaniée donnée à Rome en 1696.
  • Langue : italien.

Création :

14 mai 1723, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Händel est alors le « Master of the Orchester » de la Royal Academy of Music, fondée en 1719 par un groupe d’aristocrates anglais amateurs d’opéra italien. La saison 1722-1723 voit s’affronter les trois compositeurs de la maison — Händel, Giovanni Bononcini et Attilio Ariosti — et le public londonien se passionne pour leurs rivalités. Flavio, achevé le 7 mai 1723, une semaine à peine avant la première, clôt cette saison qui avait commencé avec le triomphe d’Ottone. La distribution réunit les vedettes de l’Academy : le castrat Senesino (Guido), Francesca Cuzzoni (Emilia), le castrat Gaetano Berenstadt (Flavio), Margherita Durastanti (Vitige), Anastasia Robinson (Teodata), le ténor Alexander Gordon (Ugone) et la basse Giuseppe Maria Boschi (Lotario). Donné huit fois, l’ouvrage ne connaît qu’un succès modeste ; Händel le reprend en avril 1732 pour quatre représentations, avec Senesino comme seul rescapé de la distribution originale.

Livret :

Le livret de Matteo Noris, créé à Venise en 1682 avec une musique de Gian Domenico Partenio, combine deux sources très différentes : un épisode de l’Historia Langobardorum de Paul Diacre (le roi lombard Cunincpert, séduit par la beauté de Theodata que sa propre épouse lui a vantée) et l’intrigue du Cid de Corneille (deux vieux ministres qui se querellent, un fils qui venge l’honneur de son père en tuant le père de sa fiancée). Nicola Haym, qui avait sans doute joué du violoncelle dans la version romaine de 1696 mise en musique par Luigi Mancia, en rapporta probablement le livret à Londres. Il l’abrège considérablement, réduit la distribution de dix à sept personnages (suppression de deux valets comiques et de la reine Ernelinda) et ajoute plusieurs airs et scènes nouvelles. Le manuscrit autographe de Händel portait d’abord le titre d’Emilia, sans doute changé pour éviter la confusion avec l’Erminia de Bononcini créée quelques semaines plus tôt. Mêlant satire politique, comédie amoureuse et vraie tragédie, Flavio est l’un des rares opéras « anti-héroïques » de Händel, dans la lignée vénitienne d’Agrippina.

Intrigue :

  • Acte I : Dans une Bretagne légendaire soumise aux Lombards, le roi Flavio a deux vieux conseillers, Ugone et Lotario. Teodata, fille d’Ugone, aime en secret le courtisan Vitige. Les fiançailles de Guido, fils d’Ugone, et d’Emilia, fille de Lotario, sont célébrées. Présentée à la cour, Teodata enflamme aussitôt le roi. Apprenant que le gouverneur de Bretagne se retire, Flavio envisage d’y nommer Lotario puis choisit finalement Ugone. Humilié, Lotario gifle Ugone, qui exige de son fils qu’il venge l’honneur familial. Déchiré entre l’amour et le devoir filial, Guido fait promettre à Emilia de l’aimer quoi qu’il arrive.
  • Acte II : Flavio s’apprête à déclarer sa flamme à Teodata lorsque Ugone vient se plaindre de l’affront subi ; Teodata, croyant son idylle découverte, avoue tout à son père. Lotario menace de renier Emilia si elle ne renonce pas à Guido ; les amants se font de tendres adieux (« Parto, sì »). Seul, Guido se résout à tuer Lotario (« Rompo i lacci »). Flavio charge Vitige de courtiser Teodata en son nom ; les amants conviennent que Teodata feindra de céder au roi. Guido provoque Lotario en duel et le blesse mortellement ; Emilia découvre son père mourant, qui désigne son meurtrier. Elle jure vengeance mais ne peut cesser d’aimer Guido (« Ma chi punir desio? »).
  • Acte III : Emilia réclame justice au roi tandis qu’Ugone défend son fils ; Flavio, tout occupé de Teodata, temporise. Teodata accepte en apparence de devenir reine, au grand désespoir de Vitige. Guido offre à Emilia l’épée qui a tué son père et la supplie de le frapper ; elle hésite, laisse tomber l’arme et s’enfuit. Guido chante son désespoir (« Amor, nel mio penar »). Surprenant Vitige et Teodata enlacés, Flavio comprend qu’on l’a berné. Il fait croire à Emilia que Guido a été exécuté ; elle réclame alors la mort pour elle-même, et Guido reparaît bien vivant. Magnanime, le roi réunit les deux couples, « punit » Vitige en lui accordant Teodata et rappelle à Ugone qu’il doit partir gouverner la Bretagne.

Enregistrements :

René Jacobs — 1989

Format : Enregistrement public, 2 CD.
Label : Harmonia Mundi (en coproduction avec le WDR).
Référence : HMC 901312.13 (1990) ; réédition HMX 2901312.13 (2003).
Année d’enregistrement : août 1989, Innsbrucker Festwochen der Alten Musik, Innsbruck.
Distribution :

  • Flavio : Jeffrey Gall, contre-ténor
  • Guido : Derek Lee Ragin, contre-ténor
  • Emilia : Lena Lootens, soprano
  • Teodata : Bernarda Fink, mezzo-soprano
  • Vitige : Christina Högman, soprano
  • Ugone : Gianpaolo Fagotto, ténor
  • Lotario : Ulrich Messthaler, basse

Direction : René Jacobs
Orchestre : Ensemble 415 (premier violon : Chiara Banchini)
Langue : italien

Particularité :

Première intégrale discographique de l’ouvrage, captée lors du festival d’Innsbruck, cet enregistrement a longtemps été la seule porte d’entrée vers Flavio. René Jacobs y défend avec vivacité le caractère ironique et tragi-comique de la partition, porté par l’Ensemble 415 de Chiara Banchini aux couleurs franches. Derek Lee Ragin, au timbre clair et à l’agilité remarquable, fait de Guido le vrai centre émotionnel de l’œuvre, face à l’Emilia sensible de Lena Lootens ; on y découvre aussi une toute jeune Bernarda Fink en Teodata. Jacobs prend toutefois, selon son habitude, certaines libertés avec la partition, que les enregistrements ultérieurs s’attacheront à suivre plus fidèlement.

Ondřej Macek — 1999

Format : Enregistrement public, 2 CD avec livret.
Label : Česká Händelova společnost (Czech Handel Society), édition propre.
Référence : non communiquée.
Année d’enregistrement : 20-21 mars 1999, château de Dobříš (République tchèque) ; parution en août 1999.
Distribution :

  • Distribution vocale non détaillée dans les sources consultées.

Direction : Ondřej Macek
Orchestre : Cappella Accademica Praha (instruments d’époque)
Langue : italien

Particularité :

Réalisé dans le cadre du projet « Chefs-d’œuvre de l’opéra baroque — Georg Friedrich Händel et ses contemporains » mené par la Société Händel tchèque, cet enregistrement live au château de Dobříš témoigne du dynamisme du renouveau baroque en République tchèque à la fin des années 1990. Diffusé de façon quasi confidentielle par la Société elle-même, il est resté en marge de la discographie officielle — au point que la plupart des discographies ne recensent que les versions Jacobs et Curnyn. Il constitue néanmoins la deuxième intégrale connue de l’ouvrage et un document précieux sur les débuts d’Ondřej Macek et de la Cappella Accademica Praha.

Christian Curnyn — 2010

Format : Enregistrement studio, 2 CD.
Label : Chandos (collection Chaconne).
Référence : CHAN 0773(2).
Année d’enregistrement : 8-12 février 2010, All Saints’ Church, East Finchley, Londres.
Distribution :

  • Flavio : Tim Mead, contre-ténor
  • Guido : Iestyn Davies, contre-ténor
  • Emilia : Rosemary Joshua, soprano
  • Teodata : Hilary Summers, contralto
  • Vitige : Renata Pokupić, mezzo-soprano
  • Ugone : Thomas Walker, ténor
  • Lotario : Andrew Foster-Williams, baryton-basse

Direction : Christian Curnyn
Orchestre : Early Opera Company
Langue : italien

Particularité :

Réalisé dans l’édition de Peter Jones, cet enregistrement se veut le premier à respecter scrupuleusement la partition de Händel. Christian Curnyn privilégie la clarté, l’élégance et la souplesse des tempi, laissant ressortir l’humour discret de l’instrumentation comme les moments de véritable pathos du deuxième et du troisième acte. Le duo de contre-ténors est remarquable : Iestyn Davies, d’une grande intensité dans « Rompo i lacci » et « Amor, nel mio penar », et Tim Mead, roi vaniteux et finalement bienveillant. Rosemary Joshua offre une Emilia bouleversante dans « Parto, sì » et « Ma chi punir desio? », tandis que le contralto profond de Hilary Summers et la Vitige ardente de Renata Pokupić complètent une distribution sans faiblesse. Cette version s’impose aujourd’hui comme la référence de l’ouvrage.

Postérité :

Jamais repris par la Royal Academy of Music après 1732, Flavio tombe ensuite dans l’oubli ; seul l’air d’Emilia « Amante stravagante » connaît une certaine diffusion sous forme de chanson anglaise (« See, see, my charmer flyes me », paroles d’Henry Carey). L’œuvre renaît au Festival Händel de Göttingen en 1967, puis à Abingdon en 1969 avec l’Unicorn Opera, avant des productions plus récentes au New York City Opera (2007) et par l’English Touring Opera (2009). Très estimée des spécialistes — Anthony Hicks y voyait une soirée « particulièrement satisfaisante » au théâtre — pour son mélange singulier d’ironie et de tragédie, elle reste pourtant l’un des opéras londoniens les moins joués de Händel.

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