Note personnelle : ,

Fall, Leo — Die Kaiserin (1915)

Format :

  • Opérette (Operette) en trois actes.
  • Musique : Leo Fall.
  • Livret : Julius Brammer et Alfred Grünwald.
  • Langue : allemand (dialogues parlés).

Création :

16 octobre 1915, au Metropol-Theater de Berlin.
Leo Fall a quarante-deux ans. Auteur de Der fidele Bauer, de Die Dollarprinzessin et de Die geschiedene Frau, il est l’un des maîtres de l’opérette de l’« âge d’argent ». La Première Guerre mondiale a éclaté depuis un an et le Metropol-Theater, temple berlinois des revues et des spectacles brillants, cherche pour la saison de nouvelles opérettes ; le rôle-titre est pensé pour sa diva maison, Fritzi Massary. Sous-titrée « un joyeux jeu rococo » (ein fröhliches Spiel im Rokoko), l’œuvre est un tableau historique plein de grâce, où l’on retrouve les valses et les marches de Fall dans un cadre d’époque, avec une orchestration soignée et de longues pages mélodramatiques. La création fut très applaudie. L’ouvrage a été créé à Berlin et non à Vienne, car la censure autrichienne interdisait de représenter la famille impériale dans une opérette.

Livret :

Julius Brammer et Alfred Grünwald, librettistes viennois très productifs (ils signeront notamment, pour Kálmán, La Comtesse Maritza et La Princesse du cirque), situent l’action à la cour de Marie-Thérèse d’Autriche, mêlant personnages et institutions historiques : le prince consort François-Étienne de Lorraine (mariage d’amour célébré le 12 février 1736), la comtesse Fuchs, gouvernante et confidente de la souveraine (surnommée « Mami »), la danseuse Santini, ou la commission de chasteté (Keuschheitskommission) créée par l’impératrice en 1752. Le chancelier Kaunitz, le prince Eugène de Savoie (dont le chant « Prinz Eugen, der edle Ritter » est cité) et la guerre contre les Turcs y apparaissent en arrière-plan. Les librettistes ne se soucient guère des faits exacts, mais de la grâce d’un portrait d’une femme qui est à la fois souveraine, épouse et mère, dans une opérette qui est aussi un hymne à la vie de famille bourgeoise.

Intrigue :

  • Acte I (Vienne, vers 1740) : L’empereur Charles VI veut marier au plus vite sa fille, la princesse Marie-Thérèse, qui aime le prince François-Étienne de Lorraine. Mais la comtesse Fuchs, intendante de la cour et éducatrice de la princesse, intrigue contre cette union avec l’appui de trois ambassadeurs (en jaune, en rouge et en vert) qui souhaitent chacun voir leur pays donner à Marie-Thérèse son futur époux. Découragé, François-Étienne veut quitter Vienne ; Marie-Thérèse lui demande de rester. La comtesse organise alors un bal masqué pour rapprocher les ambassadeurs de la princesse, qui apparaît déguisée en blanchisseuse viennoise et danse avec François-Étienne, au grand scandale des trois diplomates. Le prince est mis aux arrêts pour avoir désobéi au conseil de guerre impérial, puis un messager annonce sa victoire sur le pacha de Nizza : l’ambiance bascule, la fête devient triomphale, et François-Étienne demande solennellement – et obtient – la main de Marie-Thérèse.
  • Acte II (quelques années plus tard) : Après la mort de son père, Marie-Thérèse est devenue impératrice ; elle a épousé François-Étienne et deux filles sont nées, Marie-Anne et Marie-Christine. Au château de Schönbrunn, on prépare l’anniversaire du prince consort, que son rôle de simple époux de l’impératrice accable. Arrive sa cousine Bichette, fille d’un prince voisin, et la comtesse Fuchs, jalouse de la souveraine, y voit l’occasion de brouiller le couple. Soupçonnant son mari d’avoir une liaison avec la danseuse Santini, l’impératrice, tourmentée par la jalousie, fait surveiller ses sorties . Au final, l’impératrice avoue qu’elle est une femme comme les autres, avec ses faiblesses et ses accès de jalousie.
  • Acte III (une semaine plus tard) : Les relations entre Marie-Thérèse et François-Étienne restent tendues. Le bal des blanchisseuses viennoises approche ; la comtesse Fuchs, qui dirige un réseau d’espions, s’appuie sur Kleespitz, le valet chargé des poêles, qui prétend avoir vu un homme et une dame travestis dont une semelle porte une tache de charbon. L’impératrice fait inspecter les semelles de toute la cour ; il s’avère que le couple surpris au bal n’est autre que le comte Pepi et Bichette, et que le prince n’a rien à se reprocher. Marie-Thérèse et François-Étienne se réconcilient et se jettent dans les bras l’un de l’autre.

Enregistrement(s)

Leo Fall – Die Kaiserin – Marius Burkert (cpo)

Marius Burkert — 2015

Format : CD (2 disques)
Label : cpo (en collaboration avec le Lehár Festival Bad Ischl)
Référence : 777 915-2
Année d’enregistrement : 14-16 août 2014, Festspielsaal, Bad Ischl (publication en 2015)
Distribution :

  • L’Impératrice (Marie-Thérèse) : Miriam Portmann, soprano
  • Son époux (François-Étienne) : Jevgenij Taruntsov, ténor
  • Princesse Adelgunde, dite Bichette : Verena Barth-Jurca, soprano
  • Comte Kaunitz, futur chancelier : Gerhard Balluch, acteur
  • Comte Pepi Cobenzl : Clemens Kerschbaumer, ténor
  • Comtesse Fuchs : Gabriele Kridl, soprano et comédienne
  • L’Ambassadeur en jaune : Christoph Ungerböck
  • L’Ambassadeur en rouge : Severin Prassl
  • L’Ambassadeur en vert : Claudiu Sola
  • Comte Khevenhüller : Tomaz Kovacic
  • Fritz von der Heide, courrier : Florian Resetarits
  • Dr van Swieten : Wolfgang Gerold
  • Conseiller Crusius : Giuseppe Preims
  • Kleespitz, valet chargé des poêles : Karl Herbst
  • Archiduchesse Marie-Anne : Hannah Tischler
  • Archiduchesse Marie-Christine : Fiona Zopf
  • Resi, servante : Dorli Buchinger
  • Dames d’honneur : Dorli Buchinger, Merle Krammer, Sinja Maschke, Alexandra Zimmermann
  • Pages (Edelknaben) : Dima Taruntsov, Harumi Castro Sahida, Can Ginzburg, Antonia Zangger, Ivana Zdravkova

Direction : Marius Burkert
Orchestre : Franz Lehár-Orchester ; Chor des Lehár Festivals Bad Ischl (préparation : Georg Smola)
Langue : allemand

Particularité :
Version intégrale moderne de l’ouvrage, captée au Festspielsaal de Bad Ischl en août 2014 et publié par cpo en 2015 (142 minutes sur deux disques), dans le cadre du Lehár Festival de Bad Ischl. Les photographies du livret suggèrent une représentation semi-scénique, avec quelques bruits de scène et des rires du public dans l’enregistrement. Le texte parlé et la mise en scène des dialogues sont de Leonard Prinsloo. Marius Burkert, chef régulier du festival, dirige avec efficacité une distribution plus à l’aise dans la caractérisation que dans la séduction vocale, ce que n’ont pas manqué de relever les critiques ; ceux-ci y voient néanmoins un témoignage précieux sur l’un des ouvrages les plus ambitieux de Fall. Parmi les numéros les mieux connus figurent « Du mein Schönbrunn » et « Da tanzen Schritt für Schritt » ; le finale de l’acte II est l’un des sommets de la partition.

Postérité :

Selon le musicologue Richard Traubner, Fall considérait Die Kaiserin comme sa meilleure œuvre, même si elle n’est pas la plus populaire : cette place revient à Die Rose von Stambul (1916). Avant l’enregistrement de Bad Ischl, la principale référence discographique était une version radiophonique du début des années 1950 (Cologne, 1953, sous la direction de Franz Marszalek). L’œuvre, qui s’inscrit dans une veine d’opérettes « historiques » liées à la cour de Vienne, est moins connue que Die Rose von Stambul ; son mélange de comédie conjugale et de portrait de souveraine, au sein d’un couple impérial très bourgeois, en fait un témoignage singulier de l’opérette de guerre.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *