Format :
- Opérette (Operette) en un prologue et deux actes.
- Musique : Leo Fall.
- Livret : Victor Léon (Viktor Léon), d’après sa propre pièce populaire Die lieben Kinder ; pour l’enregistrement, adaptation du texte par Dolores Schmidinger.
- Langue : allemand (dialogues parlés, avec des passages dialectaux).
Création :
27 juillet 1907, au Hoftheater de Mannheim, dans le cadre du festival d’opérettes d’été, sous la direction du compositeur, avec Louis Treumann (Mathäus), Carl Meister (Stefan), Hermine Ferry (Annamirl), Max Pallenberg (Lindoberer) et Hubert Marischka (Vincenz).
Leo Fall a trente-quatre ans. Fils d’un chef de musique militaire, formé à Vienne puis à Berlin, il a connu en 1905 l’échec de sa première opérette, Der Rebell, et cherche encore sa voie dans l’ombre triomphale de Franz Lehár. Der fidele Bauer est sa véritable percée : sa musique, aimable et raffinée, mêle des tournures populaires austro-bavaroises (Ländler, chansons villageoises) à une orchestration d’une finesse toute viennoise, avec des ensembles de solistes où chaque voix reste audible. La reprise viennoise de juin 1908 (Theater an der Wien) fut plus réservée, mais l’ouvrage devint l’opérette la plus jouée de Fall dans l’espace germanophone : 7 372 représentations jusqu’en 1921.
Livret :
Victor Léon, célèbre librettiste de La Veuve joyeuse (avec Leo Stein), propose à Fall, peu après l’échec du Rebell, de mettre en musique sa pièce populaire Die lieben Kinder (Raimundtheater, 12 février 1898, avec Alexander Girardi dans le rôle du ferrailleur Anton Schmidt), transposée à la campagne. L’accord est signé le 2 février 1906 : Fall s’engage à composer d’abord ce livret et à partager les recettes à raison de 45 % pour lui et 55 % pour Léon ; en retour il aura toute liberté musicale. Le titre, Der fidele Bauer, calqué par superstition sur Die lustige Witwe, vient à Léon au moment du départ de Fall. Quand le compositeur rejette le manuscrit du troisième acte, c’est Ottilie, l’épouse de Léon, qui propose de conclure sur le deuxième et de remplacer le troisième par un prologue : Léon l’écrit en deux heures, comme il l’avait déjà fait pour Der Rastelbinder de Lehár. Le premier acte, d’abord situé à Oberwang, est ainsi scindé en deux ; le deuxième, à Vienne, s’ouvre désormais sur un air de Stefan, le rôle de Friederike étant largement sacrifié. La fable est une parabole d’ascension sociale et d’assimilation : le fils de paysan qui renie ses origines.
Intrigue :
- Prologue — « Der Student » : Au village d’Oberwang, en Haute-Autriche, en automne 1896. Mathäus Scheichelroither, paysan robuste d’une cinquantaine d’années, porte fièrement son vieux bonnet pointu (Zipfelhaube) malgré les moqueries ; mais il veut que son fils unique Stefan, dix-neuf ans, « s’élève » : études, puis prêtrise, dernier vœu de son épouse défunte. Le voisin et parrain de Stefan, le riche paysan Lindoberer, avance l’argent du voyage à Vienne ; la petite sœur Annamirl prépare un gâteau pour la route, et Mathäus étouffe ses larmes en jodlant. Tout le village accompagne Stefan à la diligence.
- Acte I — « Der Doktor » : Neuf ans plus tard, le jour de la saint Mathieu, fête patronale à Oberwang. Les quatre recrues du village, dont Vincenz, fils de Lindoberer, sont sur le point de revêtir l’uniforme ; Annamirl, dix-huit ans, repousse les « garçons paysans » et Vincenz, éperdu d’amour sans l’avouer, se bat pour elle. Au théâtre de marionnettes, le petit Heinerle supplie sa mère, la pauvre vachère Lisi, de lui acheter quelque chose, mais elle n’a pas d’argent pour son enfant illégitime ; Mathäus, qui attend toujours Stefan, adopte symboliquement l’enfant. Stefan paraît enfin, élégant, devenu médecin : père et sœur sont fiers, mais Lindoberer et les villageois sont gênés. Il annonce qu’il repart aussitôt pour Berlin afin de s’y fiancer à la fille du conseiller sanitaire von Grumow, et, honteux de ses parents, leur laisse cent couronnes. Annamirl éclate en sanglots ; Mathäus, blessé, comprend : « Il a honte à cause de moi. »
- Acte II — « Der Professor » : Six mois plus tard, à Vienne, Stefan prépare sa leçon inaugurale de professeur de médecine. Sa femme Friederike s’étonne de l’indifférence de son père, alors que ses propres parents sont attendus. Lindoberer annonce l’arrivée à Vienne de Mathäus et d’Annamirl ; Friederike les invite tous. Vincenz, versé dans la cavalerie, apparaît lui aussi en uniforme, et Annamirl, conquise (« Vieille histoire : le soldat ! »), est résolue à l’épouser contre la volonté de Lindoberer. Dans le désordre, elle rencontre Horst, lieutenant de hussards prussien (frère de Friederike), et les quiproquos se multiplient. Le professeur revient acclamé de son cours, félicité par son père, sa sœur et Lindoberer ; mais au buffet, les « gens d’Oberwang » ne peuvent plus cacher leurs origines et se jettent sur la nourriture, au grand scandale de la famille du médecin. Stefan exige des excuses de Horst, qui a insulté son père ; Mathäus, pour éviter une querelle, préfère partir, et Horst, confus, lui demande pardon. Tous, réconciliés, entonnent la marche paysanne : « Même si l’on est paysan, on est plus malin que bien des citadins ! »
Enregistrement(s)

Vinzenz Praxmarer — 2011
Format : CD (2 disques)
Label : cpo
Référence : 777 591-2
Année d’enregistrement : 23-25 août 2010, Festspielsaal, Bad Ischl (publication en 2011)
Distribution :
- Lindoberer, paysan du Lindobererhof : Rupert Bergmann, baryton-basse
- Vincenz, son fils : Robert Maszl, ténor
- Mathäus Scheichelroither : Franz Suhrada, acteur
- Stefan, son fils : Eugene Amesmann, ténor
- Annamirl, sa fille : Laura Scherwitzl, soprano
- La rouge Lisi, vachère : Christine Ornetsmüller
- Heinerle, son fils : Martin K. Schlatte
- Raudaschl, paysan : Karl Herbst
- Loisi à l’harmonica : Dorli Buchinger
- Le conseiller sanitaire von Grumow : Walter Witzany
- Victoria, son épouse : Uschi Plautz
- Zopf, l’Autorité / Horst, leur fils, lieutenant de hussards : Thomas Zisterer, baryton
- Friederike, leur fille : Romana Noack, soprano
- James, majordome : Christian Kotsis
Direction : Vinzenz Praxmarer
Orchestre : Franz Lehár-Orchester ; Chor des Lehár Festivals (préparation : Laszlo Gyükér)
Langue : allemand
Particularité :
Enregistrée au Festspielsaal de Bad Ischl pendant l’été 2010 et publiée en 2011 par cpo, cette version est issue de la production du Lehár Festival Bad Ischl, dont la pochette reproduit une photographie de scène. Elle repose sur une adaptation de Dolores Schmidinger et conserve le prologue d’enfants et les dialogues parlés ; le rôle de Mathäus est confié à un acteur, Franz Suhrada, plus qu’à un chanteur. La distribution rassemble des chanteurs d’opérette rompus aux scènes autrichiennes ; si toutes les voix ne sont pas également séduisantes, la critique a salué l’idiomatisme de l’ensemble. La Festspiel-Ouvertüre de 1907, composée par Fall à partir de motifs d’Offenbach, de Millöcker, de Johann Strauss et de Sullivan, y précède le deuxième acte, pour la première fois au disque. Le livret de présentation, riche d’un essai de Stefan Frey, offre un synopsis mais ni le texte intégral ni traductions.
Postérité :
Premier grand succès de Leo Fall, Der fidele Bauer le fit entrer dans le cercle des maîtres de l’opérette viennoise : la presse y voyait « un deuxième Suppé, un premier Leo Fall ». À Vienne en 1908, la critique fut plus sévère, jugeant la sentimentalité rurale excessive – « Ceux de Schliersee sont plus vrais » – tandis qu’à Berlin, l’œuvre se maintint deux fois plus longtemps qu’à Vienne ; on y entendit aussi bien un roman villageois qu’une « biographie en opérette ». Son véritable intérêt tient au mélange de matériau simple et de raffinement technique, ainsi qu’à l’air de Heinerle, centre secret de l’ouvrage. Avec Die Dollarprinzessin (1907) et Madame Pompadour, elle consacre un compositeur que Die Schaubühne voyait déjà en « dangereux rival de Lehár » s’il trouvait le bon librettiste – ironie de l’histoire, puisque c’est Victor Léon qui avait « trouvé » les deux hommes. Cet enregistrement du Lehár Festival de Bad Ischl permet de redécouvrir, dans sa version scénique, un ouvrage rarement entendu au disque.

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