Format :
- Opérette (Operette) en trois actes.
- Musique : Leo Fall.
- Livret : Alfred Maria Willner et Fritz Grünbaum, d’après la comédie Die Dollarprinzessinnen d’Emerich von Gatti et Thilo von Trotha.
- Langue : allemand (dialogues parlés en allemand).
Création :
2 novembre 1907, au Theater an der Wien (Vienne), sous la direction du compositeur, avec Mizzi Günther (Alice), Louis Treumann (Fredy), Louise Kartousch (Daisy) et Karl Meister (Hans).
Leo Fall a trente-quatre ans. Né à Olmütz, formé à Vienne puis longtemps chef d’orchestre de théâtre, il vient d’essuyer l’échec de son Rebell (1905) alors que le triomphe de La Veuve joyeuse de Lehár (1905) a fait de Vienne la capitale mondiale de l’opérette et plane sur toute l’opérette viennoise de l’époque. Il y ajoute ici une couleur très personnelle : une valse d’une souplesse élégante, relevée de rythmes américains (cake-walk, two-step), d’onomatopées et d’une instrumentation spirituelle, où les bois – le basson en tête – jouent les commentateurs ironiques.
Livret :
Le directeur du Theater an der Wien, Wilhelm Karczag, avait commandé une nouvelle opérette à Fall après l’échec du Rebell et lui avait imposé un jeune cabarettiste, Fritz Grünbaum, en lui demandant de n’écrire sa « prochaine opérette » qu’après celle-ci. Le livret, que Grünbaum rédige avec Alfred Maria Willner (l’un des librettistes de La Veuve joyeuse), s’inspire d’un Lustspiel de Gatti et Trotha et traite avec ironie le choc des deux mondes : l’aristocratie ruinée d’Europe et l’argent roi des États-Unis. La genèse fut mouvementée : Fall, pressé par une échéance, composa le premier acte avant que le texte du finale ne soit prêt, et les librettistes durent travailler dans l’urgence, au gré de lettres inquiètes échangées entre Vienne et Berlin. Grünbaum y déploie son goût pour le non-sens, les calembours et les paroles rimées jusqu’à l’absurde (« Wigl wagl wigl wak my monkey », « Ratatata tatatata tschin ! »).
Intrigue :
- Acte I : Dans le palais new-yorkais de John Couder, magnat du charbon, les « jeunes filles de la salle de dactylographie » tapent à la machine sous la surveillance d’Alice, la fille de Couder, qui leur interdit de flirter avec leur temps de travail. Alice et sa cousine Daisy sont les « princesses du dollar » : riches, belles, mais bien décidées, du moins le croient-elles, à rester froides. Couder engage comme maître d’hôtel un aristocrate européen ruiné, le baron Hans von Schlick, qui se heurte rudement à Daisy. Arrive Fredy Wehrburg, ami de Hans, sans emploi lui aussi ; Alice l’examine d’un ton de patronne et il devient son secrétaire particulier. Parallèlement, Tom, frère de Couder, et son fils Dick reviennent d’Europe avec Olga Labinska, chanteuse de music-hall qui se fait passer pour la comtesse Przibiczewska : le trio compte bien s’emparer de la fortune du magnat. Au finale, Olga ensorcelle Couder, et Alice et Fredy se défient mutuellement.
- Acte II : Olga et un chœur de « Cosaques » vantent le tempérament des femmes russes ; Alice soupçonne Fredy de bien connaître la fausse comtesse. Elle lui dicte une lettre d’amour à un amant imaginaire pour le rendre jaloux, mais leur orgueil les empêche de s’avouer leurs sentiments. Couder annonce son intention d’épouser Olga ; Alice, dépitée, évoque devant lui Fredy comme mari possible, tandis que Daisy pose à Hans ses conditions pour un mariage de façade. Quatuor, puis grand finale : Couder réunit ses invités pour célébrer ses fiançailles et propose à Alice un riche prétendant ; elle nomme alors Fredy, qui refuse d’être acheté.
- Acte III : Dans la propriété de Fredy à Aliceville (Canada), celui-ci a fondé sur le pétrole la firme Smith & Co. Hans et Daisy lui rendent visite : ils veulent divorcer, alors qu’au fond ils s’aiment. Dans leur « Réminiscence », ils dépassent leur orgueil pour avouer qu’ils veulent être plus que frère et sœur. Alice, Olga et Couder arrivent en automobile, ce qui donne lieu au célèbre trio de l’automobile ; Couder confie à Hans qu’il voudrait se débarrasser d’Olga et racheter Smith & Co., sans savoir que la firme appartient à Fredy. Dans le duo final, Fredy laisse croire à Alice qu’il a une maîtresse, l’amenant à avouer sa solitude malgré sa fortune, et les deux jeunes gens s’avouent enfin leur amour.
Enregistrement(s)

Ulf Schirmer — 2019
Format : CD (2 disques)
Label : cpo (en coproduction avec BR Klassik)
Référence : 777 906-2
Année d’enregistrement : 24-25 novembre 2012, Prinzregententheater, Munich (publication en septembre 2019)
Distribution :
- Alice Couder, fille de Couder : Christiane Libor, soprano
- Daisy Gray, nièce de Couder : Magdalena Hinterdobler, soprano
- Olga Labinska, chansonnière : Angela Mehling, soprano
- John Couder : Thomas Mohr, ténor
- Fredy Wehrburg : Ferdinand von Bothmer, ténor
- Hans Freiherr von Schlick : Ralf Simon, ténor
- Dick, neveu de Couder : Tobias Haaks, ténor
- Tom, frère de Couder : Marko Cilic, ténor
Direction : Ulf Schirmer
Orchestre : Münchner Rundfunkorchester ; Chor der Musikalischen Komödie Leipzig (préparation : Mathias Drechsler)
Langue : allemand
Particularité :
Ce double album est tiré des représentations données au Prinzregententheater de Munich en novembre 2012, mais n’a été publié qu’en 2019 par cpo en coproduction avec BR Klassik. Ulf Schirmer, ancien directeur artistique du Münchner Rundfunkorchester, y défend l’œuvre avec chaleur et élégance, plus attentif à ses accents sentimentaux qu’à sa verve satirique, tandis que le chœur de l’Opéra de Leipzig (Musikalische Komödie), léger et vif, apporte au spectacle son aisance d’opérette. La distribution réunit des voix d’opéra (Christiane Libor en Alice, Magdalena Hinterdobler en Daisy) et des interprètes familiers du genre ; les dialogues parlés (direction des dialogues : Ralf Eger) sont conservés entre les numéros musicaux. Le livret de présentation, riche d’un essai historique de Stefan Frey et d’un synopsis commenté, ne donne pas le texte intégral, et la critique a relevé que deux numéros du dernier acte y sont inversés par rapport à la partition.
Postérité :
Bien accueillie à Vienne malgré une durée de plus de minuit et bientôt saluée comme la renaissance de l’opérette viennoise après La Veuve joyeuse, Die Dollarprinzessin devint le plus grand succès de Leo Fall : plus de quatre-vingts représentations viennoises d’affilée, puis Berlin en juin 1908 où la pièce triompha. Son rayonnement fut international : The Dollar Princess (adaptation anglaise) ouvrit au Daly’s Theatre de Londres le 25 septembre 1909 et y tint 428 représentations, avant de partir pour Broadway (Knickerbocker Theatre, 288 représentations), et l’ouvrage gagna toutes les colonies britanniques ainsi que le monde romanophone, notamment l’Amérique du Sud (La princesa de los dólares). Dans la lignée des grandes opérettes de l’Âge d’argent, aux côtés de Lehár, Kálmán et Oscar Straus, elle séduisit par sa modernité : la jeune Américaine qui travaille et gagne son argent ressemblait aux « femmes nouvelles » de 1907, et la farce s’enrichit de trouvailles de machines à écrire, d’automobile et de satire mondaine. Aujourd’hui, l’ouvrage reste l’une des opérettes les plus joyeuses de Fall, représentée de loin en loin – l’album de Schirmer en offre une version intégrale récente, dialogues compris.

Laisser un commentaire