Format :
- Opéra en trois actes et un prologue.
- Musique : August Enna
- Livret : Einar Christiansen, d’après le roman de H. Rider Haggard
- Langue : danois
Création :
7 février 1894, Théâtre royal de Copenhague, sous la direction de Johan Svendsen.
Après le triomphe de « Heksen » (La Sorcière) en 1892, August Enna cherche un nouveau sujet et se tourne, sur les conseils du dramaturge et futur directeur du Théâtre royal Einar Christiansen, vers l’Égypte antique : Christiansen adapte le roman à succès de l’écrivain britannique Henry Rider Haggard, « Cleopatra » (1889). La composition s’accompagne d’un conflit retentissant entre Enna et son éditeur musical Henrik Hennings, qui aboutit à un procès et à la publication de la partition par le concurrent Breitkopf & Härtel. La création, très attendue après le succès de « Heksen », se heurte à une distribution jugée compromise : la soprano suédoise Ellen Gulbranson, initialement pressentie pour le rôle-titre, doit finalement y renoncer, remplacée par la jeune soprano danoise Augusta Lütken, jugée vocalement et scéniquement moins à l’aise dans ce rôle exigeant. L’accueil du public reste modéré, et l’opéra ne connaît que sept représentations lors de sa création. Repris dès 1895 dans une version révisée par Enna (nouvelle ouverture, scène remaniée de l’acte III), il devient cette fois un grand succès : vingt représentations à Copenhague jusqu’en 1897, puis des productions dans de nombreuses villes germanophones (Berlin, Hambourg, Cologne, Breslau, Riga, Zurich, Anvers) et surtout à Amsterdam, où il atteint cinquante représentations en 1897 seul, faisant de « Kleopatra » l’un des rares succès internationaux de l’opéra danois.
Livret :
Le livret danois d’Einar Christiansen adapte le roman « Cleopatra » (1889) de l’écrivain britannique Henry Rider Haggard, également auteur de « King Solomon’s Mines ». Christiansen y façonne une intrigue de vengeance et de séduction autour du personnage du jeune prince Harmaki, dernier descendant des pharaons, chargé par les prêtres égyptiens d’assassiner la reine Cléopâtre pour libérer l’Égypte de l’influence romaine.
Intrigue :
- Prologue : Dans un caveau souterrain, le prince Harmaki, déguisé en astrologue, est consacré par le grand prêtre Sepa à la mission sacrée de tuer la reine Cléopâtre et de monter sur le trône à sa place. Charmion, fille de Sepa au service de Cléopâtre, feint des sentiments amicaux envers la reine pour aider Harmaki à l’approcher. Mais lorsque Cléopâtre paraît, Harmaki, frappé par sa beauté, se trouve incapable de mettre à exécution son dessein meurtrier.
- Acte I : Dans le jardin du palais, la reine, troublée par un rêve, fait venir un jeune savant égyptien censé pouvoir l’interpréter : il s’agit de Harmaki, dissimulé. Il séduit et effraie tour à tour la reine par ses prédictions ; Cléopâtre, très impressionnée, le nomme « grand prêtre de l’ardeur nocturne » et le couronne d’une guirlande de jacinthes parfumées. Charmion, jalouse, voit grandir l’attirance de Harmaki pour la reine.
- Acte II : Dans sa tour d’observation des astres, Harmaki, dévoré de désir pour Cléopâtre, jette au loin la guirlande reçue d’elle, sans pouvoir se défaire de son emprise. Charmion, désespérée, le presse d’accomplir enfin son serment ; Cléopâtre survient et redouble d’artifices — chant, lyre, promesses de bonheur — pour achever de le séduire. Vaincu par la passion, Harmaki se jette à ses pieds et lui avoue son amour, alors même que Charmion, ayant tout découvert, trahit le complot par jalousie et révèle tout à la reine.
- Acte III : Un grand ballet ouvre la fête donnée au palais de Cléopâtre. La reine, avertie du complot, sait désormais que Harmaki cache un poignard destiné à la frapper ; elle feint de s’abandonner à lui, puis, dans un geste soudain, s’empare elle-même du poignard et le repousse. Harmaki, se sachant découvert, veut se faire tuer de sa main plutôt que par la vengeance des gardes ; Cléopâtre désigne alors Sepa et les conjurés, menés enchaînés devant elle. Harmaki, dans un dernier accès de rage désespérée, saisit le poignard que la reine lui a jeté et se le plonge lui-même dans la poitrine ; Charmion, brisée, se laisse tomber sur son corps.
Enregistrement(s) :

Joachim Gustafsson — 2019
Format : enregistrement live, intégral (2 CD), premier enregistrement mondial.
Label : Dacapo Records
Référence : 8.226708-09
Année d’enregistrement : captation live des 8-10 avril 2019, Carl Nielsen Salen, Odense Koncerthus ; paru en 2020.
Distribution :
- Kleopatra, reine d’Égypte : Elsebeth Dreisig, soprano
- Harmaki, dernier des pharaons : Magnus Vigilius, ténor
- Sepa, grand prêtre : Lars Møller, baryton
- Charmion, fille de Sepa, au service de Kleopatra : Ruslana Koval, soprano
- Schafra, prince égyptien : Jens Bové, basse
- Iras, dame de compagnie de Kleopatra : Kirsten Grønfeldt, soprano
Direction : Joachim Gustafsson
Orchestre : Odense Symphony Orchestra, avec le chœur du Danish National Opera (Den Danske Operas Kor)
Langue : danois
Particularité :
Ce disque constitue le premier enregistrement mondial de « Kleopatra », captation d’une production scénique de la Den Jyske Opera en 2019 (mise en scène de Philippe Kochheim) qui marquait la première exécution de l’œuvre au Danemark depuis 124 ans. Il s’agit ainsi de la première occasion d’entendre cette partition dans son pays d’origine depuis sa dernière reprise danoise du XIXe siècle. Jusqu’à cette parution, seuls deux autres opéras d’Enna — « Pigen med Svovlstikkerne » (La Petite Fille aux allumettes) et « Heisse Liebe » — avaient été gravés au disque, laissant « Kleopatra » dans un oubli quasi total malgré son statut d’unique grand succès international de l’opéra danois du XIXe siècle.
Postérité :
Compositeur danois le plus joué à l’étranger dans les années 1890, August Enna voit son œuvre sombrer rapidement dans l’oubli après sa mort en 1939, éclipsée par la fortune internationale de Carl Nielsen. « Kleopatra », qui avait pourtant valu à son auteur son plus grand succès hors des frontières danoises — jusqu’à cinquante représentations en une seule saison à Amsterdam —, disparaît des scènes pendant plus d’un siècle. Sa résurrection par la Den Jyske Opera en 2019, à l’origine de cet enregistrement, restitue au répertoire lyrique danois l’une de ses rares réussites d’envergure internationale et invite à réévaluer la place d’Enna dans l’histoire de l’opéra scandinave de la fin du XIXe siècle.

Laisser un commentaire