Format :
- Tragédie lyrique en quatre actes.
- Musique : Georges Enescu
- Livret : Edmond Fleg
- Langue : français
Création :
13 mars 1936, Opéra de Paris (Palais Garnier), sous la direction de Philippe Gaubert.
Enescu conçoit le projet dès 1909-1910, après avoir assisté à une représentation de l’Œdipe roi de Sophocle à la Comédie-Française ; il en esquisse aussitôt les premières mesures avant même de disposer d’un livret. Edmond Fleg lui fournit un premier texte en 1913, mais la composition s’étend sur plus de vingt ans, entre autres activités de violoniste, chef d’orchestre et pédagogue : la partition vocale est achevée en 1922, l’orchestration seulement en 1931. Œuvre unique pour la scène lyrique d’un compositeur avant tout connu comme violoniste et symphoniste, « Œdipe » est saluée par un accueil triomphal lors de sa création, mais reste rarement représentée au cours du XXe siècle, éclipsée par le contexte troublé de l’entre-deux-guerres puis par la Seconde Guerre mondiale. Enescu la considérait lui-même comme l’œuvre la plus chère à son cœur.
Livret :
Le livret français est dû à l’écrivain Edmond Fleg, qui reprend l’ensemble du cycle thébain de Sophocle (« Œdipe roi » et « Œdipe à Colone ») en un seul opéra couvrant toute la vie du héros, de sa naissance à sa mort, alors que les tragédies grecques n’en couvrent chacune qu’un épisode. Cette construction en fait une œuvre rare dans le répertoire lyrique par son ambition narrative totale.
Intrigue :
- Acte I : Au palais de Thèbes, on célèbre la naissance d’Œdipe, fils de Laïos et Jocaste. Le devin aveugle Tirésias interrompt les réjouissances pour révéler une terrible prophétie : l’enfant tuera son père et épousera sa mère. Épouvanté, Laïos ordonne à un berger d’abandonner le nourrisson sur une montagne pour le laisser mourir.
- Acte II : Vingt ans plus tard, à Corinthe, Œdipe, élevé par le roi Polybe et la reine Mérope, apprend de l’oracle de Delphes qu’il est voué à tuer son père et épouser sa mère ; croyant Polybe et Mérope être ses véritables parents, il fuit Corinthe pour échapper à son destin, ignorant qu’il avait en réalité été recueilli par le berger chargé de l’abandonner. Sur la route, à un carrefour, il se querelle avec un vieillard et le tue sans savoir qu’il s’agit de Laïos, son père. Parvenu aux portes de Thèbes, il triomphe de la Sphinge en résolvant son énigme ; la ville, délivrée du monstre, l’acclame et lui offre en récompense la main de la reine veuve, Jocaste : Œdipe devient ainsi, à son insu, l’époux de sa mère.
- Acte III : Des années plus tard, une peste dévaste Thèbes. Consulté, l’oracle de Delphes révèle que le fléau ne cessera qu’une fois découvert et puni le meurtrier de Laïos. Après avoir soupçonné tour à tour Tirésias et Créon, Œdipe apprend par le témoignage du vieux berger la vérité effroyable : c’est lui qui a tué son père et épousé sa mère. Jocaste se donne la mort, et Œdipe, horrifié, se crève les yeux. Pour épargner la cité, il s’exile, accompagné de sa fille Antigone.
- Acte IV : Près d’Athènes, dans le bois sacré des Euménides où règne Thésée, Créon vient supplier Œdipe de revenir sauver Thèbes à nouveau menacée, puis tente de lui arracher Antigone de force ; les guerriers de Thésée la délivrent, et le roi d’Athènes reconnaît en Œdipe une victime innocente du destin. Guidé par Thésée, Œdipe recouvre miraculeusement la vue, disparaît dans le bois sacré et meurt en pleine lumière, devenant à jamais le protecteur bienveillant de la terre qui l’a accueilli.
Enregistrement(s) :

Lawrence Foster — 1990
Format : enregistrement studio, intégral (2 CD).
Label : EMI
Référence : CDC 7 54011 2
Année d’enregistrement : 7-20 juin 1989, Salle Garnier, Monte-Carlo ; paru en 1990.
Distribution :
- Œdipe : José van Dam, baryton
- Jocaste : Brigitte Fassbaender, mezzo-soprano
- Antigone : Barbara Hendricks, soprano
- La Sphinge : Marjana Lipovšek, mezzo-soprano
- Tirésias : Gabriel Bacquier, baryton
- Le Berger : Nicolai Gedda, ténor
- Créon : Marcel Vanaud, baryton
- Le Veilleur : Jean-Philippe Courtis, basse
- Le Grand-Prêtre : Cornelius Hauptmann, basse
- Thésée : Gino Quilico, baryton
- Laïos : John Aler, ténor
- Phorbas : Laurence Albert, basse
- Mérope : Jocelyne Taillon, contralto
Direction : Lawrence Foster
Orchestre : Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, avec l’Orfeón Donostiarra et les Petits Chanteurs de Monaco
Langue : français
Particularité :
Cet enregistrement de studio, dirigé par Lawrence Foster à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, réunit une distribution internationale de tout premier plan, dominée par le Œdipe de référence de José van Dam. Salué par la critique dès sa parution (Diapason d’or, 10 de Répertoire), il a longtemps fait figure d’enregistrement de référence de cette partition rare et exigeante, et demeure une porte d’entrée privilégiée dans l’unique opéra d’Enescu.
Postérité :
Considérée par Enescu lui-même comme son œuvre la plus chère et généralement tenue par la critique pour son chef-d’œuvre, « Œdipe » n’en est pas moins restée l’une des grandes raretés du répertoire lyrique du XXe siècle, desservie par son exigence vocale et orchestrale autant que par les convulsions de l’histoire européenne des années qui suivirent sa création. Sa redécouverte progressive depuis la fin du XXe siècle, portée par des enregistrements comme celui-ci puis par des productions scéniques dans de grandes maisons d’opéra internationales, a contribué à lui rendre la place centrale qu’elle occupe dans l’œuvre de Georges Enescu et dans le patrimoine musical roumain.

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