Note personnelle : ,

Erkel, Ferenc — Bánk bán (1861)

Format :

  • Opéra historique national en trois actes.
  • Musique : Ferenc Erkel
  • Livret : Béni Egressy, d’après le drame de József Katona
  • Langue : hongrois

Création :

9 mars 1861, Théâtre national de Pest, sous la direction de Ferenc Erkel lui-même.
Egressy tire son livret du drame historique de József Katona (1819), lui-même inspiré de l’assassinat réel, en 1213, de la reine Gertrude de Mérania, épouse du roi André II de Hongrie, par des nobles hongrois révoltés contre l’influence de sa cour étrangère. Erkel commence à composer l’ouvrage dans les années 1840, en pleine effervescence du mouvement national hongrois, mais son achèvement et sa création sont retardés par la révolution de 1848-1849 puis par la sévère censure imposée par l’administration autrichienne dans les années qui suivent : le sujet même de l’opéra, la révolte d’un noble hongrois contre une reine étrangère tyrannique, est jugé trop explicitement séditieux pour la scène. Ce n’est qu’au tournant des années 1860, avec un relatif assouplissement de l’oppression habsbourgeoise, que l’œuvre peut enfin être représentée. Sa création rencontre un succès triomphal et un immense retentissement patriotique ; l’air de Bánk, « Hazám, hazám » (Ma patrie, ma patrie), devient aussitôt l’un des emblèmes du sentiment national hongrois, et l’opéra est considéré depuis comme l’acte de naissance de l’opéra hongrois en langue nationale.

Livret :

Le livret hongrois de Béni Egressy adapte le drame « Bánk bán » (1819) de József Katona, lui-même fondé sur un épisode de l’histoire médiévale hongroise : l’assassinat de la reine Gertrude par le palatin (vice-roi) Bánk, en réaction à l’humiliation infligée à son épouse Melinda et à la mainmise de l’entourage étranger de la reine sur le royaume pendant l’absence du roi André II, parti en croisade.

Intrigue :

  • Acte I : À la cour royale de Visegrád, en l’absence du roi André II parti en croisade, la reine Gertrude laisse régner une cour dissolue dominée par des favoris étrangers. Le noble Petur Bán rallie des conjurés hongrois contre elle. Bánk, vice-roi du royaume, revient à la cour et découvre que Otto, frère de la reine, poursuit son épouse Melinda de ses assiduités ; avec la complicité tacite de Gertrude, Otto finit par la droguer et abuser d’elle. Bánk, écœuré par la corruption de la cour, exprime son amour pour Melinda et son désarroi patriotique.
  • Acte II : Bouleversé, Bánk se lamente sur le sort de sa patrie livrée aux étrangers. Melinda, anéantie par l’outrage qu’elle a subi, supplie son époux de la tuer ; Bánk, incapable de s’y résoudre, la fait conduire au loin, au-delà de la Tisza. Une confrontation éclate alors entre Bánk et la reine Gertrude : celle-ci tente de le congédier, mais il lui révèle qu’il connaît tous ses agissements ; dans un accès de rage, il la frappe mortellement au moment où elle appelle à l’aide. Le roi André II, de retour de croisade, découvre le corps de son épouse assassinée.
  • Acte III : Dans une longue scène de folie, Melinda, égarée, croit tenir son enfant tout petit dans ses bras alors qu’elle s’approche de la rivière ; elle s’y noie avec lui. La scène finale se déroule dans la chapelle royale, pendant les funérailles de la reine Gertrude : le vieux serviteur Tiborc y apporte les corps de Melinda et de son fils. Devant l’ampleur du malheur qui a frappé Bánk, le roi André II renonce à le punir, reconnaissant qu’il a déjà suffisamment souffert.

Enregistrement(s) :

János Ferencsik — 1969

Format : enregistrement studio, intégral (2 CD).
Label : Hungaroton
Référence : HCD 11376-77
Année d’enregistrement : 1969 ; réédition CD en 1994.
Distribution :

  • Bánk, vice-roi de Hongrie : József Simándy, ténor
  • Melinda, son épouse : Karola Ágay, soprano
  • Gertrude, reine de Hongrie : Erzsébet Komlóssy, mezzo-soprano
  • Otto, frère de la reine : József Réti, ténor
  • Petur Bán : András Faragó, baryton
  • Tiborc : György Melis, baryton
  • André II, roi de Hongrie : Sándor Sólyom-Nagy, baryton
  • Biberach : László Palócz, baryton

Direction : János Ferencsik
Orchestre : Orchestre Philharmonique de Budapest, avec le Chœur de l’Opéra national hongrois
Langue : hongrois

Particularité :

Cet enregistrement de référence réunit une distribution entièrement hongroise dominée par le ténor József Simándy, dont l’incarnation du rôle-titre — et en particulier de l’air « Hazám, hazám » — est restée légendaire en Hongrie. Dirigé par János Ferencsik, chef attitré de l’Opéra national hongrois pendant des décennies, ce disque a longtemps fait figure de version étalon de l’œuvre et demeure un document essentiel de l’école vocale hongroise du XXe siècle.

Tamás Pál — 2001

Format : enregistrement studio, intégral (2 CD), réalisé en parallèle du film-opéra homonyme.
Label : Teldec / Warner Classics
Référence : 2564 67436-4
Année d’enregistrement : 2001, Studio Phoenix (Budapest) ; réédition en 2011.
Distribution :

  • Bánk, vice-roi de Hongrie : Attila Kiss B., ténor
  • Melinda, son épouse : Andrea Rost, soprano
  • Gertrude, reine de Hongrie : Éva Marton, soprano
  • Otto, frère de la reine : Dénes Gulyás, ténor
  • Petur Bán : Sándor Sólyom-Nagy, baryton
  • Tiborc : Lajos Miller, baryton
  • André II, roi de Hongrie : Kolos Kováts, basse

Direction : Tamás Pál
Orchestre : Orchestre pour le Millénaire hongrois (Hungarian Millennium Orchestra), avec le Chœur national hongrois et le Chœur d’hommes Honvéd
Langue : hongrois

Particularité :

Réalisé à l’occasion du millénaire de la fondation de l’État hongrois, cet enregistrement sert de bande sonore au film-opéra « Bánk bán » réalisé par Csaba Káel (sorti en 2002), qui transpose la partition d’Erkel dans un long-métrage aux images somptueuses tourné en décors naturels. Il réunit une distribution de stars internationales de l’opéra hongrois, au premier rang desquelles la soprano Éva Marton, alors au faîte de sa carrière mondiale, aux côtés d’Andrea Rost et d’Attila Kiss B.

Postérité :

Considéré comme l’acte fondateur de l’opéra national hongrois, « Bánk bán » occupe depuis sa création une place à part dans la culture musicale et politique de la Hongrie : son air « Hazám, hazám » a longtemps rivalisé avec l’hymne national dans le cœur des Hongrois, et l’œuvre reste, avec « László Hunyadi », l’un des deux piliers du répertoire national d’Erkel. Représenté sans interruption à l’Opéra national hongrois depuis le XIXe siècle, il a fait l’objet de plusieurs révisions orchestrales et de multiples enregistrements, dont celui de Ferencsik en 1969 et celui de Tamás Pál en 2001, réalisé pour le millénaire de l’État hongrois, illustrent deux générations de tradition vocale hongroise autour de cette œuvre emblématique.

 

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