Format :
- Opéra anglais (« semi-opera » entièrement chanté, dans le style italien) en trois actes.
- Musique : John Eccles
- Livret : William Congreve
- Langue : anglais
Création :
Composé vers 1706-1707 pour le Queen’s Theatre du Haymarket à Londres, mais jamais représenté du vivant du compositeur.
Eccles et Congreve, qui avaient déjà collaboré sur le masque « The Judgment of Paris » (1701) et l’ode « Hymn to Harmony » (1702), conçoivent « Semele » comme un opéra entièrement chanté à l’italienne, destiné à inaugurer la nouvelle salle que John Vanbrugh fait construire au Haymarket. Retardé à plusieurs reprises, l’ouvrage est annoncé « prêt à être répété » en janvier 1707, mais ne parvient jamais à la scène : la direction du théâtre passe entretemps à un rival, et la mode se tourne rapidement vers l’opera seria italien chanté par des castrats, qui triomphera avec la création du « Rinaldo » de Haendel en 1711. « Semele » tombe alors dans l’oubli pendant plus de deux siècles. Le livret de Congreve resurgit en 1744 sous la forme d’un remaniement anonyme utilisé par Haendel pour son propre « Semele », aujourd’hui bien plus célèbre. La partition d’Eccles ne connaît sa première exécution, en version de concert, que le 4 juin 1964 à Oxford sous la direction de Stoddard Lincoln, et sa première mise en scène que le 22 avril 1972 à St John’s, Smith Square, à Londres, par l’Opera da Camera sous la direction de Steuart Bedford.
Livret :
Le livret est dû à William Congreve, principal dramaturge de la troupe de Thomas Betterton et collaborateur régulier d’Eccles pour la scène londonienne. Il adapte l’épisode de Sémélé raconté par Ovide dans les « Métamorphoses » (livre III), en y ajoutant le personnage d’Ino pour équilibrer la distribution. Republié seul par Jacob Tonson en 1710 dans les Œuvres de Congreve, ce même texte servira, remanié par une main anonyme, de livret à l’opéra de Haendel créé en 1744.
Intrigue :
- Acte I : Sémélé, fille de Cadmus, roi de Thèbes, aime Jupiter mais doit épouser contre son gré le prince Athamas. La cérémonie, célébrée dans le temple de Junon, est interrompue par des présages funestes : la flamme sacrée s’éteint sous l’effet de la foudre de Jupiter. Les prêtres renvoient l’assemblée ; restés seuls, Athamas et Ino se déclarent leur amour mutuel, tandis que Cadmus vient annoncer que Sémélé a été enlevée par un aigle : les augures y reconnaissent l’intervention de Jupiter lui-même.
- Acte II : Junon, furieuse d’apprendre où Jupiter cache sa rivale, envoie Iris s’informer du palais où loge Sémélé, gardé par des dragons. Junon décide de s’assurer l’aide de Somnus, dieu du Sommeil. Pendant ce temps, dans son palais enchanté, Sémélé, servie par Cupidon, savoure son bonheur mais s’inquiète de sa condition mortelle et de la fragilité de cet amour ; pour la distraire, Jupiter fait venir sa sœur Ino et organise des divertissements en son honneur.
- Acte III : Accompagnée d’Iris, Junon se rend auprès de Somnus et lui emprunte son bâton magique afin d’endormir les dragons ; elle endort également Ino pour prendre sa place. Déguisée ainsi en Ino, Junon persuade Sémélé de refuser désormais ses faveurs à Jupiter tant qu’il ne lui aura pas accordé, sous serment irrévocable, tout ce qu’elle lui demandera : le moyen, selon elle, de devenir immortelle. Jupiter, averti du danger mortel d’une telle requête, tente en vain de dissuader Sémélé ; lié par son serment, il doit lui apparaître dans toute sa gloire divine, et la foudre qui l’accompagne consume la jeune femme. L’opéra s’achève sur le mariage d’Athamas et d’Ino, ordonné par Jupiter, tandis qu’Apollon prophétise que Bacchus, l’enfant que Jupiter et Sémélé avaient conçu, renaîtra de ses cendres.
Enregistrement(s) :

Julian Perkins — 2021
Format : premier enregistrement mondial sur instruments d’époque, intégral (2 CD).
Label : AAM Records
Référence : AAM012
Année d’enregistrement : sessions studio des 23-25 novembre 2019 à St Jude-on-the-Hill (Londres), captation de concert le 26 novembre 2019 à la chapelle de Trinity College (Cambridge) ; paru le 29 janvier 2021.
Distribution :
- Jupiter, roi des dieux : Richard Burkhard, baryton
- Junon, reine des dieux : Helen Charlston, mezzo-soprano
- Iris, servante de Junon : Héloïse Bernard, soprano
- Cupidon, dieu de l’Amour : Bethany Horak-Hallett, mezzo-soprano
- Somnus, dieu du Sommeil : Christopher Foster, basse
- Apollon, dieu du Soleil et de la Prophétie : Jolyon Loy, baryton
- Cadmus, roi de Thèbes : Jonathan Brown, baryton
- Sémélé, fille de Cadmus : Anna Dennis, soprano
- Ino, sœur de Sémélé : Aoife Miskelly, soprano
- Athamas, prince de Béotie : William Wallace, ténor
- Grand Prêtre : Graeme Broadbent, basse
- Second Prêtre / Premier Augure : Rory Carver, ténor
- Troisième Prêtre / Second Augure : James Rhoads, ténor
Direction : Julian Perkins (direction et clavecin)
Orchestre : Academy of Ancient Music, avec Cambridge Handel Opera Company et Cambridge Early Music
Langue : anglais
Particularité :
Ce disque constitue le premier enregistrement mondial de « Semele » sur instruments d’époque et la première gravure intégrale de la partition originale d’Eccles, dans l’édition critique de Richard Platt parue dans la série Musica Britannica (vol. 76, 2000). Cette édition comble les quelques lacunes du manuscrit autographe (conservé au Royal College of Music de Londres) en empruntant à d’autres œuvres d’Eccles : l’ouverture provient de sa musique de scène pour « Rinaldo and Armida » (1699), la symphonie concluant l’acte II d’une suite composée pour le couronnement de la reine Anne (1702), et un duo de l’acte I de son « Birthday Ode » pour 1703. Le rôle-titre semble avoir été conçu pour la créatrice pressentie Anne Bracegirdle, principale actrice-chanteuse de la troupe de Thomas Betterton, pour laquelle Congreve écrivait alors ses pièces.
Postérité :
Resté sans la moindre représentation du vivant d’Eccles, « Semele » demeure l’un des grands « et si » de l’histoire de l’opéra anglais : sa disparition programmatique, à la même époque où l’opera seria italien s’imposait définitivement sur les scènes londoniennes, a longtemps privé le répertoire d’un jalon potentiel entre le théâtre musical de Purcell et l’opéra haendélien. Le même livret de Congreve, remanié, devait connaître une gloire posthume bien plus grande une fois mis en musique par Haendel en 1744, reléguant la version originale d’Eccles au rang de curiosité érudite jusqu’à sa redécouverte au XXe siècle. Cet enregistrement de l’Academy of Ancient Music sous la direction de Julian Perkins, en révélant enfin la partition dans son intégralité et sur instruments historiques, contribue à réévaluer la place d’Eccles parmi les grands compositeurs de théâtre de l’Angleterre de la génération suivant Purcell.

Laisser un commentaire