Note personnelle : ,

Dietsch, Pierre-Louis — Le Vaisseau fantôme (1842)

Format :

  • Opéra en deux actes et trois tableaux.
  • Musique : Pierre-Louis Dietsch
  • Livret : Paul Foucher et Bénédict-Henri Révoil
  • Langue : français

Création :

9 novembre 1842, Académie royale de musique (salle Le Peletier), Paris.
Créé sous la direction de François Habeneck, l’ouvrage bénéficia d’un accueil critique globalement favorable (Revue et Gazette musicale, Le Ménestrel), sans toutefois rencontrer son public : il ne connut qu’une douzaine de représentations entre novembre 1842 et janvier 1843, un échec commercial largement imputé à une mise en scène jugée trop pauvre en spectacle — alors que le genre appelait de grands effets visuels, aucun navire, fantôme ou non, n’apparaissait sur scène. L’œuvre précède de moins de deux mois la création à Dresde, le 2 janvier 1843, du Fliegende Holländer de Richard Wagner sur le même sujet.

Livret :

L’origine de cet opéra tient à l’un des épisodes les plus singuliers de l’histoire de l’Académie royale de musique : le 2 juillet 1841, le jeune Richard Wagner, alors dans le dénuement à Paris, vend à l’Opéra, pour 500 francs, le canevas d’un « Vaisseau fantôme » qu’il avait imaginé (et qui deviendra, une fois refusé pour la composition, son propre Der fliegende Holländer). La direction de l’Opéra, sous Léon Pillet, confie l’écriture du livret définitif à Paul Foucher et Bénédict-Henri Révoil, qui enrichissent le canevas wagnérien de motifs empruntés à The Pirate de Walter Scott, à l’œuvre de Fenimore Cooper et surtout à The Phantom Ship de Frederick Marryat (traduit en français dès 1839 sous le titre Le Vaisseau fantôme) ; la composition de la musique revient à Pierre-Louis Dietsch, alors chef des chœurs de l’Opéra.

Intrigue :

  • Acte I : Sur une île des Shetland, Minna, fille du capitaine Barlow, chante la légende du vaisseau fantôme, qui exerce sur elle une fascination inexplicable ; elle est fiancée à son compagnon d’enfance Magnus. Pris dans une violente tempête, le navire de Barlow est sauvé par un mystérieux capitaine, Waldemar, qui n’est autre que Troïl, dit le Maudit, condamné pour avoir franchi un cap interdit à errer sur les mers, ne pouvant aborder qu’un jour tous les sept ans — à moins de trouver une femme qui lui reste fidèle jusqu’à la mort. Par reconnaissance envers son sauveur, Barlow lui promet la main de Minna.
  • Acte II, 1er tableau : Désespéré d’avoir perdu Minna, Magnus s’est retiré dans un monastère et y a pris l’habit. Minna, venue prier, l’y retrouve ; devenu prêtre, il accepte, en dépit de son propre chagrin, de bénir l’union projetée entre elle et Waldemar.
  • Acte II, 2e tableau : Le jour des noces, tandis que Troïl tente en vain de mettre Minna en garde, l’échange des anneaux révèle sur sa main la blessure inguérissable laissée par le meurtre du père de Magnus. Démasqué et maudit par l’assemblée, Troïl invoque les puissances infernales et ses compagnons fantômes. Pour le sauver, Minna se précipite dans les flots et meurt fidèle à son serment ; son sacrifice rachète Troïl, qui est absous devant Dieu dans une apothéose finale.

Enregistrement(s) :

Marc Minkowski — 2013

Format : enregistrement public, intégrale, couplé en coffret avec Der fliegende Holländer de Richard Wagner (version de Paris, 1841).
Label : naïve / Palazzetto Bru Zane — Centre de musique romantique française.
Référence : V 5349 (coffret 4 CD).
Année d’enregistrement : 1er juin 2013, Wiener Konzerthaus, Vienne.
Distribution :

  • Troïl : Russell Braun, baryton
  • Minna : Sally Matthews, soprano
  • Magnus : Bernard Richter, ténor
  • Barlow : Ugo Rabec, basse
  • Éric : Eric Cutler, ténor
  • Scriften : Mika Kares, basse

Direction : Marc Minkowski.
Orchestre : Les Musiciens du Louvre Grenoble.
Chœur : Chœur de chambre philharmonique estonien.
Langue : français

Particularité :

Fruit d’un concert donné au Konzerthaus de Vienne où l’ouvrage de Dietsch fut donné en miroir du Fliegende Holländer de Wagner sur le même sujet, cet enregistrement offre la seule version discographique disponible de l’opéra de Dietsch. Marc Minkowski y défend une partition oscillant entre l’héritage de Meyerbeer et Halévy et des couleurs déjà berlioziennes, portée par une distribution réunissant Russell Braun en Troïl inquiétant et Sally Matthews en Minna à la ligne soignée.

Postérité :

Retiré de l’affiche après une douzaine de représentations, Le Vaisseau fantôme de Dietsch resta longtemps l’objet d’une curiosité surtout liée à son étrange proximité avec l’œuvre de Wagner sur le même sujet — au point d’avoir parfois été présenté, à tort, comme un décalque opportuniste du canevas wagnérien, alors que Dietsch composa une partition autonome à partir d’un livret français indépendant. Il fallut attendre l’initiative du Palazzetto Bru Zane et de Marc Minkowski, en 2013, pour que l’ouvrage retrouve la scène de concert puis le disque, permettant enfin la comparaison directe entre les deux « vaisseaux fantômes » nés de la même année 1841.

 

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