Format :
- Tragédie en musique (tragédie lyrique) en un prologue et cinq actes.
- Musique : Henry Desmarest
- Livret : Louise-Geneviève Gillot de Saintonge
- Langue : français
Création :
Automne 1694 (date exacte incertaine), Académie royale de musique, Paris.
La date précise de la création demeure incertaine : le marquis de Dangeau note que le « jeudi 11 [novembre] Monseigneur alla à Paris à l’opéra de Circé qui est un opéra nouveau », mais la phrase est ambiguë et pourrait désigner une deuxième, voire une troisième représentation. L’œuvre resta à l’affiche près de deux mois, jusqu’au 2 janvier 1695, pour une trentaine de représentations aux recettes excellentes. C’est le second opéra de Desmarest pour l’Académie royale de musique, un an après le grand succès de son Didon, premier véritable triomphe lyrique parisien depuis la mort de Lully (1687).
Livret :
Le livret de Circé est dû à Louise-Geneviève Gillot de Saintonge (1650-1718), première femme dramaturge à collaborer avec l’Académie royale de musique. Elle y propose une lecture personnelle et ambivalente du mythe de Circé tel que conté par Homère dans l’Odyssée : une magicienne partagée entre fragilité, sensualité, colère et toute-puissance, dont l’opéra donne à voir la face lumineuse comme la face sombre. Malgré son succès à la création, l’œuvre ne fut jamais reprise à l’Académie ni ailleurs ; en 1704, dix ans après sa création, de larges extraits en furent toutefois repris dans Télémaque ou les Fragments des Modernes, pastiche assemblé par André Campra sur des paroles d’Antoine Danchet, rendant hommage à Desmarest alors exilé en Espagne.
Intrigue :
- Prologue : Sur fond de guerre de la Ligue d’Augsbourg, les Plaisirs et les Jeux, fuyant les horreurs du conflit, se réfugient sur les bords de la Seine, où ils sont accueillis par le roi et les divinités du fleuve au cours d’un divertissement.
- Acte I : Circé fait part à Astérie de ses craintes sur la sincérité de l’amour d’Ulysse, d’autant qu’Elphénor lui a révélé que ses compagnons pressent ce dernier de quitter l’île. Pour empêcher cette fuite, elle transforme les compagnons en monstres et son île en jardin, agrémenté d’une fête pour les Amants heureux. Astérie repousse les avances d’Elphénor et lui reproche d’avoir trahi ses compagnons ; celui-ci soupçonne alors qu’elle a un rival.
- Acte II : Ulysse demande à Circé de libérer ses compagnons ; elle accepte, par amour et pour démontrer sa puissance. Ulysse annonce à Elphénor la prochaine libération ; ce dernier, attristé, révèle à Ulysse son amour pour Astérie et sa haine pour son rival. Pour célébrer l’amour d’Ulysse et la libération de ses compagnons, Circé donne une grande fête en l’honneur de l’Amour, qui apparaît et expose en des propos sibyllins les véritables sentiments d’Ulysse.
- Acte III : Minerve dissuade Éolie, arrivée sur l’île pour interroger Circé sur le sort d’Ulysse qu’elle croit mort, et lui apprend que la magicienne est sa rivale. Ulysse, endormi dans une forêt dont les arbres sont les anciens amants de Circé, est entouré de Songes qui lui suggèrent de reprendre la mer. À son réveil, il retrouve Éolie, à qui il renouvelle son amour ; mais Elphénor surprend leur échange et les dénonce à la magicienne. Pour le récompenser, celle-ci lui accorde la main d’Astérie, qui repousse ses avances ; Elphénor se suicide par désespoir.
- Acte IV : Circé interroge le tombeau d’Elphénor pour connaître le nom de sa rivale ; l’ombre d’Elphénor refuse d’en dire plus. Furieuse, la magicienne invoque les Enfers : Ulysse est poursuivi par les Euménides, tandis que l’aveu d’Éolie accroît le ressentiment et le désespoir de Circé. Elle change alors le tombeau en bocage et les Démons en Nymphes. Mercure remet à Éolie une fleur qui a le pouvoir de faire cesser les enchantements, afin d’aider la fuite des deux amants.
- Acte V : Éolie a délivré Ulysse ; rejoints par leurs compagnons, Astérie et Polite, ils s’apprêtent à embarquer. Dans une ultime tentative pour les retenir, Circé ordonne aux Démons d’incendier leurs navires, mais grâce à la fleur, Éolie écarte le danger. Désespérée, Circé détruit son île, qui disparaît dans les flots.
Enregistrement(s) :

Sébastien d’Hérin — 2023
Format : studio, intégrale, coffret 2 CD. Premier enregistrement mondial.
Label : Château de Versailles Spectacles (Collection Opéra Français n°16).
Référence : CVS085.
Année d’enregistrement : 10 au 12 janvier 2022, Opéra Royal du Château de Versailles.
Distribution :
- Circé : Véronique Gens, soprano
- Ulysse : Mathias Vidal, ténor
- Astérie, Minerve : Caroline Mutel, soprano
- Éolie : Cécile Achille, soprano
- Polite, Phantase : Romain Bockler, baryton
- Elphénor : Nicolas Courjal, basse
- L’Amour : Cécile Granger, soprano
- Une Nymphe : Marie Picaut, soprano
- Mercure : Pierre Derhet, taille
- Un Amant fortuné, Un Grec, Un Songe : Mathieu Montagne, taille
- Un Dieu des Eaux, Le Grand Prêtre, Phaebetor : Arnaud Richard, basse
Direction : Sébastien d’Hérin.
Orchestre et chœur : Les Nouveaux Caractères.
Langue : français
Particularité :
Premier enregistrement mondial de cet opéra composé au sommet de l’art de Desmarest et jamais repris depuis sa création, fruit d’un projet porté par Les Nouveaux Caractères depuis 2018. Véronique Gens y campe une Circé délibérément ambivalente, faite de fragilité et de sensualité autant que de colère et de puissance, entourée d’une distribution réunie par Sébastien d’Hérin pour servir une galerie de personnages marqués par leurs forces et leurs faiblesses.
Postérité :
Bien accueillie par le Dauphin, qui en suivit sept représentations, Circé ne fut jamais reprise après sa création, en dehors des extraits insérés en 1704 dans le pastiche Télémaque d’André Campra. Longtemps jugée sévèrement sur la seule foi d’une rumeur tardive et non étayée d’échec (les frères Parfaict, en 1741), l’œuvre fut au contraire créditée par des témoins de l’époque, tel Sébastien de Brossard, d’avoir « attiré beaucoup d’applaudissements ». Elle demeura cependant totalement absente de la scène et du disque jusqu’à ce que Les Nouveaux Caractères et Sébastien d’Hérin en réalisent, en 2023, le premier enregistrement mondial, restituant à Desmarest et à sa librettiste Madame de Saintonge, pionnière des femmes dramaturges de l’Académie royale de musique, l’une des grandes tragédies en musique du répertoire post-lullyste.

Laisser un commentaire