Note personnelle : ,

De Nebra, José — Donde hay violencia, no hay culpa (1744)

Format :

  • Zarzuela baroque en deux actes (jornadas).
  • Musique : José de Nebra
  • Livret : Nicolás González Martínez (1708-1773), d’après la légende romaine du Viol de Lucrèce (Tite-Live)
  • Langue : espagnol

Création :

1744, au Coliseo del Duque de Medinaceli, à Madrid, par la troupe théâtrale de José de Parra.
L’œuvre fut probablement commandée par le duc de Medinaceli à l’occasion d’un événement familial privé (mariage ou anniversaire), dont la date exacte n’a pu être établie. 1744 marque le début d’une période particulièrement féconde pour José de Nebra, organiste de la Chapelle royale de Madrid, qui écrit alors coup sur coup plusieurs opéras et zarzuelas pour les troupes théâtrales madrilènes : Vendado es Amor, no es ciego (1744), Donde hay violencia, no hay culpa (1744) et Iphigenia en Tracia (1747). Ces œuvres reflètent la synthèse propre à Nebra entre les éléments de l’opéra italien, alors en vogue dans toute l’Europe et à la cour de Madrid où travaillaient des musiciens aussi prestigieux que Domenico Scarlatti, Farinelli, Nicolás Conforto ou Francesco Corselli, et la tradition musicale et folklorique espagnole.

Livret :

Nicolás González Martínez reprend le célèbre épisode de l’histoire romaine du Viol de Lucrèce. Le titre Donde hay violencia, no hay culpa (« Là où il y a violence, il n’y a pas de culpabilité ») fait probablement référence au récit de Tite-Live, où Collatin absout son épouse Lucrèce, la déchargeant à la fois de la faute « romaine » de l’honneur et de l’adultère, et de la faute « chrétienne » du suicide. Comme la plupart des zarzuelas baroques, l’ouvrage alterne nombreux dialogues parlés (dont seuls ceux du premier acte ont survécu) et numéros musicaux ; les rôles de Lucrecia, Colatino, Tulia et Laureta parlent et chantent, tandis que les autres personnages, dont le tyran Sextus Tarquinius et son père le roi Tarquin, sont exclusivement chantés selon la tradition.

Intrigue :

  • Acte I : Rome, 509 av. J.-C. Le roi Tarquin, monté sur le trône par l’assassinat de son beau-père Servius Tullius, mène la guerre contre les Rutules voisins ; son fils Sextus et les Romains rendent grâce à Mars pour leur victoire. Lucrèce, épouse du général Colatino qui a conduit l’armée, ignore qu’elle est en secret l’obsession du prince Sextus, épris d’elle depuis que son cousin Colatino en a vanté la vertu. Fiancé à Tulia, sœur de Colatino, Sextus persuade la servante Laureta d’introduire secrètement Tulia dans la chambre de Lucrèce, la nuit, sous prétexte de lui parler en privé. Colatino revient inopinément annoncer au roi la fin victorieuse de la campagne ; Tarquin décide alors de marier Sextus à Octavie plutôt qu’à Tulia, provoquant le dépit de cette dernière. Sextus s’introduit ensuite chez Colatino et Tulia et leur avoue son amour irrépressible pour Lucrèce ; accusé par Colatino d’avoir trahi la vertu et la beauté de son épouse en les décrivant lui-même, Sextus s’enfuit, laissant Colatino dans le désarroi. L’acte se clôt sur un trio où Lucrèce, Colatino et Tulia expriment leur colère et leur inquiétude devant cette situation terrible.
  • Acte II : Alors que l’on prépare les noces de Sextus et d’Octavie, Colatino confie son inquiétude à Lucrèce et déplore les conditions politiques et morales de Rome. Sextus, qui n’aime que Lucrèce, refuse la main d’Octavie et retourne dans la chambre de Lucrèce ; surpris par Colatino accouru à l’aide de son épouse, une violente altercation éclate. Le roi refuse cependant de punir son fils, n’y voyant qu’une « galanterie de jeunesse », et confirme le mariage de Sextus et Octavie pour le soir même. Tulia, furieuse d’être ainsi éconduite, souhaite la mort de Sextus. Colatino et Lelio complotent alors contre la tyrannie des Tarquins, mais sont surpris par Tarquin ; au moment de l’affronter, un cri déchirant se fait entendre : c’est Lucrèce, brisée, qui vient révéler que son honneur a été souillé par l’abominable prince. Impuissante et anéantie, elle supplie son époux de la venger, puis se plonge un poignard dans la poitrine et meurt dans les bras de Colatino, qui, furieux, décide de tuer le tyran. En pleine fête des noces de Sextus et Octavie, un soulèvement populaire éclate et s’achève par l’expulsion du roi Tarquin et de son fils Sextus.

Enregistrement(s) :

Alberto Miguélez Rouco — 2022

Format : 2 CD
Label : Glossa
Référence : GCD 923535
Année d’enregistrement : 31 octobre – 5 novembre 2021, Landgasthof Riehen, Suisse (paru en 2022).
Distribution :

  • Lucrecia : Alicia Amo, soprano
  • Colatino : Natalie Pérez, mezzo-soprano
  • Tulia : Giulia Semenzato, soprano
  • Laureta : Judit Subirana, mezzo-soprano

Direction : Alberto Miguélez Rouco
Orchestre : Los Elementos, sur instruments d’époque
Langue : espagnol

Particularité :

Premier enregistrement mondial de l’œuvre, à partir d’une nouvelle édition musicale établie par Alberto Miguélez Rouco et commandée par le Teatro de la Zarzuela de Madrid. Les dialogues parlés originaux n’ayant survécu que pour le premier acte, seuls les numéros musicaux ont été enregistrés ; Rouco y a ajouté des fanfares de sa composition ouvrant chaque acte et l’entrée de Colatino (sur le modèle d’un air de Francesco Corselli pour Achille in Sciro, 1744), ainsi qu’une ouverture en trois mouvements de sa main, empruntant des fragments d’autres œuvres de Nebra (la Misa Jubilate in conspectu Regis Domini, 1751 ; La Colonia de Diana, 1745 ; les Vísperas de los Santos, 1749 ; les Responsorios de Reyes, 1753 ; les Completas, 1749). Cet enregistrement prolonge le travail engagé par Miguélez Rouco et Los Elementos autour de la redécouverte discographique des zarzuelas de Nebra, après Vendado es Amor, no es ciego déjà paru chez Glossa.

Postérité :

Longtemps éclipsé par ses contemporains italianisants de la cour madrilène, José de Nebra s’est imposé depuis quelques décennies comme l’un des compositeurs espagnols majeurs de son siècle, grâce à la redécouverte progressive de ses opéras, zarzuelas et musique sacrée. Donde hay violencia, no hay culpa, qui n’avait plus été jouée depuis le XVIIIe siècle, a été régulièrement reprise dans les théâtres publics de Madrid jusque dans les années 1750, preuve de la popularité durable du sujet et de la musique de Nebra ; cet enregistrement s’inscrit dans le mouvement plus large de redécouverte de la zarzuela baroque espagnole du XVIIIe siècle.

 

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