Format :
- Opera seria romantique en deux actes.
- Musique : Vicenç Cuyàs
- Livret : Felice Romani, adapté par Josep Llausàs i Mata
- Langue : Italien
Création :
17 juin 1838, Barcelone (Teatre de la Santa Creu). Composé en seulement trois mois par Cuyàs, alors âgé de vingt-deux ans, La Fattucchiera est considéré comme le premier opéra romantique écrit en Catalogne. Le jeune compositeur, formé à Barcelone auprès de Ramon Vilanova après avoir renoncé à des études de médecine, y déploie une écriture nourrie de l’exemple de Bellini. Le triomphe est immédiat : plus de vingt représentations dès la première saison, sept autres en 1839, et des pages de la partition qui se répandent au-delà du théâtre. Cuyàs meurt de la tuberculose le 7 mars 1839, quelques mois seulement après ce succès, sans avoir pu confirmer la promesse de ce coup d’essai.
Livret :
Le texte italien, dû à Felice Romani, avait été initialement conçu pour l’Ismalia, ossia morte ed amore de Saverio Mercadante, créé à la Scala de Milan en 1832 : les deux livrets puisent à la même source, le roman du vicomte d’Arlincourt L’Étrangère. C’est Josep Llausàs i Mata qui adapte ce matériau pour Cuyàs, conservant l’atmosphère de mélodrame gothique — magie noire, serments rompus et amour rédempteur — propre au genre troubadour alors en vogue.
Intrigue :
L’action se déroule au XIIe siècle, au château de San Pari en Normandie, au retour de la troisième croisade. Oscar, capitaine des armées de Richard Cœur de Lion, aime Ismalia, fille du seigneur des lieux, mais un vœu fait pendant la croisade lui interdit de déclarer cet amour avant leur mariage, sous peine de voir se rouvrir une blessure mortelle. Argea (Azila), ancienne amante délaissée d’Oscar devenue une redoutable sorcière, exploite les doutes d’Ismalia pour se venger et empêcher l’union. Sommé de s’expliquer, Oscar finit par avouer son amour : le vœu rompu le tue aussitôt. Dans le second acte, le spectre d’Oscar apparaît sur sa tombe ; désespérée, Ismalia tente, au monastère de Gissor, une cérémonie occulte pour rejoindre son bien-aimé par-delà la mort. Mais une intervention divine déjoue les manœuvres d’Argea, qui se donne la mort, tandis qu’Oscar s’efface et Ismalia s’effondre, épargnée par le sortilège.
Enregistrement(s) :

Josep Pons — 2003
Format : 2 CD (73’39 et 67’33)
Label : Columna Música
Référence : 1CM0101
Enregistrement : live, Gran Teatre del Liceu, Barcelone, 26 et 28 octobre 2001 ; paru en 2003.
Distribution :
- Ismalia : Ofèlia Sala, soprano
- Argea (Azila) : Claudia Marchi, mezzo-soprano
- Oscar : José Sempere, ténor
- Ulrico : Simón Orfila, basse chantante
- Blondello : Javier Franco, baryton
- La sorcière (Bruixa) : Montserrat Benet, soprano
Direction : Josep Pons
Orchestre et chœur : Orquestra Simfònica i Cor del Gran Teatre del Liceu
Langue : Italien
Particularité :
Considérée comme l’un des jalons de l’opéra romantique espagnol du XIXe siècle, La Fattucchiera se distingue par ses vastes scènes complexes, à travers-composées, où le chœur tient un rôle de premier plan, et par une écriture mélodique où l’ombre de Bellini — jusque dans certains emprunts directs à Norma — se marie à des touches donizettiennes. Cet enregistrement, capté en public au Gran Teatre del Liceu et publié dans une édition soignée par Columna Música, en constitue la première résurrection discographique moderne, portée par une distribution particulièrement soignée.
Postérité :
Malgré le succès immédiat de sa création, La Fattucchiera disparaît du répertoire après la mort prématurée de son compositeur et reste pendant plus d’un siècle et demi la trace la plus éclatante d’une carrière interrompue net. Le musicologue Rafael Mitjana la qualifiait déjà comme l’un des rares opéras espagnols du XIXe siècle à avoir connu un tel rayonnement critique et populaire. L’édition critique de la partition par Francesc Cortès i Mir, publiée par l’ICCMU en 1998, ouvre la voie à cette redécouverte au disque, qui restitue à Cuyàs la place de pionnier du romantisme lyrique catalan.

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