Format :
- Genre : melodramma semiserio en deux actes.
- Musique : Carlo Coccia.
- Livret : Gaetano Rossi, d’après « La Forêt d’Hermanstadt » de Louis-Charles Caigniez (mélodrame, théâtre de l’Ambigu-Comique, Paris, 4 décembre 1805).
- Langue : italien.
Création :
8 juin 1815, Teatro San Benedetto, Venise.
Clotilde voit le jour à la veille de la clôture du Congrès de Vienne, alors que s’achève l’époque napoléonienne. Coccia, jeune maestro napolitain formé auprès de Fedele Fenaroli et de Giovanni Paisiello, connaît avec cet ouvrage le plus grand triomphe de sa carrière : l’opéra est aussitôt surnommé « l’Opera dei Cori » pour l’importance et la nouveauté du traitement choral, une caractéristique alors jugée digne d’un « nouveau Mayer ». Le succès est immédiat et durable : la partition circule sur les plus grandes scènes de la péninsule (La Scala de Milan, le San Carlo de Naples, la Fenice de Venise) et jusqu’à l’Opéra de Paris, où l’ouvrage est cependant repris sans grand succès en 1821. Porté par cette réussite, Coccia entreprend peu après une carrière européenne, dirigeant et composant à Lisbonne puis à Londres, avant que la vogue montante de Rossini ne relègue peu à peu sa musique au second plan.
Livret :
Gaetano Rossi tire son livret du mélodrame français « La Forêt d’Hermanstadt » de Louis-Charles Caigniez (1805), grand pourvoyeur de sujets pour l’opéra semiseria italien de cette génération. Rossi resserre l’intrigue et, fait notable pour l’époque, confie au chœur une fonction dramatique active et non plus seulement décorative : les villageois et soldats découvrent Clotilde, la cherchent et la suivent tout au long de l’ouvrage, ce qui vaudra à l’opéra sa réputation d’« Opera dei Cori ».
Intrigue :
- Acte I : Dans un château en ruines au cœur de la forêt de Bramante, en Savoie, Isabella et le sicaire Tartuffo attendent l’arrivée de la princesse Clotilde, promise au comte Emerico de Monmelliano. Sivaldo, favori infidèle d’Emerico et frère d’Isabella, a conduit Clotilde jusqu’aux ruines : il projette de dépouiller la princesse de ses vêtements, de ses bijoux et de ses papiers pour substituer à sa place sa propre sœur Isabella, et charge Tartuffo de la tuer et de jeter son corps dans un puits. Pris de pitié devant les supplications de Clotilde, Tartuffo l’épargne en secret et la laisse fuir, faisant croire à Sivaldo qu’elle est morte. Errante et abandonnée dans la forêt, Clotilde rencontre une joyeuse troupe de Savoyards menée par l’aubergiste Jacopone ; sous le nom de « Rosa », elle se fait engager comme servante à son auberge. Au château, les préparatifs battent leur train pour la noce d’Emerico avec la fausse Clotilde. Lors d’une fête villageoise organisée en répétition des réjouissances, c’est Rosa qui, par jeu, est choisie pour incarner la princesse — et c’est à cet instant précis qu’Emerico, de retour, s’éprend d’elle à la vue de sa grâce naturelle, tandis qu’Isabella, furieuse et terrifiée de la reconnaître vivante, l’entraîne à l’écart.
- Acte II : Le soir, à l’auberge de Jacopone, Rosa se confie à Agata, cousine de l’aubergiste, et lui révèle sa véritable identité. Des soldats envoyés par Sivaldo font irruption pour s’emparer d’elle avant qu’elle n’atteigne le château ; elle échappe de justesse à leur poursuite, secourue par un Tartuffo désormais repenti qui la cache dans la campagne. Les militaires bredouilles ramènent malgré tout la fausse Clotilde pour la cérémonie. Parvenue enfin jusqu’à Emerico, Clotilde lui remet une lettre qui dévoile l’imposture ; le comte, bouleversé et incrédule, hésite jusqu’à ce qu’un médaillon pendu au cou de la jeune femme, sur lequel Isabella reconnaît elle-même son écriture, lève tout doute sur son identité. Emerico retrouve enfin sa véritable fiancée et, à la demande de Clotilde elle-même, pardonne à Sivaldo et Isabella, leur épargnant le châtiment mérité.
Enregistrement(s) :

Fabrizio Dorsi — 2003
Format : enregistrement public (live), captation de la reprise scénique moderne.
Label : Bongiovanni.
Référence : GB 2381/82-2 (2 CD).
Année d’enregistrement : 7-9 novembre 2003, Teatro Coccia, Novara ; publié en 2005.
Distribution :
- Clotilde : Adelina Scarabelli, soprano
- Emerico, conte di Monmelliano : Amedeo Moretti, ténor
- Sivaldo : Daniele Cusari, basse
- Isabella : Ornella Vecchiarelli, soprano
- Jacopone : Davide Rocca, baryton
- Tartuffo : Marco Tirilli, basse
- Agata : Gabriella Selvaggio, soprano
- Un ufficiale savoiardo : Pierluigi Dilengite, baryton
Direction : Fabrizio Dorsi.
Orchestre : Orchestra Sinfonica Carlo Coccia (Novara).
Chœur : Coro Lirico Polifonico Carlo Coccia (chef de chœur : Gianmario Cavallaro).
Langue : italien.
Particularité :
Cette production, captée en public au Teatro Coccia de Novara en novembre 2003, constitue la résurrection scénique moderne de Clotilde après près de deux siècles de silence, et s’inscrit dans le mouvement de redécouverte musicologique de l’œuvre de Coccia mené à Novara — ville où le compositeur exerça lui-même, à partir de 1840, la charge de maestro di cappella de la cathédrale. On notera que la distribution de cet enregistrement s’écarte par endroits des tessitures canoniques du livret : Isabella (mezzo-soprano à l’origine) est ici confiée à une soprano, tandis que Tartuffo (baryton) est chanté par une basse et Jacopone (basse) par un baryton — choix de casting propres à cette reprise plutôt qu’aux intentions premières du compositeur.
Postérité :
Immense succès à sa création, Clotilde valut à Coccia une reconnaissance immédiate dans toute l’Italie et jusqu’à Paris, avant d’être progressivement éclipsée par l’irrésistible ascension de Rossini, dont le style allait bientôt dominer sans partage la scène lyrique italienne. Tombée dans un oubli quasi total durant près de deux siècles, l’œuvre n’a retrouvé le chemin de la scène qu’à l’occasion de cette production novaraise de 2003, portée par un patient travail de reconstitution des sources (autographe et livrets d’époque) mené par la musicologie coccienne. Cet enregistrement Bongiovanni demeure à ce jour le seul témoignage discographique intégral de Clotilde.

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