Format :
- Melodramma idillico en trois actes.
- Musique : Francesco Cilea.
- Livret : Enrico Golisciani (1848-1918), sur un sujet original d’inspiration napoléonienne.
- Langue : Italien.
Création :
9 février 1889, au Conservatoire San Pietro a Majella de Naples.
Cilea a vingt-deux ans et compose Gina comme œuvre de fin d’études, sous la direction de ses maîtres du Conservatoire napolitain — dans la continuité de la tradition qui voulait qu’un jeune compositeur y fît la preuve de son talent par un ouvrage lyrique complet. Encore tributaire du grand romantisme italien, mâtiné d’une sensibilité mélodique proche de Donizetti et de Bellini et d’un charme orchestral déjà redevable à l’opéra-comique français, l’ouvrage annonce pourtant, par sa veine sentimentale et sa tendresse d’écriture, le vérisme intimiste que Cilea développera huit ans plus tard dans L’Arlesiana puis dans Adriana Lecouvreur. La création, accueillie avec un succès honorable dans le cadre scolaire, révèle le jeune musicien calabrais à peine un an avant que Cavalleria rusticana de Mascagni ne bouleverse la scène lyrique italienne.
Livret :
Golisciani situe l’action dans la France du tout début du XIXe siècle, en pleine épopée napoléonienne, et bâtit une idylle sentimentale autour d’un motif alors très prisé : le sacrifice et la fidélité par-delà l’absence. Le ton, plus proche de l’opéra-comique attendri que du drame violent, vaut à l’ouvrage son qualificatif de « melodramma idillico » — un genre à mi-chemin entre la pastorale sentimentale et le mélodrame romantique, où l’intrigue amoureuse prime sur le tragique. L’anneau échangé, gage d’amour perdu puis miraculeusement retrouvé, fonctionne comme un ressort dramaturgique classique du théâtre lyrique du temps, résolu ici par un heureux hasard plutôt que par la fatalité.
Intrigue :
- Acte I : Dans un village français, au temps des guerres napoléoniennes, Gina et Giulio se découvrent un amour naissant au moment même où Giulio s’apprête à partir sous les drapeaux. Apprenant qu’Uberto, le frère de Gina, a été appelé à la conscription, Giulio se propose de partir à sa place. Avant son départ, Gina lui fait don d’un anneau en gage de fidélité et d’amour, alors qu’ils se connaissent à peine.
- Acte II : Les années passent dans l’attente et l’incertitude. Au camp, Giulio perd l’anneau de Gina au cours des combats ou des tribulations militaires ; son compagnon d’armes Flamberge, qui a recueilli l’objet, en devient malgré lui le dépositaire du secret qui doit sceller le destin des amants.
- Acte III : Giulio revient enfin au pays, mais sans l’anneau, craignant de ne pouvoir prouver sa fidélité ni convaincre Gina de son amour. Flamberge survient à point nommé et restitue l’anneau perdu, dissipant tous les malentendus : la constance de Gina et de Giulio est récompensée, et l’opéra s’achève sur le triomphe de leur amour retrouvé.
Enregistrement(s)

Christopher Franklin — 2001
Format : CD (2 disques), numérique (DDD)
Label : Bongiovanni, coll. « Novità del Passato »
Référence : Bongiovanni GB 2302/03
Année d’enregistrement : 2001, Italie
Distribution :
- Gina : Anna Lucia Alessio, mezzo-soprano
- Lilla : Laura Brioli, contralto
- Giulio : Gianluca Terranova, ténor
- Uberto : Fabio Maria Capitanucci, baryton
- Flamberge : Andrea Porta, basse
Direction : Christopher Franklin
Orchestre : Orchestra Philharmonia Mediterranea & Coro « Solisti Cantori »
Langue : Italien
Particularité :
Premier enregistrement mondial de cette œuvre de jeunesse restée inédite au disque et pratiquement absente de la scène depuis sa création scolaire de 1889, cette gravure accompagne la redécouverte scénique de Gina autour des années 2000. Christopher Franklin, avec une battue attentive aux couleurs tendres que Cilea distille déjà dans son orchestration, met en lumière le charme mélodique de cette partition de transition, à mi-chemin entre l’héritage donizettien-bellinien et l’aube du vérisme. Le ténor Gianluca Terranova, au timbre séduisant, et le baryton Fabio Maria Capitanucci impressionnent particulièrement, tandis qu’Anna Lucia Alessio prête au rôle-titre une simplicité touchante ; la prestation de Laura Brioli, en Lilla, a pu être jugée plus inégale par la critique. Document précieux malgré ses limites, il permet d’entendre le tout premier Cilea, encore loin de la maturité d’Adriana Lecouvreur mais déjà porteur de son goût pour la confidence lyrique.
Postérité :
Restée à l’état d’œuvre de jeunesse quasiment ignorée pendant plus d’un siècle, Gina n’a connu sa véritable redécouverte qu’à la charnière des XXe et XXIe siècles, portée par un mouvement plus large de réévaluation du premier vérisme italien et par la volonté de mieux cerner la genèse du style de Cilea. Une production scénique donnée au Teatro Malibran de Venise, sous l’égide de la Fenice, a prolongé cette résurrection au concert quelques années après la parution du disque Bongiovanni, confirmant l’intérêt musicologique de l’ouvrage sans pour autant l’installer au répertoire courant. Aujourd’hui encore rareté discographique et scénique, Gina demeure un jalon précieux pour comprendre le cheminement d’un compositeur qui, de ce mélodrame idyllique d’écolier, gagnera en une décennie la maîtrise dramatique et orchestrale d’Adriana Lecouvreur.

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