Note personnelle : ,

Cilea, Francesco — Adriana Lecouvreur (1902)

Format :

  • Dramma in quattro atti (drame lyrique en quatre actes).
  • Musique : Francesco Cilea.
  • Livret : Arturo Colautti (1851-1914), d’après la pièce Adrienne Lecouvreur d’Eugène Scribe et Ernest Legouvé (1849), elle-même inspirée de la vie de la comédienne française Adrienne Lecouvreur (1692-1730).
  • Langue : Italien.

Création :

6 novembre 1902, au Teatro Lirico de Milan, sous la direction de Cleofonte Campanini, avec Angelica Pandolfini, Enrico Caruso et Giuseppe De Luca dans les rôles principaux.
Cilea a trente-six ans et vient de connaître un relatif insuccès avec La Tilda (1892) puis un premier vrai triomphe avec L’Arlesiana (1897), où Caruso s’était déjà illustré. Formé au Conservatoire de Naples dans le sillage de la tradition post-verdienne, admirateur de Massenet dont il partage le raffinement orchestral et le lyrisme intimiste, Cilea signe avec Adriana Lecouvreur son chef-d’œuvre : un vérisme de salon, tout en nuances et en demi-teintes, qui préfère la confidence amoureuse aux éclats sanguins de Cavalleria rusticana ou de Pagliacci, et où l’héroïne, actrice consacrant sa vie à l’art, offre au compositeur l’occasion d’un hommage sincère au théâtre lui-même.

Livret :

Colautti resserre en quatre actes la pièce-fleuve de Scribe et Legouvé, créée à la Comédie-Française en 1849 pour Rachel. Le librettiste conserve le cadre historique — Paris, 1730, le monde de la Comédie-Française et l’intrigue de cour mêlant le maréchal Maurice de Saxe à la princesse de Bouillon — mais concentre l’action autour de la rivalité entre les deux femmes et sacrifie l’exactitude historique à l’efficacité dramatique : le fameux dénouement par le poison des violettes, resté dans l’histoire comme l’un des ressorts les moins vraisemblables du vérisme lyrique, n’a aucun fondement dans la réalité de la mort d’Adrienne Lecouvreur. Le livret doit une part de son charme à sa mise en abyme constante : Adriana est actrice, elle cite Racine sur scène, et son art de la déclamation devient l’arme même de sa vengeance au troisième acte.

Intrigue :

  • Acte I : Dans les coulisses de la Comédie-Française, le régisseur Michonnet, amoureux en secret d’Adriana depuis cinq ans, n’ose lui avouer ses sentiments. L’actrice, qui se proclame « l’humble servante de l’art créateur », confie qu’elle aime un mystérieux chevalier, en réalité Maurizio, comte de Saxe déguisé, à qui elle offre un bouquet de violettes. Le prince de Bouillon et l’abbé de Chazeuil interceptent une lettre compromettante et complotent pour démasquer les amants lors d’une fête donnée le soir même.
  • Acte II : Chez la Duclos — en réalité la princesse de Bouillon, elle aussi éprise de Maurizio —, celle-ci interroge son amant, jaloux, sur le fameux bouquet. Adriana survient pour plaider la cause de Maurizio, ignorant qu’elle s’adresse à sa rivale ; les deux amants se retrouvent et se déclarent leur amour, avant qu’Adriana, par noblesse, n’aide la princesse à fuir sans percer son identité.
  • Acte III : Lors d’une fête chez le prince de Bouillon, la princesse reconnaît la voix d’Adriana entendue dans l’obscurité et comprend qu’elle est sa rivale. Un échange acéré de piques éclate entre les deux femmes ; la princesse exhibe le bracelet perdu par Adriana, celle-ci les violettes fanées. Sommée de réciter, Adriana choisit la tirade de Phèdre dénonçant l’adultère, outrage à peine voilé qui foudroie son adversaire.
  • Acte IV : Chez elle, désespérée d’avoir reçu son propre bouquet de violettes flétries — qu’elle croit renvoyé par Maurizio —, Adriana songe à quitter la scène. Maurizio survient, la demande en mariage et lui révèle que le bouquet fut volé : la princesse de Bouillon, dans un dernier geste de vengeance, l’a empoisonné et le lui a fait porter. Adriana, respirant les fleurs, s’effondre et meurt dans les bras de son amant, sous les yeux de Michonnet accablé.

Enregistrement(s)

Cilea, Adriana Lecouvreur, Capuana 1962 (Tebaldi, del Monaco, Simionato) — pochette

Franco Capuana — 1962

Format : Studio, CD (2 disques) — coll. « Grand Opera »
Label : Decca
Référence : Decca 430 256-2
Année d’enregistrement : 1961, Rome ; publication en 1962
Distribution :

  • Adriana Lecouvreur : Renata Tebaldi, soprano
  • Maurizio : Mario del Monaco, ténor
  • La principessa di Bouillon : Giulietta Simionato, mezzo-soprano
  • Michonnet : Giulio Fioravanti, baryton

Direction : Franco Capuana
Orchestre : Orchestre et Chœur de l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia, Rome
Langue : Italien

Particularité :
Version d’anthologie qui réunit deux des plus grandes voix verdiennes et véristes de leur génération : Renata Tebaldi, au sommet de son art, prête à Adriana un legato somptueux et une noblesse de timbre qui font de la mort de l’héroïne un moment d’une émotion contenue, tandis que Mario del Monaco incarne un Maurizio héroïque, à la projection triomphante, parfois au détriment de la subtilité stylistique. Giulietta Simionato campe une princesse de Bouillon d’une autorité vocale et théâtrale saisissante, faisant du duel du troisième acte l’un des sommets de la discographie de l’ouvrage. La battue de Capuana, solide et généreuse, privilégie l’ampleur symphonique sur le raffinement de chambre, dans la tradition Decca des grandes distributions « all star » du tournant des années 1960.

Cilea, Adriana Lecouvreur, Palumbo 2011 (Carosi, Álvarez, Cornetti) — pochette

Renato Palumbo — 2011

Format : Live, CD (2 disques), 75’23 + 66’21
Label : Dynamic (coproduction Rai Trade)
Référence : Dynamic CDS 628/1-2
Année d’enregistrement : 1er-8 juillet 2009, Teatro Regio, Turin (captation live) ; publication en 2011
Distribution :

  • Adriana Lecouvreur : Micaela Carosi, soprano
  • Maurizio, conte di Sassonia : Marcelo Álvarez, ténor
  • La principessa di Bouillon : Marianne Cornetti, mezzo-soprano
  • Michonnet : Alfonso Antoniozzi, baryton
  • Il principe di Bouillon : Simone Del Savio, basse
  • L’abate di Chazeuil : Luca Casalin, ténor
  • Madamigella Jouvenot : Antonella De Chiara, soprano
  • Madamigella Dangeville : Patrizia Porzio, mezzo-soprano
  • Poisson : Carlo Bosi, ténor
  • Quinault : Diego Matamoros, basse

Direction : Renato Palumbo (chef de chœur : Claudio Fenoglio)
Orchestre : Orchestre et Chœur du Teatro Regio de Turin
Langue : Italien

Particularité :
Captée sur le vif au Teatro Regio de Turin en juillet 2009, cette version offre un contrepoint moderne et théâtral à la tradition « grande voix » incarnée par Tebaldi et del Monaco. Micaela Carosi impose une Adriana au timbre corsé et à l’engagement dramatique intense, plus proche du grand vérisme que de la délicatesse de chambre, tandis que Marcelo Álvarez, alors au faîte de sa carrière, prête à Maurizio une ligne de chant généreuse et un style idiomatique très sûr. Marianne Cornetti, princesse de Bouillon d’une noirceur mordante, et Alfonso Antoniozzi, Michonnet d’une grande humanité, complètent une distribution homogène, portée par la battue théâtrale et passionnée de Renato Palumbo à la tête d’un orchestre et d’un chœur en pleine forme. La prise de son live restitue la tension de la représentation, au prix de quelques bruits de plateau inhérents au genre.

Postérité :

Accueillie triomphalement dès sa création — portée par le tandem Caruso-Pandolfini —, Adriana Lecouvreur devint rapidement l’un des rares succès durables du vérisme « intimiste », aux côtés de La Bohème plus que de Tosca, grâce à son alliage de mélodie généreuse et de sentimentalité raffinée. Boudée un temps par une critique qui lui reprochait son invraisemblance dramatique et son sentimentalisme facile, l’œuvre doit beaucoup, au XXe siècle, à une poignée de sopranos qui en ont fait un cheval de bataille — Magda Olivero, égérie absolue du rôle, puis Renata Tebaldi, Montserrat Caballé, Mirella Freni, Renata Scotto ou, plus récemment, Angela Gheorghiu et Anna Netrebko — chacune y trouvant un rôle taillé pour une projection vocale ample doublée d’un sens aigu de la déclamation théâtrale. Le contraste entre l’enregistrement Decca de 1962, sommet de l’ère du disque « grande voix », et la captation Dynamic de 2011, plus proche de la scène et de son énergie collective, illustre deux manières d’aborder un ouvrage resté, plus d’un siècle après sa création, l’un des rares titres véristes non verdiens à s’être solidement maintenu au répertoire international.

 

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